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Cet article est issu du dossier «Dans les secrets des palais présidentiels africains»

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Politique

Les palais présidentiels africains, ces bâtisses aux secrets bien gardés…

Le palais présidentiel du quartier du Plateau, à Dakar, Sénégal. © Issouf Sango/AFP

En Afrique plus qu'ailleurs sans doute, les palais présidentiels - a fortiori royaux et multiples comme au Maroc - sont, dans l'imaginaire collectif, des cités interdites.

Lieux de puissance fantasmée, objets de craintes et de désirs inavoués, matrices fécondes de rumeurs et de secrets en tous genres, usines à bobards certifiés authentiques, cases à fétiches sorciers… À l’abri des grilles, des murs épais et des gardes prétoriennes se joue une comédie du pouvoir dont le peuple ne sait rien ou presque mais qu’il imagine à la fois luxueuse et chaotique, peuplée de serviteurs zélés et de femmes jalouses, de boudoirs galants et de cabinets noirs, sous la houlette d’un maître des lieux aussi paranoïaque qu’irascible.

Produits de l’opacité qui entoure encore l’exercice de l’autorité suprême sur le continent, ces clichés ne sont pas sans fondement. Un Mobutu, un Bongo Ondimba, un Houphouët-Boigny, un Hassan II, un Kadhafi ou un Eyadéma avaient parfaitement intégré dans leur système de gouvernance ce mélange d’attraction et de répulsion nimbé de mystère que représentent les palais. Bien rares étaient ceux qui, convoqués pour une audience, s’y rendaient sans une certaine angoisse.

Le minimum, pour un nouvel arrivant, est de faire « déminer » les lieux : ôter objets, poudres, masques et bric-à-brac suspect.

À cette époque pas si lointaine, radiotrottoir et radiocouloir, sa consœur cravatée, étaient friandes d’histoires de disparitions inexpliquées, de pièces secrètes et de prisons souterraines où s’abîmaient pour toujours les visiteurs attirés dans le piège de l’ogre suprême. Délires souvent, réalité parfois : de chez Ahmed Sékou Touré, Idi Amin Dada ou Francisco Macias Nguema, de la caserne de Bab al-Aziziya ou du palais du Négus rouge Mengistu Haile Mariam, certains ne sont jamais ressortis vivants.

Charge symbolique des lieux

À ces épicentres de la vie d’une nation est aussi attachée une connotation occulte, voire magique. Le minimum, pour un nouvel arrivant, est de faire « déminer » les lieux, en d’autres termes d’en ôter tout objet, poudre, masque, statuette, tissu et bric-à-brac suspect abandonné par le prédécesseur comme le Petit Poucet de la fable. On nettoie, on change les meubles, mais aussi, souvent, d’adresse.

Le président togolais Faure Gnassingbé n’a jamais travaillé et encore moins habité au palais de Lomé II où régnait son père – trop chargé en symboles. À Brazzaville, où son ombre n’a cessé d’obséder Pascal Lissouba pendant ses cinq années au pouvoir, au point de lire et de relire Machiavel pour tenter de le comprendre, Denis Sassou Nguesso a regagné la résidence du Plateau, qu’il fit construire jadis et dans laquelle son successeur n’osa jamais mettre les pieds. Ce dernier préféra s’aménager des appartements au Palais du peuple tout proche, et l’on se souvient encore des images chocs de ces miliciens hilares posant, après sa fuite, sur le lit de sa chambre à coucher au milieu d’un capharnaüm de documents. Une sorte de viol postpouvoir qu’eut également à subir le Centrafricain François Bozizé lors de la chute du palais de la Renaissance à Bangui. Le cauchemar de tout président.

Changer de palais

Se faire construire un nouveau palais, comme Idriss Déby Itno, Faure Gnassingbé ou encore Ismaïl Omar Guelleh, c’est aussi rompre symboliquement avec une partie de son propre passé, tourner une page et éventuellement conclure un nouveau bail avec ses concitoyens. Si, aujourd’hui, la plupart des chimères qui les entouraient ont fini par se dissiper et si leurs locataires sont de moins en moins rares à comprendre qu’ils n’en sont pas les propriétaires, l’essentiel demeure de l’étrange pouvoir de fascination qu’exercent les palais sur le commun des mortels.

On les convoite, on ne les quitte qu’à regret et ils font toujours autant rêver.

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