Politique

Burundi : trois scénarios pour le troisième mandat de Nkurunziza

Dans le quartier de Nyakabiga, le 21 juillet. © Tyler Hicks/The New-York Times-Redux-REA

Le troisième mandat contesté du président Nkurunziza s'ouvre sous de sombres auspices. Ce sportif émérite saura-t-il faire preuve de souplesse pour sortir de la crise ? Trois scénarios se profilent.

Le matin du 2 août, le régime burundais est frappé en plein cœur. Le bras droit de Pierre Nkurunziza, le général Adolphe Nshimirimana, est tué à Bujumbura dans une attaque à la roquette. Dans les heures qui suivent, c’est l’escalade. Esdras Ndikumana, journaliste et correspondant de l’AFP et de RFI, est arrêté et roué de coups. Le lendemain, Pierre-Claver Mbonimpa, le plus célèbre militant des droits de l’homme du pays, est touché de deux balles, au cou et à la tête. Il échappe miraculeusement à la mort.

Comment en est-on arrivé là ? Depuis que le président Nkurunziza a annoncé, le 25 avril, son intention de se représenter, le Burundi vit sur une poudrière. Dès la fin avril, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants opposés à ce qu’il brigue un troisième mandat. Bilan (après trois mois de crise et la réélection très contestée de Pierre Nkurunziza, le 21 juillet) : une centaine de morts, au moins 600 arrestations et 180 000 Burundais en fuite à l’étranger. Aujourd’hui, le sort du pays est entre les mains d’une poignée d’hommes.

Les acteurs clés de la crise

Pierre Nkurunziza : À 51 ans, cet ancien chef rebelle hutu des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) se croit prédestiné depuis ce jour de 2001 où des crocodiles ont chassé les militaires qui le pourchassaient dans le maquis. En août 2005, il est élu président. Jean, polo, casquette… Dans ses meetings, l’ancien professeur de gymnastique joue la décontraction et la proximité avec le peuple. Mais depuis le 2 août, le ton est plus grave et il appelle au calme, comme s’il craignait que ses partisans ne déclenchent un nouveau cycle de massacres à grande échelle – 300 000 morts entre 1993 et 2005

Alain Guillaume Bunyoni : Depuis la mort du général Adolphe Nshimirimana, il est le nouveau bras droit du président. Issu du maquis des FDD comme Nkurunziza, cet ancien chef de la police incarne l’aile dure du régime. Aujourd’hui, il a la haute main sur les Imbonerakure, les jeunes miliciens du parti au pouvoir, qui font régner la terreur sur les collines et dans les quartiers contestataires de la capitale

Godefroid Niyombare : Où est passé le leader des putschistes ? Est-il encore en vie ? Après des années de maquis au sein des FDD, ce fidèle de Pierre Nkurunziza devient chef d’état-major en 2009, puis chef des services de renseignements en 2014. Hostile à un troisième mandat du président, il a tenté de le renverser ce 13 mai. Deux jours plus tard, c’est l’échec et l’officier disparaît. Dans le maquis, disent ses partisans. Celui qui courait les caméras est invisible depuis.

Léonard Nyangoma : Ancien ministre de Melchior Ndadaye, le premier chef de l’État burundais élu démocratiquement, ce professeur de mathématiques est un revenant. En septembre 1994, onze mois après l’assassinat du président Ndadaye, il crée le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) et sa branche armée, les FDD. Puis, dans le maquis, il se fait « doubler » par Pierre Nkurunziza. Le 2 août dernier à Addis-Abeba, au terme de deux jours de discussions entre une vingtaine de leaders de l’opposition, il est élu président d’un nouveau Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha et pour la restauration de l’État de droit au Burundi (Cnarec). Le jour où l’opposition arrachera des négociations, il sera incontournable…

Les scénarios

Le pire : Après les violences de ce mois d’août, l’ONU et l’Union européenne déplorent une « détérioration rapide de la situation sécuritaire » et ne cachent pas qu’elles craignent un retour à la guerre civile. Faut-il craindre des massacres inter-ethniques comme en 1993-2005, quand l’armée à dominante tutsie et les rébellions hutues se combattaient férocement ? Heureusement, on n’en est pas là. Aujourd’hui, la ligne de fracture se situe autant à l’intérieur de la communauté hutue, voire à l’intérieur du CNDD-FDD, qu’entre les deux communautés. Mais à Bujumbura, chaque quartier a choisi son camp et de nombreux habitants se barricadent la nuit avec des armes à feu. Dans les provinces de Kayanza et de Cibitoke, près de la frontière rwandaise, une rébellion est apparue le 10 juillet. À la moindre étincelle…

Le pourrissement : Le 2 août, après l’assassinat du numéro deux du régime, les appels au calme de Pierre Nkurunziza ont été dans l’ensemble entendus. Preuve que le régime tient encore ses troupes. Fort du rapprochement avec les Forces nationales de libération (FNL) de l’opposant Agathon Rwasa, qui a accepté le 30 juillet d’être élu vice-président de l’Assemblée, le régime peut espérer neutraliser les fiefs des FNL dans la province de Bujumbura rural. Grâce au soutien de la Russie et de la Chine, Nkurunziza compte aussi sur l’inaction du Conseil de sécurité de l’ONU. Son calcul ? Une grande lassitude de la communauté internationale, qui, au bout du compte, pourrait le laisser modifier la Constitution afin de se représenter ad vitam aeternam.

L’ouverture : Après l’attentat du 2 août, les opposants au troisième mandat peuvent s’enhardir et multiplier les opérations commandos dans la capitale et en province. Fers de lance de cette opposition : les putschistes du 13 mai. Au Burundi, l’aide internationale représente la moitié des dépenses de l’État. Sous la pression des bailleurs de fonds, qui envisagent de couper leurs subsides, Nkurunziza pourrait être obligé de négocier une solution transitoire qui le maintiendrait au pouvoir pour une durée limitée, le temps d’organiser un nouveau scrutin.

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