Politique

Guinée : Cellou Dalein Diallo, question d’honneur

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Cellou Dalein Diallo, septembre 2013. © Idrissa Soumare/AP/SIPA

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans », disait André Malraux. Pour le chef de file de l’opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo, cette assertion est à l’évidence sans grands fondements. Comment expliquer son pacte avec le diable, si ce n’est par la conviction qui semble être la sienne que les principes de la morale sont incompatibles avec les nécessités de la politique ?

 

Lâché par Touré, Dalein Diallo vise la présidentielle d’octobre, quels qu’en soient le prix et les moyens

 

Que la manœuvre, purement électoraliste, vaille le coup d’être tentée en concluant une alliance de circonstance avec un homme peu fréquentable mais susceptible de lui apporter un nombre significatif de voix en Guinée forestière, pourquoi pas. Lâché par son ex-binôme Sidya Touré, qui ne cesse depuis de dénoncer son repli identitaire, Dalein Diallo vise la présidentielle d’octobre, quels qu’en soient le prix et les moyens.

Justifications inacceptables

Ce qui est inacceptable en revanche, c’est de se réclamer de la présomption d’innocence due au capitaine Dadis Camara pour justifier son choix, au lieu de se féliciter de l’inculpation et d’exiger le jugement de celui dont la responsabilité – si ce n’est la culpabilité – dans le massacre du 28 septembre 2009 a été mise en lumière par les enquêtes de l’ONU, de la CPI et de la FIDH.

Il n’y a pas si longtemps, Cellou Dalein Diallo réclamait que Dadis Camara soit traduit devant les juges de La Haye pour avoir fait tuer et violer ses militants. Aujourd’hui, il en vient à suspecter la justice guinéenne d’être instrumentalisée parce qu’après avoir inculpé une douzaine de proches du capitaine putschiste, dont certains (les colonels Pivi et Tiegboro notamment) étaient devenus des collaborateurs du président Alpha Condé, elle s’est enfin décidée à inquiéter son nouvel allié.

L’opposition guinéenne semble avoir perdu en chemin une partie de son honneur.

Prise au piège d’une Commission électorale qu’elle a voulu politique plutôt que technique et qui a fini par lui filer entre les doigts (« S’ils veulent en réviser la composition, ils n’ont qu’à déposer un projet de loi organique devant le Parlement », tranche Alpha Condé interrogé par Jeune Afrique), l’opposition guinéenne semble avoir perdu en chemin une partie de son honneur. Nul doute qu’il se trouvera des Guinéens pour s’en souvenir le moment venu.

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