Musique

« Musique de nuit » : Ballaké Sissoko et Vincent Segal sous le clair de lune à Bamako

Les deux artistes seront en concert le 9 septembre à la Philharmonie de Paris. © BRUNO LEVY POUR J.A.

Le joueur malien de kora Ballaké Sissoko et le violoncelliste français Vincent Segal ont enregistré leur deuxième opus au cœur de Bamako. Un disque d'une rare beauté.

Il y a d’abord un souffle, écho lointain des bruissements de la vie nocturne. Puis s’y impriment les mélopées dansantes d’une kora, suivies de près par les notes d’un violoncelle. Ainsi s’ouvre Musique de nuit, dont les quatre premiers morceaux ont été enregistrés une soirée de janvier sur le toit de la maison de Ballaké Sissoko, située dans une rue de Ntomikorobougou, quartier du nord-est de Bamako, dernier rempart avant la vie rurale. « La façon même dont la rue est placée donne quelque chose de particulier. La manière dont on y vit a marqué fortement notre jeu », explique le violoncelliste Vincent Segal. En réponse à l’enregistrement numérique d’où tout signe extérieur est évacué, ici, au contraire, il introduit délicatement la vie – un mouton qui bêle, des voitures lointaines – dans la musique. L’extérieur nuit comme une douce et joyeuse respiration, qui se poursuit, le jour, dans le studio Bogolan, cocon de douceur au cœur de la capitale malienne. Dans « Diabaro », premier morceau de cette face B, les musiciens accueillent leur unique invitée, la griotte Babani Koné.

S’il a fallu attendre six ans après la sortie de Chamber Music, un premier disque salué unanimement par la critique et le public du monde entier, pour que les musiciens enregistrent à nouveau, cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont cessé de jouer. Au contraire, les deux amis sont dans un constant travail en cours et n’ont jamais cessé leurs tête-à-tête musicaux. « On fait partie d’une famille de musiciens qui sont obligés d’avoir une complicité avec les personnes avec qui ils jouent, poursuit le violoncelliste. Et on ne fait pas un disque pour inscrire quelque chose, mais parce que nous savons où nous en sommes entre nous deux. C’est aussi pour déclencher une nouvelle énergie pour les concerts, pour que les gens aient une connaissance d’où on en est musicalement. »

Et cette musique, comme leur amitié, ils la cultivent dans la discrétion, dans la recherche du calme, loin du brouhaha et de l’agitation du monde. « À Bamako, Ballaké cherche toujours l’heure la plus calme pour sortir. Ce n’est pas un lève-tôt, et en même temps il n’aime pas trop être dans les endroits où il y a du monde. Et quand nous sommes à l’étranger pour les tournées, le fait que nous ayons une vie de famille à côté, que nous ne voyageons que pour la musique, ne nous incite pas à nous comporter en touristes. Nous ne sortons jamais mais cherchons le calme. Nous jouons même souvent dans nos chambres d’hôtel. »

Comme pour le premier opus, la capitale malienne s’est imposée aux musiciens. Certes, il y a la guerre et les menaces sécuritaires qui imposent un certain devoir, mais il y a aussi une fidélité aux racines mandingues de leur travail commun. « Ballaké le voulait. Il est à l’origine de notre duo et il représente le style mandingue d’une manière forte. C’est ça la graine, qu’on joue d’une manière traditionnelle ou pas, chez lui c’est une marque fondamentale, un peu comme moi avec la musique classique. » En musique comme en amitié, la fidélité, ça compte. Dans « Super Étoile », Vincent Segal rend hommage au groupe de Youssou Ndour, qui a gardé les mêmes musiciens toute sa vie. « J’admire ça, surtout en Afrique, où les orchestres n’arrêtent pas de changer, parfois à cause des fatalités de la vie, mais aussi à cause des embrouilles, car les gens paient mal. Je trouvais ça classe, le « Super Étoile » ! »

Instantané musical d’une rare beauté, Musique de nuit offre une douce et rare mélodie, celle de l’amitié, lorsque les agitations du cours de l’Histoire donnent un peu de répit. Le temps d’une révolution terrestre.

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