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Cet article est issu du dossier «Santé : comment les classes moyennes africaines gèrent-elles leur budget ?»

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Santé

Sénégal : pour financer leur santé, Eva compte sur son employeur, Astou sur ses proches

Au centre médical de la Corniche Ouest, à Dakar © Youri Lenquette/J.A.

De Casa à Douala, J.A. a interrogé des patients sur leurs habitudes médiacles et la manière dont ils financent leurs dépenses.

Eva est une privilégiée. À 47 ans, cette mère de trois enfants, cadre dans le secteur du tourisme, bénéficie d’une couverture santé inaccessible à l’immense majorité de ses compatriotes. « Dans les grandes entreprises où je suis passée, mon employeur cotisait à une mutuelle pour ses salariés, témoigne-t-elle. Les trois quarts des frais médicaux étaient pris en charge par la mutuelle et le reliquat était déduit de mon salaire. »

Astou, elle, n’a pas cette chance. En août, lorsque son fils de 8 ans a dû subir en urgence une intervention chirurgicale, cette secrétaire administrative sans la moindre couverture maladie s’est tournée vers son entourage pour réunir les 200 000 F CFA (environ 300 euros) requis par l’hospitalisation et les frais annexes.

Au Sénégal, les estimations les plus optimistes font état d’un taux de couverture approchant 20 % de la population. « Je pense que ça ne dépasse pas 10 % », relativise le responsable d’une organisation patronale. Officiellement, les employeurs sont tenus de cotiser à une assurance-maladie pour leurs employés, « mais seules les entreprises structurées s’acquittent de cette obligation », remarque la même source.

« Pendant huit ans, je n’ai jamais cotisé et personne ne m’a jamais rien demandé », confesse un ancien chef d’entreprise. Les fonctionnaires sont mieux lotis : leurs frais de santé sont pris en charge à hauteur de 80 %. À l’opposé, pour les travailleurs du secteur informel, la santé reste hors de portée.

Selon Philippe Guinot, directeur de l’ONG Path-Sénégal, « au moins 50 % des patients ne sont pas diagnostiqués, et ceux qui le sont n’ont pas les moyens de se soigner s’ils ne se trouvent pas à proximité d’un centre spécialisé ». Un lourd handicap pour les populations rurales, mais même à Dakar, la classe aisée peut se trouver confrontée aux carences du secteur.

« J’ai dû récemment aller me faire soigner en France car les hôpitaux sénégalais ne disposaient ni des équipements ni des médicaments requis », témoigne un chef d’entreprise, dont la facture hospitalière donne le vertige : 100 000 euros, dont « seulement 30 000 ont été remboursés par [sa] mutuelle sénégalaise ».

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