Diplomatie

Parfait Onanga-Anyanga : un Monsieur Propre à la Minusca

Réservé aux abonnés | | Par - à Bangui
Mis à jour le 31 août 2015 à 13h32
À son arrivée à Bangui, le 21 août.

À son arrivée à Bangui, le 21 août. © UN PHOTO/NEKTARIOS

Nommé pour mettre fin au scandale des viols commis par les Casques bleus, le Gabonais Parfait Onanga-Anyanga, pur produit de l’administration onusienne, plaide pour des élections rapides en Centrafrique.

Son entourage raconte que Bangui n’était pas le poste qu’il convoitait. Mais Parfait Onanga-Anyanga le dit lui-même : il est un bon soldat. Ce sera donc la Centrafrique, en remplacement du général sénégalais Babacar Gaye, dont la mission, écourtée (il a démissionné le 12 août), est entachée de cas de viols et de torture par les Casques bleus de la Minusca.

Ce Gabonais âgé de 55 ans devra donc redorer le blason de cette dernière. La « tolérance zéro » tant martelée par le secrétaire général des Nations unies est loin d’avoir été respectée jusqu’à présent. Avec près de 60 fautes recensées depuis le début de la Mission de maintien de la paix en Centrafrique et des résultats encore mitigés, la réputation de la Minusca est sérieusement écornée.

Saura-t-il faire mieux que son prédécesseur ?

Rompu aux instances onusiennes, où il travaillait en tant que coordonnateur de la réponse du siège de l’ONU à la crise provoquée par Boko Haram ainsi que comme crisis manager au Burundi, Onanga, tout en onctuosité, semble disposé à reconnaître les limites de l’institution.

« Notre autorité est quasi nulle sur le comportement des soldats onusiens, qui restent sous le commandement de leur pays. Nous avons hérité de forces qui viennent de formations militaires différentes, avec des moyens variés », rappelle-t-il en référence aux troupes de la Misca, la mission sous conduite africaine dont les Nations unies ont repris le flambeau en septembre 2014.

Saura-t-il faire mieux que son prédécesseur, qui n’a pas su enrayer, sur le terrain, les exactions commises par les troupes ? Onanga en appelle à la bonne volonté des États. « Les Nations unies ne peuvent agir seules. Très souvent, lorsque les troupes sont sorties du terrain à la suite de fautes, elles rentrent chez elles et nous ne sommes pas à ce jour pleinement satisfaits de la manière dont les pays poursuivent leurs soldats. Cela donne le sentiment qu’une certaine impunité est maintenue. Voilà pourquoi Ban Ki-moon appelle à la tolérance zéro. »

S’assurer que les crimes commis sur le terrain ne resteront pas impunis sans froisser les pays pourvoyeurs de troupes, dont la plupart sont déjà aux prises avec leurs propres menaces sécuritaires, voilà toute la difficulté.

Onanga plaide pour des élections rapides

Avant son arrivée à Bangui, le 21 août, Onanga a, pendant une semaine, pris le pouls des principaux partenaires dans la résolution de la crise, se rendant tour à tour à Bruxelles, Paris, Oyo (Congo) et Libreville. Parce que l’UE est le plus gros pourvoyeur d’aide à la Centrafrique, parce que le rôle de la France dans ce pays n’est plus à démontrer, parce que Denis Sassou Nguesso est le médiateur de la crise et parce qu’Ali Bongo préside la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac).

C’est seulement ensuite qu’il a fait la connaissance de Catherine Samba-Panza, la présidente de transition, à qui il a fait passer un message clair : « Il ne faut pas que cette transition soit prolongée ad vitam aeternam, car cela donne l’impression que la Centrafrique est tenue à bout de bras par des pays étrangers et une aide multiforme. Cette situation de dépendance est un affront à la nature même de l’État, qui suppose la souveraineté. »

Onanga plaide pour des élections rapides. Encore faudrait-il que la sécurité dans le pays soit rétablie. Le processus de désarmement, auquel la Minusca doit procéder, n’est pas encore effectif, et la réconciliation reste un vœu pieux. « On souhaite que le désarmement ne soit pas mécanique, mais le fruit d’un processus politique et le reflet de la volonté des Centrafricains de convenir d’un nouveau contrat social. » Parfait Onanga-Anyanga est diplomate. Il est aussi optimiste.

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