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Football : la MLS, le nouveau rêve américain de Drogba

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Mis à jour le 03 septembre 2015 à 09h08
La star ivoirienne a signé à l'Impact de Montréal (Canada).

La star ivoirienne a signé à l'Impact de Montréal (Canada). © Graham Hugues/AP/SIPA

En juillet, Didier Drogba a rejoint la trentaine d’Africains évoluant en Major League Soccer. Son arrivée confirme l’attractivité croissante du championnat outre-Atlantique, qui paie pourtant peu…

Quelques poncifs ont le cuir épais. Plus assez, cependant, pour résister à l’épreuve du temps et à la simple réalité. Longtemps, les États-Unis ont été considérés comme une terre réfractaire au soccer, qui passait bien après le basket-ball, le football américain, le base-ball et le hockey sur glace.

Aujourd’hui, le sport inventé par les cousins anglais est le plus pratiqué chez les moins de 14 ans, 26 millions de licenciés sont recensés partout sur le territoire et l’intérêt pour le football ne cesse de croître, toutes catégories sociales confondues. « Si auparavant le foot était davantage prisé par les communautés latinos, ce n’est plus le cas. Ce sport intéresse de plus en plus d’Américains de toutes les origines », explique Jérôme Meary, un consultant français chargé par la Major League Soccer (MLS) du recrutement des joueurs en Europe.

Recrutement ou salaires, rien n’échappe à la MLS

La MLS a vu le jour sur l’aimable insistance de la Fifa, prête à confier l’organisation de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis à condition que le pays se dote d’un vrai championnat. Celui-ci a débuté en 1996, sur les cendres de la North American Soccer League (NASL), disparue dix ans plus tôt après avoir pratiqué une politique de vedettariat (Pelé, Beckenbauer, Cruyff, Eusébio…) désastreuse pour ses finances.

La toute-puissante MLS a donc pris un maximum de précautions pour éviter que l’histoire se répète : que ce soit en matière de recrutement ou de salaires des joueurs, rien ne lui échappe. Mais ce qui pourrait passer pour une poussée de fièvre communiste dans la patrie du capitalisme n’est rien d’autre qu’un moyen de sécuriser les investissements et d’envisager l’avenir sans systématiquement être rattrapé par les fantômes de la NASL.

« Le sport business peut conduire à des dérives, mais la leçon de la NASL a été bien retenue, poursuit Jérôme Meary. Aujourd’hui, tous les clubs reçoivent de la MLS le même budget total (3,8 millions de dollars, soit 3,3 millions d’euros) pour rémunérer leurs joueurs selon le principe du salary cap (“plafonnement des salaires”), même s’ils peuvent payer au maximum trois joueurs, souvent des stars, avec des revenus beaucoup plus élevés. Mais dans ce cas, c’est aux propriétaires des clubs de verser la différence. Et ils doivent le faire avec l’accord des autres propriétaires qui forment le board de la MLS. »

 

Ce n’est pas un championnat de préretraités. Il y a une véritable culture de la gagne ici

 

Système de franchises

La MLS repose sur un système de franchises, avec une institution qui contrôle les dépenses, et sur un championnat de 20 équipes (elles pourraient être bientôt 24), dont trois canadiennes, divisé en deux Conférences (Est et Ouest).

La création d’une franchise, seul système jugé viable pour éviter les dérives du capitalisme, répond à des critères rigoureux et incontournables : elle doit résulter à la fois d’une volonté de la ligue et d’une initiative privée. Le ticket d’entrée est fixé à 100 millions de dollars, une somme volontairement importante pour que le groupe d’investisseurs intéressé par le projet apporte le maximum de garanties à la MLS.

« Il faut aussi que l’équipe dispose d’une enceinte entièrement dévolue à la pratique du soccer. Or un stade peut coûter pas moins de 200 millions de dollars », ajoute Jérôme Meary. Certains investisseurs européens ont émis le souhait de créer une franchise de l’autre côté de l’Atlantique, « mais tous les dossiers ont été refusés », précise le consultant français.

Culture de la gagne

Ce système n’est cependant pas figé. Certaines règles pourraient être assouplies, et la MLS envisage la possibilité de laisser chaque club recruter jusqu’à quatre ou cinq joueurs au-delà du salary cap. Car les Américains, que l’on voit mal injecter des fortunes sans espoir de retour sur investissement, ne veulent pas que leur championnat ressemble à celui du Qatar, où quelques vieilles gloires sur le retour viennent garnir leur compte en banque sans risquer autre chose qu’un coup de soleil.

« Aux États-Unis, il y a une véritable culture de la gagne, commente l’international marocain Ahmed Kantari (ex-RC Lens), recruté en juillet par le Toronto FC. J’aurais pu continuer ma carrière en France ou aller dans le golfe Persique. Ici, je gagne bien ma vie, mais pas mieux qu’en Europe. Mais outre le choix de vie et le souhait de découvrir une autre culture, l’aspect sportif est important : ce n’est pas un championnat de préretraités. Il y a beaucoup d’impact physique, de combativité. Les stades sont modernes, les clubs bien équipés. Même si le public est bon enfant et qu’il vient assister à un spectacle, on sent aussi qu’il a des exigences. Et vu les sommes dépensées par les propriétaires des franchises, ce serait très mal vu de se comporter en touriste. »

Réjouissante arrivée de Drogba

En juillet, la MLS a pu se réjouir de l’arrivée de Didier Drogba, pour un salaire (3 millions de dollars par saison) largement inférieur à ce que l’Ivoirien aurait pu toucher au Qatar mais qui fait de lui l’Africain le mieux payé du championnat, à égalité avec le Nigérian Obafemi Martins (Seattle Sounders FC).

L’ancien attaquant de Chelsea, qui s’est engagé avec l’Impact de Montréal, a rejoint en Amérique du Nord quelques pointures comme le Brésilien Kaká (Orlando City, 7,2 millions de dollars), les Italiens Andrea Pirlo (New York City FC, 2,3 millions) et Sebastian Giovinco (Toronto FC, 7,1 millions), les Britanniques Steven Gerrard (Los Angeles Galaxy, 6,3 millions) et Frank Lampard (New York City FC, 6 millions) et l’Espagnol David Villa (New York City FC, 5,6 millions).

Mais ces arrivées médiatiques de joueurs grassement payés s’accompagnent de signatures de footballeurs à la renommée internationale moindre, tels Ahmed Kantari ou l’international ghanéen Harrison Afful (passé de l’Espérance sportive de Tunis au Columbus Crew SC), lesquels sont venus grossir le contingent africain de la MLS, aujourd’hui composé de 35 joueurs.

Tous ne restent pas : ainsi, Raïs M’Bolhi, le gardien de but algérien très remarqué lors de la dernière Coupe du monde, au Brésil, n’a passé qu’une seule saison (2014-2015) à Philadelphie, avant de s’envoler pour Antalya, en Turquie. Qu’à cela ne tienne, « la MLS a pour ambition de devenir l’un des cinq meilleurs championnats du monde d’ici à 2022 », affirme Jérôme Meary. Rendez-vous dans sept ans…

 


ET EN ASIE ?

La Chine et l’Inde ont beau être les pays les plus peuplés du monde, la notoriété de leur football souffre de résultats sportifs guère reluisants. Les deux voisins ont donc décidé d’attirer les stars étrangères. Ainsi, l’Inde s’est dotée en 2014 de l’Indian Super League, sur un modèle largement inspiré de la MLS américaine : les huit équipes sont toutes des franchises, qui ont versé des droits d’entrée élevés. De nombreux joueurs venus d’Europe (Anelka, Pirès, Trezeguet, Del Piero…), parfois quadragénaires, ont participé à l’édition 2014 de ce championnat qui se déroule sur deux mois.

Dans le pays voisin, la Chinese Super League a su attirer quelques grands noms du football africain. Après l’Ivoirien Didier Drogba (2012-2013) et le Malien Seydou Keita (2012-2014), le Sénégalais Demba Ba et le Ghanéen Asamoah Gyan ont décidé d’évoluer en Chine. Où la politique salariale peut se révéler très attractive, puisque Drogba percevait 240 000 euros par semaine au Shanghai Shenhua et Keita, 12 millions d’euros par an au Dalian Aerbin FC. À ce tarif, on comprend mieux que certaines réticences sportives finissent par être vaincues…

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