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Cet article est issu du dossier «Dans les secrets des palais présidentiels africains»

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Politique

Guinée : le palais Sékoutoureya dans la tourmente Ebola

Le président Alph Condé en visite dans un hôpital à Conacry, en novembre 2014. © Alain Jocard/AP/SIPA

Lorsque les médecins du pays, à la retraite et aspirants, sont convoqués au palais, ils sont bien loin d'imaginer ce qui les attend… La suite de notre série sur les secrets des palais africains.

Octobre 2014, Conakry. L’épidémie d’Ebola fait encore de nombreuses victimes dans le pays, et le président Alpha Condé décide de recevoir au palais Sékoutoureya des médecins et des auxiliaires de santé à la retraite, ainsi que des étudiants en médecine. L’objectif est clair pour tout le monde : le chef de l’État va leur demander de s’engager davantage dans la lutte contre le virus.

Sermon aux médecins

Dans un premier temps, il reçoit les retraités. Assis sous des tentes dans les jardins du palais, sous un soleil de plomb, ils écoutent religieusement le discours du président. Celui-ci se transforme très vite en sermon. Le chef de l’État fustige l’« indiscipline du corps médical » et ceux qui refusent d’aller exercer en région forestière, l’épicentre de l’épidémie. Entre deux blagues diversement appréciées, il sabre aussi un neurologue – qui ne serait peut-être pas venu s’il avait su ce qui l’attendait : « Vous, est-ce que votre étage est propre à l’hôpital ? Ou est-ce qu’il s’agit de l’un de ces endroits d’où l’on ressort infecté ? » Rire, ou ne pas rire… Telle est la question qui a dû traverser l’esprit du pauvre bougre.

Un ancien ministre de la Santé, qui a la bonne idée d’affirmer dans une brève intervention qu’il avait déjà entendu parler de cas d’Ebola en Guinée par le passé, n’aura pas plus de chance : « Et pourquoi vous êtes-vous tu ? » lui lance Alpha Condé. Après un long silence embarrassant, l’homme tourne les talons pour aller se rasseoir sous les rires, aussi moqueurs que gênés.

Les étudiants en médecine ont eux aussi répondu à l’appel. Nombreux, très nombreux… trop nombreux. Si bien qu’aux abords du palais, la foule de jeunes massés devant les grilles grossit à vue d’œil. On y joue des coudes pour pouvoir entrer. Les jeunes Conakrykas se sont en fait donné le mot. Étudiants en médecine ou non, mécaniciens ou simples débrouillards, chômeurs, ils se sont rendus par centaines au palais dans l’espoir de décrocher un emploi. Même les membres du dispositif de sécurité en sont restés bouche bée.

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