Politique

Au secours, Sarkozy revient !

Ah ! Nicolas Sarkozy ! Il nous avait manqué.

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Mis à jour le 27 juillet 2015 à 09:46
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Nicolas Sarkozy au musée du Bardo, à Tunis, le lundi 20 juillet © Fethi Belaid / AFP

Les visites en terre africaine, au nord comme au sud du Sahara, de son successeur François Hollande, ça n’a vraiment pas la même saveur. Notre vibrionnant ex- et, peut-être, futur chef d’État français était à Tunis le 20 juillet. Reçu tel un président en exercice, le leader de l’opposition a gratifié ses hôtes d’une leçon de géopolitique méditerranéenne dont lui seul a le secret. Deux phrases, lancées en conférence de presse comme un calembour au bistro du coin, résument à elles seules le personnage et ce qui lui tient lieu de mode de pensée, c’est-à-dire le raccourci systématique, dès lors qu’il s’agit de parler du continent.

 

La relation algéro-française ne s’est jamais aussi bien portée que depuis qu’il a quitté l’Élysée

 

« La Tunisie est frontalière avec l’Algérie et la Libye. Ce n’est pas nouveau… Vous n’avez pas choisi votre emplacement. » Manière de dire que le pétrin tunisien trouve en grande partie son origine chez ses deux voisins. Nul ne peut nier que le chaos libyen pèse effectivement de tout son poids sur la difficile évolution de la démocratie tunisienne naissante. Mais l’Algérie ? Que vient-elle faire dans cette affaire ? On se le demande. Et pour cause. D’abord, il s’agit du seul pays – avec, dans une moindre mesure, les États-Unis – à se préoccuper de la situation à Tunis et à proposer son aide. Ensuite, Sarkozy est bien gentil mais peut-être aurait-il pu avoir la décence et l’honnêteté de garder à l’esprit que si la Libye est dans un état de décomposition avancée, c’est en grande partie « grâce » à lui…

L’avenir de l’Algérie dans l’Union pour la Méditerranée

Mais notre Zébulon français ne s’est pas arrêté là. L’Algérie – décidément il a un problème avec ce pays – l’inquiète. « Qu’en sera-t-il, dans l’avenir, de son développement, de sa situation ? C’est un sujet qui, me semble-t-il, doit être traité dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. » Mais quelle mouche l’a donc piqué ? Passons sur le fait que, ce disant, il s’assoit allègrement sur les usages diplomatiques les plus élémentaires et les convenances. Bien sûr, on peut se poser la question de l’avenir de l’Algérie, voire s’en inquiéter. Les intéressés eux-mêmes le font tous les jours. Mais l’exprimer en ces termes, depuis Tunis, est une faute. Et évoquer les mânes d’une organisation multilatérale dont personne ne sait à quoi elle sert et dont l’inanité est, encore une fois, à mettre au débit de l’ancien président frise le ridicule.

Calculs politiciens

Ce n’est un secret pour personne, le cœur de Nicolas Sarkozy penche du côté de Rabat (pour ne pas dire Marrakech…), et la relation algéro-française ne s’est jamais aussi bien portée que depuis qu’il a quitté l’Élysée. Avait-il besoin pour autant de se laisser aller à cette provocation gratuite ? Tout cela par pur calcul politicien, pour glaner quelques voix de plus dans le sud de la France auprès des nostalgiques de l’Algérie française ?

L’homme a changé, paraît-il. On ne peut pas dire que cela saute aux yeux. Prendre de la hauteur n’est visiblement toujours pas son fort. En tout cas, on attend avec impatience la suite de ses déplacements à l’étranger. Après Israël, le Maroc, l’Espagne et la Tunisie, il devrait se rendre à Alger dans les prochains mois. Vu les réactions à ses saillies tunisoises, l’accueil promet d’être bien différent de celui réservé par Béji Caïd Essebsi.