Politique

Gaza : quand Israël parle au Hamas

Réservé aux abonnés | | Par - à Jérusalem
Mis à jour le 22 septembre 2015 à 14h58
Les Brigades Al-Qassam, branche armée du groupe palestinien, à Beit Hanoun.

Les Brigades Al-Qassam, branche armée du groupe palestinien, à Beit Hanoun. © Ashraf Amra/APAIMAGES/SIPA

Les deux camps seraient en pourparlers pour prolonger le cessez-le-feu. Mais alors que l’État hébreu semble jouer l’apaisement, les islamistes se préparent déjà à un nouvel affrontement…

Pour le Hamas, la hudna n’est pas la paix. Ce terme, tiré de la loi islamique et synonyme de trêve avec l’ennemi, s’est imposé dans le jargon du conflit israélo-palestinien à la fin de la seconde Intifada, en 2004. Et refait surface depuis plusieurs semaines, alors que des rumeurs insistantes font état de contacts avec l’État hébreu en vue de maintenir le fragile cessez-le-feu décrété le 26 août 2014, après cinquante jours d’affrontements meurtriers à Gaza.

« Nous tentons de stabiliser l’accord obtenu au Caire il y a un an et nous demandons des garanties à l’occupant, reconnaît Salah Bardawil, un haut responsable du Hamas. Il n’y a pas de projet de négociation, mais tout tourne autour du maintien de la trêve et de la levée du blocus de Gaza. »

La presse israélienne se veut plus explicite. Elle évoque une médiation du Qatar et de la Turquie, avec l’aide des services de renseignements égyptiens, réduits à un second rôle du fait de la fermeté du président Sissi à l’égard du mouvement islamiste palestinien, qu’il accuse de connivence avec les jihadistes du Sinaï.

 

Le mouvement islamiste demande l’ouverture des postes frontaliers et la construction d’un port

 

Pourparlers secrets ?

Le Hamas consentirait à accepter une trêve d’au moins trois à cinq ans avec Israël en échange de l’ouverture de tous les postes frontaliers et de la construction d’un port à Gaza. Pour éviter l’importation d’armes, les marchandises transiteraient par Chypre, où elles seraient contrôlées par l’Union européenne. Des messages sont relayés par divers médiateurs, dont l’ancien envoyé spécial du Quartet pour le Proche-Orient Tony Blair, qui aurait rencontré au moins à trois reprises, à Doha, le chef du bureau politique du Hamas en exil, Khaled Mechaal.

Tout en démentant la tenue de pourparlers secrets, les responsables israéliens suggèrent une approche inédite dans la bande de Gaza. « La loi du Hamas est un fait indéniable, constate Naftali Bennett, le ministre de l’Éducation, qui appelait pourtant l’été dernier à renverser le pouvoir islamiste. Nous devons déclencher une initiative internationale en faveur de la réhabilitation civile de Gaza en contrepartie de la cessation du réarmement. »

 

 

Signes de bonne volonté

Joignant l’acte à la parole, le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, a autorisé un certain nombre d’allégements depuis le dernier ramadan, autorisant par exemple des milliers d’ouvriers palestiniens de Gaza à se rendre en Israël. Au point de passage de Kerem Shalom, le nombre de camions qui acheminent chaque jour des marchandises et de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza est récemment passé de 650 à 1 000.

Autre signe de bonne volonté : les Israéliens affirment avoir livré 1,5 million de tonnes de matériaux de construction, en dépit des risques qu’ils soient détournés pour la construction d’infrastructures militaires.

Le Hamas, lui, se prépare à la guerre

Mais, pour le Hamas, le déclenchement d’une nouvelle guerre ne fait aucun doute. Sa branche armée, les Brigades Al-Qassam, s’y prépare activement en tentant, malgré la destruction par l’Égypte d’une grande partie des tunnels de contrebande, de reconstituer son arsenal de roquettes et d’obus de mortier. Le mouvement islamiste palestinien, qui assure avoir été abandonné par l’Iran, se sait isolé et cherche d’abord à rasseoir sa légitimité à Gaza. Son pouvoir y est de plus en plus contesté par des éléments salafistes qui se réclament de Daesh.

Ces derniers ont déjà revendiqué plusieurs attaques contre des chefs islamistes. Quant à l’Autorité palestinienne, elle sait qu’une entente entre Israël et le Hamas affaiblirait encore plus son statut. « Cette trêve a pour objectif de dissocier géographiquement la bande de Gaza de l’intégralité des territoires de la patrie palestinienne. Nous sommes déterminés à faire échouer ce projet », a promis le président Mahmoud Abbas.

En attendant l’annonce d’une trêve, l’État hébreu et le Hamas pourraient rapidement conclure un nouvel échange de prisonniers qui permettrait le retour des dépouilles de deux soldats israéliens tombés à Gaza l’été dernier.

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