Société

Tunisie : Béji contre Béji

Le 13 août, la Tunisie célébrait la fête de la femme et, tout naturellement, il s’est dit dans les milieux féministes que le président la République, élu en décembre 2014 avec une majorité de voix féminines, allait prendre une mesure phare en faveur des Tunisiennes.

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Mis à jour le 3 septembre 2015 à 08:17
Fawzia Zouari

Par Fawzia Zouari

Le président Béji Caïd Essebsi, le 30 juin 2015, à Tunis. © Fethi Belaid/AFP

Béji Caïd Essebsi parachèverait ainsi le code du statut personnel et corrigerait les rares inégalités qu’il contient encore, comme l’héritage qui revient pour le double aux hommes. En instituant l’égalité en la matière, BCE confirmerait dans les faits sa réputation de fils spirituel de Bourguiba et, surtout, prendrait rendez-vous avec l’Histoire en devenant le premier chef d’État musulman à s’attaquer à cette loi religieuse.

Le locataire de Carthage n’a pas osé frapper le grand coup

Hélas ! Le locataire de Carthage n’a pas osé frapper le grand coup, jugeant, d’après les bruits de couloir, qu’une telle mesure serait « prématurée » et « provocatrice », éternels prétextes dès qu’il s’agit de faire avancer la cause des femmes…

BCE a saisi l’occasion pour interdire le voile dans les écoles. En réalité, la loi existait depuis 1957 grâce à Bourguiba, encore une fois. Elle a été scrupuleusement appliquée par son successeur Ben Ali et étendue jusqu’à la rue. Il s’agit désormais de la remettre en application. Pour autant, la décision n’a pas plu aux islamistes, comme attendu. Elle a fait monter au créneau les Mekki et autres faucons d’Ennahdha qui se rêvent en émirs et maîtres de harem…

Vociférations rétrogrades

Mais le plus étonnant fut de voir des imams réputés pour leur tolérance et leur esprit réformiste se joindre au concert des vociférations rétrogrades. Je parle d’un certain Farid Béji, président de l’Association zeitounienne de la genèse du Prophète de son état, lequel a soudain éructé sur sa page Facebook : « La fillette musulmane doit porter le voile dès qu’elle a ses premières règles, même si elle n’a que 11 ans et qu’elle étudie encore à l’école primaire ! »

Et l’imam de s’en prendre avec virulence au président : « Toute personne qui essaiera d’empêcher cela mènera la société à la sédition et au chaos […]. Les politiciens ne doivent pas intervenir dans les affaires de la religion et ne doivent pas lancer de fatwas. Ce n’est ni leur rôle ni leur spécialité. Chacun doit respecter ses limites. » Voilà qui est clair.

La leçon se trouve dans un proverbe tunisien qui dit à peu près ceci : « Secoue-le comme un couscoussier et il dévoilera sa vérité. » En la circonstance, un imam reste un imam. Farid Béji confirme que derrière chaque turban se cache un macho prêt à manier le fouet dès qu’il s’agit de faire avancer la cause des femmes. Plus encore : il révèle le peu de cas que font les religieux du pouvoir temporel, quelle que soit leur ouverture affichée. La République, la Constitution, les institutions démocratiques ne sont que des péchés pour eux et ne pèsent guère à côté de la loi divine. Béji, ou quand l’islamisme tombe le voile sur son véritable visage ?