Politique

Burundi : une équipe gouvernementale de durs

Obsèques du général Adolphe Nshimirimana, le 22 août, à Bujumbura. © Griff Tapper/AFP

Le nouveau gouvernement fait la part belle aux sécurocrates et aux fidèles de Pierre Nkurunziza. Signe d'assurance ou de fébrilité ? Analyse.

Après plusieurs mois de contestation dans les rues de Bujumbura et une tentative de putsch avortée en mai, Pierre Nkurunziza, qui fait toujours face à des groupes armés déterminés à l’écarter du pouvoir, a tenté de compenser par des nominations choisies la fébrilité qu’il parvient difficilement à dissimuler.

« Il n’a pas assisté aux obsèques du général Adolphe Nshimirimana pour des raisons de sécurité », relève un ancien haut responsable du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD, au pouvoir) aujourd’hui en exil. Considéré comme le numéro deux officieux du régime, Nshimirimana avait été assassiné début août dans un attentat à la roquette.

Physionomie du nouveau gouvernement

Nkurunziza craint pour sa sécurité, et cette peur se reflète dans ses apparitions publiques (après sa réélection, le 21 juillet, son investiture a eu lieu en catimini) comme dans la physionomie de son nouveau gouvernement. La nomination la plus marquante consacre en effet le grand retour d’Alain Guillaume Bunyoni, qui retrouve le ministère de la Sécurité publique, où il avait officié de 2007 à 2011. Cet ancien commissaire passe pour l’un des hommes les plus influents dans l’entourage présidentiel. « Les enjeux sécuritaires sont primordiaux pour le président, analyse notre ancien cadre du CNDD-FDD. Avec Bunyoni, il veut montrer qu’il contrôle la situation. »

Deux nominations tout aussi symboliques concernent le cabinet civil de Nkurunziza. Gilbert Nizigama, un ancien commissaire de police, en devient le directeur adjoint, tandis que le nouveau directeur de cabinet n’est autre que le général Évariste Ndayishimiye, ex-ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique et membre du trio d’officiers qui entourait le redouté Nshimirimana. « On peut parier que le ministre de la Défense, un civil nommé au lendemain du putsch, fera office de marionnette et que les instructions émaneront du cabinet civil et de Bunyoni », anticipe un chercheur spécialiste du Burundi qui préfère conserver l’anonymat.

« Il a tourné le dos à l’opposition et il l’assume »

La nouvelle équipe, composée de 20 ministres, dont 15 issus du CNDD-FDD (la plupart appartenant à l’aile dure du parti), reconduit à leur poste quelques fidèles qui ont servi vaille que vaille la cause de Nkurunziza, comme le ministre des Relations extérieures, Alain Aimé Nyamitwe, ou celui des Finances, Tabu Abdallah Manirakiza.

Quant aux cinq portefeuilles secondaires attribués aux Forces nationales de libération (FNL) d’Agathon Rwasa, ils ont le mérite, selon la même source, de clarifier le jeu tortueux de celui qui avait plaidé pour le boycott de l’élection avant d’accepter la vice-présidence de l’Assemblée nationale : « Il a tourné le dos à l’opposition et il l’assume », résume le chercheur.

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