Finance

Des monnaies africaines en zone de turbulences

Le 12 août, le rand a atteint son plus bas niveau face au dollar en 14 ans.

Le 12 août, le rand a atteint son plus bas niveau face au dollar en 14 ans. © Xinhua/Zuma/REA

Malmenés par la chute des cours des matières premières et du pétrole, plusieurs pays du continent voient leurs devises se déprécier. Et les difficultés que traverse l’économie chinoise ne viennent rien arranger.

La dégringolade est vertigineuse ! Depuis le début de cette année, en Afrique du Sud, le rand a perdu plus de 11 % de sa valeur par rapport au dollar. Dernièrement, c’est de la Chine qu’est venue l’onde de choc. Dans la foulée de la décision des autorités de Pékin, le 12 août, de réduire de 2 % le taux de référence autour duquel le yuan fluctue par rapport à la devise américaine, le rand cédait 0,58 % par rapport au dollar.

La nation Arc-en-Ciel est en effet particulièrement sensible aux fluctuations de l’économie chinoise, Pékin étant le premier client des matières premières sud-africaines. Et si le rand tente, depuis, de regagner du terrain, les analystes n’excluent pas qu’il puisse se retrouver de nouveau sous pression.

Effets néfastes du ralentissement économique chinois

L’Afrique du Sud ne sera pas la seule à souffrir du ralentissement de l’économie chinoise et de la dévaluation du yuan, comme l’indique une note du département de recherche d’Ecobank datée du 25 août. « Compte tenu de l’importance des échanges entre la Chine et les pays du continent, leurs exportations devenues moins chères vont affecter leur situation fiscale ainsi que leur compte courant, renforçant la pression à la baisse sur leur monnaie », précise Gaimin Nonyane, économiste senior à Ecobank Research.

 

 

D’autres devises du continent dégringolent elles aussi. Le 1er septembre, le kwacha zambien s’échangeait à 8,63 unités pour 1 dollar, après avoir enregistré la plus forte baisse (- 5 %) des monnaies africaines en une semaine. Sur la même période, le metical mozambicain cédait 3,3 %, et les shillings ougandais (-1,5 %) et kényan (- 0,5 %) perdaient aussi du terrain. Seuls rescapés de cette correction, le naira nigérian s’est stabilisé à 199 unités pour 1 dollar, tandis que le kwanza angolais (+ 0,9 %) et le cedi ghanéen (+ 3,9 %) ont repris quelques couleurs.

Certains analystes relativisent l’impact de la dépréciation de la devise chinoise, car il n’existe pas de marché direct entre le yuan et les devises du continent. Mais les économies africaines peuvent être affectées par un contrecoup indirect. « S’il y a plus de risque sur le yuan, cela devrait avoir un impact négatif sur les devises africaines au regard de la perception du risque au niveau global par les investisseurs », explique Samir Gadio, analyste en chef à la Standard Chartered Bank.

Souffrances différenciées

Bénéficiant d’un taux de change fixe avec l’euro, la zone franc CFA est relativement préservée de la turbulence actuelle, même si la devise européenne perd elle aussi du terrain face au dollar. En revanche, les monnaies qui ont un taux de change flexible ont commencé à souffrir dès l’année dernière. Les investisseurs ont en effet anticipé la décision de la réserve fédérale américaine de relever ses taux d’intérêts, provoquant de ce fait une appréciation du dollar par rapport aux monnaies des économies émergentes, qui ont vu les capitaux migrer vers les États-Unis… même si les taux directeurs y sont pour l’instant restés inchangés.

Mais la chute des cours du pétrole et des principales matières premières est, elle, bien réelle. La tendance a affecté notamment le cuivre, dont le prix a chuté de 27 % sur les six dernières années. La Zambie, qui tire l’essentiel de ses revenus de ce métal, et qui est fortement dépendante de la Chine (Pékin absorbe 70 % de ses exportations), fait grise mine. En une année, le kwacha a perdu 25 % de sa valeur par rapport au dollar.

Cette pression à la baisse affecte davantage les pays ayant des taux de change libres. Outre la Zambie, c’est le cas notamment du shilling ougandais, qui a reculé de 23,7 % en un an par rapport à la devise américaine, suivi de près par le cedi ghanéen (- 20 %), le shilling tanzanien (- 18,9 %) et le kwanza angolais (- 18,2%). La baisse est moins prononcée pour le naira, qui a certes subi une dévaluation de 7,2 % à la suite de l’effondrement des cours du pétrole, mais qui est régi par un taux de change administré ; le niveau de la monnaie nigériane ne reflète donc pas parfaitement la santé économique du pays.

Pour ne rien arranger, au-delà de cette situation conjoncturelle, les équilibres structurels de certaines économies sont affectés, comme au Ghana, qui présente une détérioration de son déficit budgétaire et de ses comptes courants – une situation qui contribue d’alimenter la pression sur le taux de change.

Quelles solutions ?

Pour tenter de freiner la dépréciation de leurs monnaies, les autorités ont adopté des politiques monétaires plus restrictives. L’Ouganda et le Kenya ont ainsi relevé leur taux directeur de respectivement 500 et 300 points de base. La rémunération des obligations du Trésor nigérian est passée de 11 % l’année dernière à 16 % actuellement. « Ces mesures sont utiles, mais elles ne règlent pas le problème fondamental de l’amélioration de la situation budgétaire et du déficit externe, qui demande plus de temps », commente Samir Gadio.

Cette situation provoque l’attentisme des investisseurs étrangers, dont une partie s’est désengagée du continent. En 2013 par exemple, 12 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros) de capitaux étrangers étaient investis sur la dette du Nigeria. Aujourd’hui, ce montant a fondu à 3,5 milliards de dollars. « En dépit des taux de rendement attractifs, il est difficile de parier sur ces marchés tant que le cycle de dépréciation en cours n’a pas atteint son point d’inflexion », résume Samir Gadio, qui pronostique une accentuation de la tendance dans les semaines à venir, principalement au Kenya et en Ouganda.

De son côté, le Nigeria n’échappera pas à une nouvelle dévaluation si les cours du pétrole se maintiennent autour de 40 dollars le baril. La société de notation Standard & Poor’s a même déjà pris le pari, prédisant une décote de 15 % de sa monnaie.

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