Culture

Livres : le saint de Nioro

Historien mauritanien et haut fonctionnaire à l’Unesco, où il est en charge du prix Houphouët-Boigny, Alioune Traoré retrace l’itinéraire de Cheikh Hamahoullah, qui fut l’une des grandes figures de l’islam en Afrique de l’Ouest à l’époque coloniale.

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Mis à jour le 11 septembre 2015 à 18:09

Alioune Traoré. © Capture d’écran YouTube.

Ce mystique soufi de Nioro du Sahel (Mali), nationaliste, non violent et résistant au nom de la foi, calife de la Tidjaniya à l’âge de 19 ans, est aujourd’hui encore vénéré comme un saint, de la Mauritanie à la Guinée. Arrêté par l’administration française de Vichy en 1941, déporté en Côte d’Ivoire, en Algérie puis en France, Hamahoullah mourut en janvier 1943 à l’hôpital de Montluçon – localité où, aujourd’hui encore, reposent ses restes. Érudit et minutieux, le travail d’Alioune Traoré nous fait revivre une page sombre du défunt « empire » français : la répression menée contre les partisans du cheikh, les « hamallistes », dans les années 1930 et 1940, fut cruelle. Exécutions publiques à Kaedi, Yélimané, Ouani ; camps de concentration à Gao, Kidal, Ansongo, Bourem ; marabouts collabos contre marabouts insoumis… Traoré, qui s’intéresse à ce personnage fascinant depuis plus de quarante ans, se livre aussi à une exégèse savante de sa pensée et de ses manuscrits. Un ouvrage indispensable pour comprendre les rapports entre islam et colonisation en Afrique de l’Ouest.

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Cheikh Hamahoullah, homme de foi résistant, d’Alioune Traoré, L’Harmattan, 400 pages, 34 euros.