Politique

Élections 2015 en Afrique : de Kosyam au Plateau

Fini les vacances, c’est la rentrée. Et quelle rentrée ! D’ici à la fin d’octobre, pas moins de quatre scrutins présidentiels attendent l’Afrique subsaharienne !

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Mis à jour le 22 septembre 2015 à 15:00
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Le président ivoirien Alassane Ouattara. © Issouf Sanogo/AFP

Deux jours clés, les 11 et 25 octobre, le Burkina et la Guinée en premiers de cordée, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie pour clore ce mois crucial et le cycle des premiers tours. La Centrafrique aurait pu, elle aussi, participer à ce bal électoral, mais on se dirige vraisemblablement vers un report.

La première élection sans Blaise au Burkina

Au Burkina, après une année de transition cahin-caha mais sans heurts majeurs, rendez-vous en terra incognita. Une élection sans Blaise – pour la première fois depuis près de trente ans -, où s’affronteront ses opposants de toujours (Bénéwendé Sankara), ceux d’hier (Zéphirin Diabré, Ablassé Ouedraogo) et ceux de la dernière heure (Roch Marc Christian Kaboré).

 

 

Parmi les proches de l’ancien chef de l’État, un seul est en lice pour l’instant, Djibrill Bassolé, dont la candidature, contrairement à celles d’Eddie Komboïgo ou de Gilbert Noël Ouedraogo, entre autres, a été validée. Le code électoral voté en avril frappe en effet d’inéligibilité tous ceux qui ont soutenu la modification de l’article 37 de la Constitution afin de permettre à Compaoré de se maintenir au pouvoir.

Disposition rejetée par la Cedeao et dont l’application à géométrie variable et visiblement à la tête du client – comment mesure-t-on réellement ce soutien ? à partir de quelle date ? – n’œuvre pas vraiment à la réconciliation nationale… Deux favoris, en tout cas, se détachent : Diabré et Kaboré. Reste que personne n’est encore en mesure de prévoir ce qui pourrait advenir au second tour et de quel côté basculeront les « faiseurs de rois ». Passionnant.

 

Quatre scrutins cruciaux en deux jours, dont l’issue nous éclairera sur la vitalité de nos démocraties…

 

Bis repetita en Guinée

En Guinée, en revanche, ce sera certainement bis repetita. En 2010, Alpha Condé avait su renverser totalement (et avec malice) la vapeur au terme d’un premier tour pourtant largement remporté par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo. On se dirige vers le remake de ce match.

À ceci près que les outsiders de l’époque, notamment Lansana Kouyaté ou Sidya Touré, ont, pour la plupart, changé de camp ou affichent des postures différentes, et que le cas Dadis, qui s’est rapproché de Cellou dans une alliance à double tranchant, vient un peu plus troubler le jeu électoral. Passionnant là aussi, mais également inquiétant, car les risques de débordements sont hélas réels.

Côte d’Ivoire et Tanzanie en suivant

Deux semaines plus tard, en Côte d’Ivoire, beaucoup moins de suspens. Comme Alpha, Alassane Dramane Ouattara (ADO) remettra en jeu son mandat. Face à celui qui entend l’emporter dès le premier tour, les frondeurs du PDCI qui rejettent l’appel de l’ancien président Bédié à soutenir ADO – Charles Konan Banny ou Amara Essy -, mais aussi les opposants de longue date, anciens proches de Laurent Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, à la tête d’une partie du FPI, ou Mamadou Koulibaly (Lider). La victoire finale de Ouattara ne fait guère de doute, reste à en connaître l’ampleur.

Le même jour, en Tanzanie, se jouera la succession de Jakaya Kikwete, qui achève son second mandat et, c’est à souligner, respecte la Constitution de son pays. John Magufuli, 55 ans, est l’héritier désigné par le parti au pouvoir (Chama Cha Mapinduzi, CCM). Face à lui, Edward Lowassa, 62 ans, transfuge dudit parti et ancien Premier ministre, déçu de n’avoir pas été retenu et qui a rejoint l’opposition avec armes et bagages. Le duel s’annonce très serré, et il n’est pas exclu que l’hégémonie du CCM sur la vie politique du pays prenne fin, législatives et locales se déroulant en même temps que la présidentielle.

Quatre scrutins cruciaux en deux jours, quatre tests majeurs à bien des égards, dont l’issue nous éclairera un peu plus sur la vitalité (ou sur l’atonie) de nos démocraties balbutiantes. Vive la rentrée !

 

Lire aussi notre « Grand angle » : « Les diasporas face aux élections » dans l’édition de Jeune Afrique, en kiosque du 6 au 12 septembre 2015

Jeune Afrique 2852, du 6 au 12 septembre 2015 © J.A.

Jeune Afrique 2852, du 6 au 12 septembre 2015 © J.A.