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Cet article est issu du dossier «Dans les secrets des palais présidentiels africains»

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Politique

Palais de Skhirat au Maroc : Hassan II, un roi miraculé

Le souverain devant le cercueil d'une victime, à Rabat, le 19 juillet 1971. © Popperfoto/Getty Images

En 1971 et 1972, Hassan II échappe à la mort au cours de putschs ratés. Lors du premier, il n'a pu compter que sur lui-même pour en réchapper. Retour sur une folle histoire.

Il est presque 14 heures, ce 10 juillet 1971, lorsque le colonel Mohamed Ababou entre au palais royal de Skhirat accompagné de 600 soldats. Hassan II fête alors son 42e anniversaire dans cette résidence d’été. Un premier coup de feu déclenche une panique générale. Balles et grenades fusent sur le millier de convives, dont de nombreux étrangers, qui fuient vers la plage. Le roi parvient à se mettre à l’abri avec quelques invités lorsqu’un soldat lui fait signe de le suivre. « J’étais convaincu qu’il allait m’entraîner dans un recoin afin de m’exécuter dans la plus grande tranquillité », confiera-t-il, livide, lors d’une conférence de presse organisée le soir même de cette tentative de putsh qui devait renverser son régime et peut-être lui coûter la vie.

 

Le soldat finit par avouer qu’on leur a fait croire que « le palais de Skhirat était attaqué et que sa majesté était en danger »

 

Hassan II parvient, seul, à sauver sa peau

Le souverain parvient à retourner la situation en sa faveur, jouant sur le culte de sa personnalité. Rejoint par d’autres mutins ayant déposé les armes, le soldat finit par avouer qu’on leur a fait croire que « le palais de Skhirat était attaqué et que sa majesté était en danger ». En clair, ils n’étaient pas au courant qu’une manœuvre politique se cachait derrière leur intervention et que ses deux instigateurs étaient le colonel Ababou et le général Mohamed Medbouh, tous deux tués lors de cette sinistre journée. « Je leur ai dit [aux soldats] que ce qu’ils avaient fait de l’armée royale était inadmissible, indigne et non conforme à ce que j’attendais d’eux. Quelques-uns se sont mis à pleurer et nous avons récité la « Fatiha », la première sourate du Coran », conclura Hassan II.

Lorsqu’il sort de son refuge, il ordonne au général Oufkir, qui semble lui être resté loyal, de nettoyer le palais de tous les nids de rébellion. Deux jours plus tard, dix officiers mutins sont passés par les armes. Hassan II suit leur exécution à la jumelle. La veille, il a assisté aux funérailles des victimes, récitant quelques versets du Coran en effleurant les cercueils.

« Je suis encore plus roi qu’hier »

Le mobile de cette tentative de putsch (accompagnée d’une brève prise en main de la Radio nationale de Rabat) ne sera jamais connu dans le détail. Aucun lien n’a été réellement établi avec l’opposition, ni avec une partie étrangère, même si Hassan II a supputé un complot libyen. Il déclarera, sarcastique : « Je m’en fous royalement, de la Libye, je suis encore plus roi qu’hier. » Et donnera carte blanche au général Oufkir pour « nettoyer » l’appareil militaire. Ce même Oufkir qui, treize mois plus tard, le 16 août 1972, lancera trois F5 contre le Boeing du roi… miraculé pour la seconde fois.

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