Théâtre : un blanc dans la peau d’Othello ?

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Mis à jour le 31 juillet 2015 à 16h40
L'acteur Philippe Torreton.

L'acteur Philippe Torreton. © Georges Gobet/AFP

À l’Odéon, c’est Philippe Torreton, un comédien blanc qui jouera le rôle du Maure de Venise. Pourquoi pas ? Mais les raisons avancées pour ce choix sont, elles, plus douteuses.

On se souvient d’un William Nadylam, sublime Rodrigue, dans la Cour d’honneur du palais des Papes, premier acteur à oser jouer Le Cid au Festival d’Avignon quarante-sept ans après Gérard Philipe, en 1998. Premier Rodrigue noir, également, de l’histoire du théâtre français.

Dix-sept ans plus tard, Luc Bondy inverse les rôles et confie, du 28 janvier au 23 avril prochain, à Philippe Torreton, l’un des plus beaux rôles de Noir du théâtre classique : Othello. Posture postraciale à la Peter Brook ? Volonté de ne pas enfermer les identités dans une couleur de peau et d’universaliser le propos théâtral ? On aurait aimé le croire…

Hélas, la présentation qu’en fait le théâtre de l’Odéon sur son site est on ne peut plus claire : « Othello compte parmi les sommets du répertoire tragique. Mais la pièce [de Shakespeare] est assez peu montée en France. La difficulté que pose le choix de l’interprète pour le rôle-titre y est sans doute pour beaucoup. Luc Bondy a demandé à Philippe Torreton d’incarner le Maure de Venise […]. La qualité de la distribution devrait permettre de se concentrer sur les véritables enjeux de l’œuvre plutôt que sur les problèmes soulevés par sa réalisation. »

À l’heure où les acteurs français non blancs peinent à trouver des rôles à la hauteur de leur talent et où Fleur Pellerin, la ministre de la Culture, a entamé une réflexion sur la représentation de la « diversité » dans la création française, rien n’est moins sûr… La nouvelle a déjà fait réagir certains artistes afro-descendants. Pour la metteuse en scène Eva Doumbia, « ce qui pose problème, ce n’est pas qu’Othello soit blanc. Dans une France idéale, n’importe qui pourrait jouer n’importe quel personnage. Mais ce choix, par la justification qui en est faite, se révèle être un geste politique qui refuse le multiculturalisme de la société française. »

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