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Cet article est issu du dossier «Dans les secrets des palais présidentiels africains»

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Politique

Algérie : quand Boumédiène a failli rejoindre Kennedy

Houari Boumédiène © Archives J.A.

Il s'en est fallu de peu pour que le tombeur de Ben Bella ne subisse en 1968 le même sort que le chef d'État américain assassiné cinq ans plus tôt.

Le Conseil des ministres vient de se terminer au Palais du gouvernement, en plein cœur d’Alger, à un jet de pierre de la Grande Poste. Ce jeudi 25 avril 1968, le chef de l’État, Houari Boumédiène, est invité à déjeuner chez le ministre Rabah Bitat. Les deux hommes s’engouffrent dans la voiture présidentielle. Détendu, Boumédiène plaisante avec son chauffeur, Nait Marzouk el-Hachemi : « On est invités, aujourd’hui. Et celui qui nous invite est assis à mes côtés ! » Il est 12 h 55. Le véhicule contourne la grande bâtisse blanche où se réunissent les membres de l’exécutif tous les mercredis.

Tu as vu Kennedy ? Il était à la tête d’un pays puissant, cela n’a pas empêché un homme de lui tirer dessus.

Dans un virage, deux policiers de la Compagnie nationale de sécurité sont postés de chaque côté de la chaussée. Quand la voiture arrive à leur hauteur, le conducteur tourne instinctivement la tête vers celui de gauche… et le voit dégainer son arme et appuyer sur la détente. L’arme s’enraie. Le second policier se met à tirer en rafales. Panique à bord. Tandis que Nait Marzouk se retourne pour faire baisser sa tête au président, une balle le touche en plein visage. Elle entre par la joue droite. Le chef de l’État, lui, est atteint à la joue gauche. Les tireurs sont ensuite interceptés et le président est évacué à l’hôpital Maillot.

Sauvé in extremis

En attendant de passer sur le billard pour que la balle soit extraite, Boumédiène reçoit la visite de deux ministres. Le sourire aux lèvres, il lance : « J’ai la peau dure. » En français dans le texte… Le président algérien vient d’échapper in extremis à une tentative d’assassinat, après avoir évité un putsch quelques mois plus tôt, en décembre 1967. Dans les deux cas, Tahar Zbiri est à la manœuvre. L’ancien compagnon d’armes du coup d’État de 1965 contre Ahmed Ben Bella n’est pas satisfait de son traitement.

Le climat politique est dégradé. Les services de sécurité n’ont cessé d’alerter le président. Kasdi Merbah, le patron de la sécurité militaire, l’a exhorté à recevoir ses ministres au palais d’El-Mouradia plutôt que de descendre chaque semaine à leur rencontre dans le centre de la capitale. Réponse du chef de l’État : « C’est le mektoub [“destin”]. Tu as vu Kennedy? Il était à la tête d’un pays puissant, cela n’a pas empêché un homme de lui tirer dessus. » Ce jour d’avril 1968, le tireur n’était pas Lee Harvey Oswald et Boumédiène n’était pas Kennedy. C’est peut-être ce qui lui a sauvé la vie. Ainsi que celle de ses assaillants : condamnés à mort, ils ne verront jamais le président signer l’arrêt d’exécution.

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