Bourse

Agroalimentaire : Hamdi Meddeb, du football à la Bourse

Danone est présent de la Tunisie à l'Afrique du Sud. © JA

Ce patron discret est surtout connu comme président de l'Espérance sportive de Tunis. Son groupe, Délice Holding, est pourtant le leader incontesté des produits laitiers en Tunisie.

Il y a un an, Mohamed Meddeb faisait parler de lui en introduisant en Bourse son groupe, Délice Holding, leader tunisien des produits laitiers. L’opération, alors l’une des plus importantes jamais réalisées sur la place de Tunis, marquait la dernière étape d’une réorganisation en holding menée depuis deux ans par ce patron à poigne. Depuis, celui que l’on appelle plus volontiers Hamdi Meddeb n’a plus quitté le devant de la scène.

En juin, il est même apparu en tête de la liste des patrons les mieux payés parmi les sociétés cotées à la Bourse de Tunis, avec une rémunération de 3,8 millions de dinars en 2014 (environ 1,7 million d’euros).

Jusqu’en 2007, date de sa désignation comme président de l’Espérance sportive de Tunis, le nom de Hamdi Meddeb n’évoquait pas grand-chose pour les Tunisiens. Pourtant, son groupe est l’une des locomotives du secteur agroalimentaire du pays. Mais pendant près de trente ans, ce passionné de football, lui-même ancien joueur – il a évolué en équipe junior de l’Espérance sportive à la fin des années 1960 -, a préféré mettre en avant ses projets plutôt que sa personne.

Un adepte de la diversification

L’homme a démarré en 1978 en reprenant une petite unité de fabrication de produits frais et en créant la Société tunisienne des industries alimentaires (Stial), spécialisée dans le yaourt et les dérivés laitiers, avec l’aide du Fonds de promotion et de décentralisation industrielle (Foprodi). En quelques années, le petit projet de 20 000 pots de yaourt par jour atteint une production quotidienne de 100 000 unités.

Si bien qu’en 1993 la Stial détient 30 % du marché. Un succès qui conduit Hamdi Meddeb à mettre en place une stratégie de développement basée sur l’intégration : il fonde la Centrale laitière du Cap-Bon (CLC), une société spécialisée dans la fabrication, le conditionnement et la commercialisation du lait et de ses dérivés, et la Société de commerce et gestion (Socoges), qui assure la distribution des produits sur tout le territoire tunisien.

Stial, CLC, Socoges : ces trois entreprises vont être les piliers du groupe Délice, dont la saga ne fait que débuter. Après avoir été approché par Yoplait à la faveur de l’ouverture de la Tunisie aux investissements étrangers, Délice noue en 1997 un partenariat stratégique avec le français Danone, auquel Hamdi Meddeb cède 50 % du capital de la Stial et de la Socoges. Le groupe tunisien y gagne en savoir-faire et en technicité, tandis que Danone s’ouvre un nouveau marché via un solide réseau de distribution.

Le démon de la diversification le taraude toujours, et après tout, du lait au fromage il n’y a qu’un pas

Non content d’avoir créé Delta Plastic, une usine d’emballages, l’entrepreneur veut pousser encore plus loin la diversification. En 2002, il se lance dans le secteur des jus et boissons gazeuses, en partenariat avec le britannique Virgin Cola. L’expérience, qui ne durera pas plus de quatre ans, convainc Hamdi Meddeb de recentrer le groupe sur son cœur de métier.

« À trop vouloir se diversifier, on n’arrivera jamais à faire des produits qui puissent concurrencer ceux d’un autre industriel spécialisé qui contrôle parfaitement toute la chaîne de production », assure-t-il. Mais le démon de la diversification le taraude toujours. Et après tout, du lait au fromage il n’y a qu’un pas… qu’il choisit de franchir en s’associant avec le français Bongrain pour créer la Compagnie fromagère, en 2009.

Dans tous ces développements, Meddeb prend pour référent l’évolution de la consommation en Europe, estimant que le marché tunisien peut encore absorber des produits nouveaux. Pour son compte personnel et toujours en toute discrétion, il rachète des parts dans le conglomérat sud-coréen LG Group (électronique, téléphonie, électroménager…), qui s’est taillé une position enviable sur les marchés local et régional.

Une introduction en bourse après la révolution

Cependant, dans la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali, les mondes des affaires et du sport sont étroitement liés avec le premier cercle du sérail. Meddeb gravite dans cette sphère. Il soutient, en son nom et en celui de l’Espérance sportive de Tunis, la candidature de Ben Ali à la présidentielle de 2009, juste après les noces fastueuses de sa fille, Cyrine – son bras droit actuel -, avec le fils de Hédi Djilani, président du patronat. Il fait affaire avec Sakhr el-Materi, gendre de Ben Ali : ensemble, ils deviennent actionnaires de la Banque Zitouna et rachètent chacun 25 % du capital de l’opérateur de téléphonie mobile Tunisiana (devenu Ooredoo en 2012) pour 840 millions de dinars.

La révolution de 2011 change définitivement la donne… sans que Hamdi Meddeb ne soit réellement inquiété. Désormais, il laisse volontiers ses collaborateurs s’exprimer au nom du groupe et assume la publication dans les médias de sa rémunération. Fortune faite, Hamdi Meddeb n’est pourtant pas homme à retourner à ses poissons – c’est un grand amateur de pêche – ou à ses chevaux – il est propriétaire d’une écurie de pur-sang. Au contraire, le businessman met à profit cette période postrévolutionnaire pour préparer l’introduction en Bourse de Délice Holding, dont il détient 81,96 % du capital.

Après l’engouement des premiers mois, le titre connaît une baisse, passant de 17 dinars en janvier 2015 à 15,50 dinars en septembre

Et le 15 septembre 2014, lorsque sonne la cloche de la place de Tunis, celui qui affirme que sa petite-fille, Chérifa, lui « porte bonheur » lève en tout 120,25 millions de dinars. Le holding, leader incontesté avec 45 % de parts de marché dans le secteur laitier et 65 % dans celui du yaourt, a de quoi déployer sa voilure. Mais après l’engouement des premiers mois, le titre connaît une baisse, passant de 17 dinars en janvier 2015 à 15,50 dinars en septembre. Une fluctuation liée à des causes exogènes telles que l’instabilité sécuritaire de la Tunisie.

Fin 2014, Délice Holding réalisait un bénéfice net de seulement 39 millions de dinars pour un chiffre d’affaires de 660,6 millions de dinars. Une situation qui n’inquiète pas Hamdi Meddeb. Fils de petits industriels, il a souvent menacé de démissionner de ses fonctions sportives, mais n’a jamais songé, ne serait-ce qu’un instant, à jeter l’éponge en affaires. À 63 ans, il en a vu d’autres.

Fermer

Je me connecte