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Mines : le Katanga se serre la ceinture… de cuivre

Le sous-sol de la région du Katanga est très riche en minerais

Le sous-sol de la région du Katanga est très riche en minerais © Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

Conséquence de la chute des cours, le suisse Glencore a suspendu l’exploitation du site de Kamoto. Pour éviter que ce scénario ne se répète, la filière congolaise cherche à diminuer ses coûts de production.

Ces derniers mois, les yo-yo du cours du cuivre mettent à rude épreuve les miniers de la RD Congo. Après une baisse de 14,5 % en 2014, les industriels de la filière avaient repris courage devant la remontée de début 2015. Puis, de mai à fin août, les prix ont de nouveau chuté de 23 %, douchant tous leurs espoirs. Une dégringolade qui a poussé Glencore (troisième producteur mondial de cuivre) à suspendre pour dix-huit mois ses deux principales mines africaines : Kamoto, en RD Congo, et Mopani, en Zambie, toutes deux situées dans la « ceinture de cuivre » à cheval sur les deux pays (voir carte).

La mesure a provoqué l’inquiétude dans la province du Katanga (sud de la RD Congo), où Kamoto représentait, avec 150 121 tonnes de cuivre extraites, pas moins de 14,5 % de la production congolaise en 2014. Les professionnels craignent que d’autres groupes miniers internationaux présents dans la région n’emboîtent le pas à Glencore, notamment sur les deux autres mégaprojets cuprifères katangais : celui de Tenke Fungurume, exploité par l’américain Freeport-McMoran (deuxième producteur mondial), et celui de Boss Mining, opéré par le kazakh ENRC.

Cette « pause » inquiètent les professionnels du secteur

À Lubumbashi, Éric Monga, patron du sous-traitant minier Trade Service et président provincial de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), est soucieux : « À ce niveau des cours et avec l’état des infrastructures au Katanga, notamment en matière d’approvisionnement électrique, il y a un réel danger pour l’avenir de toute la filière. Et la décision de Glencore intervient trop tôt pour nous. Elle a jeté un froid alors que nous étions en pleine discussion avec les gouvernements provincial et central afin de réduire la fiscalité pour les miniers en cette période difficile. »

La Gécamines s’est assurée d’un impact social le plus faible possible.

Éric Monga dit avoir été contacté par de nombreux sous-traitants en panique à Kamoto : « Ils ont vu leurs contrats suspendus et doivent participer à de nouvelles discussions avec Glencore. Certains d’entre eux peuvent accepter des réductions d’activité représentant de 30 % à 40 % de leur chiffre d’affaires, mais un arrêt brutal risque de les contraindre à mettre la clé sous la porte. »

Le groupe suisse de négoce et d’extraction, qui conserve une production sur son autre site congolais de Mutanda, fait valoir que cette « pause » à Kamoto et Mopani permettra d’investir afin d’y produire à des prix plus compétitifs. « À Kamoto, nous voulons faire passer nos coûts d’exploitation de 5 500 à 3 650 dollars la tonne [environ 3 230 euros], un niveau un peu supérieur à celui de Mutanda », confie un responsable de Glencore. Alors que le cours a atteint 4 886 dollars la tonne le 26 août, soit son plus bas niveau en cinq ans, la compagnie espère ainsi sauver sa rentabilité.

J.A.

De part et d'autre de la frontière, trois gisements dans le rouge © J.A.

Albert Yuma, le président de la Générale des carrières et des mines (Gécamines, société détenue par l’État), actionnaire minoritaire de Kamoto Copper Company, affirme que la décision de son partenaire était en préparation depuis longtemps. « La Gécamines s’est assurée d’un impact social le plus faible possible. L’essentiel est que Glencore poursuive ses plans de développement pour pérenniser sa présence », estime Albert Yuma, par ailleurs président de la FEC.

Le groupe suisse a prévu de réduire ses effectifs de 20 % à Kamoto (sur 5 278 salariés). Les 80 % restants seront redéployés soit sur les projets d’expansion du site, soit dans des programmes de formation dans son centre zambien de Mopani, de l’autre côté de la frontière. Mais il n’a pas précisé l’impact sur les employés des sous-traitants (8 207 personnes fin 2014), qui devrait être majeur.

Objectif : baisser les coûts

« La crise actuelle survient à un moment où plusieurs groupes miniers présents dans la région ont des coûts d’exploitation élevés faute d’avoir investi assez tôt pour les réduire, explique Éric Monga. Par ailleurs, les coûts d’électrification des projets n’ont cessé de gonfler et les pénuries en énergie se sont multipliées depuis 2014. »

Si bien que l’analyste Magnus Ericsson, qui connaît bien les projets africains, craint d’autres décisions semblables à celles de Glencore dans les prochains mois. « La plus forte volatilité des cours entraîne des décisions drastiques rapides de certains grands groupes miniers très liés aux marchés financiers et donc plus sensibles à l’évolution des prix à court terme, alors qu’à long terme les perspectives restent positives », observe-t-il.

Pour Albert Yuma, il n’y a cependant pas lieu de s’inquiéter pour tous les sites : « Tenke Fungurume, première mine de cuivre de RD Congo en 2014 [avec 202 600 tonnes], devrait bien s’en sortir. Freeport-McMoran y utilise des méthodes de production moderne, les coûts de production sont donc très bas, autour de 3 500 dollars la tonne. Mais ENRC, qui, comme Glencore à Kamoto, a hérité d’exploitations anciennes aux coûts d’exploitation plus élevés, devrait se trouver dans une passe plus difficile. Des discussions sont en cours au sein du conseil d’administration de son projet Boss Mining pour déterminer la meilleure stratégie à suivre. »

Nous n’avons d’autre choix que de poursuivre la modernisation de l’appareil de production pour baisser les coûts, quitte à arrêter les sites vétustes et non rentables, affirme Albert Yuma

La Gécamines, actionnaire de la plupart des projets de cuivre de la province, est elle-même durement affectée par la chute des prix. Son directeur général par intérim, Jacques Kamenga, se félicite de l’entrée en service à plein régime de son nouveau concentrateur de Kambove, près de Likasi, qui a fait diminuer ses coûts d’exploitation « de plus de 11 000 à environ 6 000 dollars la tonne ».

Mais il reconnaît qu’avec les niveaux actuels des cours c’est encore insuffisant : « Nous avons fait passer notre production mensuelle moyenne de 500 tonnes en 2014 à 2 000 tonnes cet été, mais nous devons encore augmenter nos cadences pour baisser nos coûts. »

« À ce niveau des cours, la Gécamines perd de l’argent, c’est un fait, confirme Albert Yuma. Nous n’avons d’autre choix que de poursuivre la modernisation de l’appareil de production pour baisser les coûts jusqu’à environ 3 500 dollars la tonne, quitte à arrêter les sites vétustes et non rentables. » Reste qu’en cette période difficile les tentatives de la Gécamines de lever des fonds – tant en Europe qu’en Chine – pour financer son plan de transformation n’ont pas encore abouti.

Si certains espèrent toujours que leur salut viendra d’une remontée des prix (ils ont repris des couleurs début septembre), la plupart des professionnels du secteur se résignent à des cours durablement bas pendant au moins un an. Ils préparent donc de nouvelles coupes dans leurs coûts d’exploitation… et prient pour qu’il ne soit pas trop tard pour sauver leurs mines congolaises.

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