Société

Côte d’Ivoire : en Israël, Soro est arrivé

Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne a mis ses pas dans ceux d’Alassane Ouattara, qui en 2012 avait commencé à renouer avec l’État hébreu. Oublié, le soutien de Tel-Aviv à Laurent Gbagbo.

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Mis à jour le 6 août 2015 à 08:41

Avec le président Reuven Rivlin, à Jérusalem, le 29 juillet. © GPO/FLASH90/REA

«Pour l’ancien séminariste que je suis, j’ai hâte de fouler les terres saintes qui ont vu naître le Christ. Je ne manquerai point de vous raconter [sic] », tweetait Guillaume Soro le 26 juillet. À peine rentré d’un voyage dans la région du Woroba (Nord-Ouest), où il avait accompagné le président Alassane Ouattara dans une visite officielle, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire était déjà dans un avion… direction Israël, pour une visite de cinq jours. Et, chose promise, chose due, Guillaume Soro et son équipe de communication ont largement gazouillé pendant ce voyage en Terre sainte – c’est la première fois qu’il vient ici, la première fois aussi qu’un président de l’Assemblée nationale ivoirienne se trouve en Israël.

Relancer les relations entre les deux pays

Flanqué d’une petite délégation, composée principalement de trois députés (Kouadio Kpli Delphin, Brahima Yéo et Pauline Bregnon), de son chef de la communication, Moussa Touré, et d’une équipe de la télévision nationale, la RTI, il a été accueilli le 28 juillet par son homologue israélien, Yuli Eldestein. Visite de la Knesset (le Parlement israélien), séances de travail, signature d’un protocole d’accord afin d’amplifier la coopération parlementaire entre leurs deux hémicycles…

 

Il s’agit de relancer les relations entre les deux pays, quelque peu distendues en raison du soutien d’Israël à l’ex-président Laurent Gbagbo dans le passé.

 

Pour Guillaume Soro, il s’agit surtout de s’inscrire dans les pas d’Alassane Ouattara, qui avait effectué une importante visite en Israël dès juin 2012, afin de relancer les relations entre les deux pays, quelque peu distendues en raison du soutien de l’État hébreu à l’ex-président Laurent Gbagbo pendant la crise politico-militaire ivoirienne ouverte en septembre 2002. « Je renoue avec la longue et excellente tradition entre la Côte d’Ivoire et Israël, initiée par les pères fondateurs que furent Ben Gourion pour Israël et Félix Houphouët-Boigny pour la Côte d’Ivoire. Nous, jeunes générations, héritiers de ces aînés, nous sommes dans la même continuité et nous voulons préserver, consolider, et forger d’excellentes relations avec Israël », a ainsi déclaré le président du Parlement ivoirien.

Si la coopération a repris, les entreprises israéliennes se font encore discrètes à Abidjan

Aujourd’hui, si la coopération a repris entre les deux pays, force est de constater que les entreprises israéliennes se font encore discrètes en terre d’Éburnie. « On se souvient de l’âge d’or des années 1960-1970, où il y avait beaucoup d’entreprises israéliennes installées en Côte d’Ivoire. Elles étaient au nombre de 35 au moins, expliquait récemment Isi Yanouka, l’ambassadeur d’Israël en Côte d’Ivoire, au quotidien d’État Fraternité matin. Mais peu à peu les entreprises israéliennes reviennent et redécouvrent la Côte d’Ivoire. »

Un domaine, pourtant, tire son épingle du jeu : la sécurité. Celle du Port autonome d’Abidjan et celle de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny, par exemple, sont aujourd’hui gérées par des filiales du groupe israélo-canadien Visual Defence.

Jihadisme et sécurité intérieure

En juin 2014, lors de l’étape ivoirienne de sa tournée africaine, le ministre israélien des Affaires étrangères d’alors, Avigdor Lieberman, et son homologue Charles Diby Koffi signaient quant à eux un accord sur la sécurité intérieure.

Alors que le gouvernement ivoirien prend de plus en plus au sérieux la menace d’un terrorisme islamiste – avec notamment l’arrestation mi-juillet d’une dizaine de jihadistes présumés à la frontière ivoiro-malienne et les menaces officielles du groupe Ansar Eddine -, le sujet a donc été longuement évoqué par Guillaume Soro, qui, lors de son entretien avec le président israélien Reuven Rivlin, le 29 juillet, s’est dit désireux de profiter de l’« expérience d’Israël » en la matière.