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Politique

Égypte : après l’océan d’incertitudes, en avant !

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Laurent de Saint-Périer est journaliste spécialiste du Maghreb/Moyen-Orient, couvrant notamment la Syrie, l'Égypte et l'Iran. Il est aussi spécialiste du Gabon.

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Abdel-Fattah Al-Sissi. © Maya Alleruzzo/AP

Les Égyptiens restent aujourd'hui dans l'expectative mais ce sentiment donne finalement à tous l'envie d'avancer.

«La patience est la clé du bien-être. » Quatre ans après avoir dit « assez » au trop long règne de Hosni Moubarak, l’Égypte fait plus que jamais sienne cette sage parole attribuée au Prophète. Après un apprentissage accéléré de la libre politique (de la révolution du 25 janvier 2011 à celle du 30 juin 2013), de régence militaire en gouvernement islamiste, de répressions en élections, de référendums en manifestations, en juillet 2013 les Égyptiens ont finalement ouvert leurs bras au général Abdel Fattah al-Sissi – ou plus exactement ont été poussés dans les siens. Un homme alors davantage connu dans les rangs de l’armée que dans les rues du Caire.

Sera-t-il la clé de leur bien-être ? La plupart des Égyptiens veulent y croire. Tout comme les décideurs occidentaux veulent voir en lui un acteur essentiel pour la stabilité de la région. À tous, Sissi a demandé patience et confiance. Car le nouveau raïs ne tient les rênes du pays que depuis deux ans et ne le dirige avec la légitimité des urnes que depuis son élection à la présidence, fin mai 2014.

Tout en soulignant qu’il est hâtif d’espérer dresser un bilan de son action après une seule année de mandat, les défenseurs du président Sissi louent les réformes engagées, le retour à la stabilité, le lancement de grands projets concrets dans un pays enfin remis sur les rails après les cheminements chaotiques de l’après-révolution.

Plus discrets et beaucoup moins nombreux en Égypte, ses détracteurs s’inquiètent de ce que les changements structurels indispensables à un développement durable et partagé ne soient toujours pas envisagés. Ils dénoncent une politique de l’ordre qui, sans mettre un terme au terrorisme, est le prétexte à la répression des dissidences et à des restrictions des libertés sans précédent.

L’anxiété du nouvel exécutif

Le Caire enrage de cette mauvaise presse qu’il estime partiale et superficielle. « Les Égyptiens reprochent même au président de ne pas être assez ferme ! » rappelle son ambassadeur à Paris, tout en reconnaissant que les autorités ont pu commettre des maladresses en matière de communication.

Mais le nombre élevé de journalistes embastillés, le départ forcé de certains correspondants, les obstacles parfois posés à la venue de reporters étrangers (trois mois pour obtenir un visa…) illustrent l’anxiété du nouvel exécutif plutôt qu’une simple maladresse. Car ce dernier a conscience de ce que tout le monde, au Caire, répète. Les Égyptiens savent maintenant qu’ils peuvent chasser le mauvais dirigeant, et Sissi, dont la popularité doit plus à son statut d’homme providentiel qu’à son charisme naturel, n’oublie pas que c’est une mobilisation populaire massive qui lui a ouvert les portes du Palais. Et qui pourrait les lui refermer demain.

Les Égyptiens en attendent beaucoup, et le héros doit maintenant se faire homme d’Etat

Las de ces dernières années d’instabilité et de précarité, échaudés par les contre-exemples libyen, syrien et yéménite, inquiets de voir fondre leurs moyens de subsistance et effrayés par la menace jihadiste, les Égyptiens ont remis leur destin entre les mains d’un militaire qui a gagné ses galons de maréchal en livrant une bataille acharnée aux Frères musulmans.

Ils en attendent beaucoup, et le héros doit maintenant se faire homme d’État, restaurer la sécurité tout en cherchant la réconciliation nationale, relancer la croissance sans qu’elle ne profite qu’aux cercles d’affaires – comme c’était le cas sous Moubarak – et affermir l’autorité de l’État en construisant la démocratie.

Des faubourgs populaires aux quartiers huppés du Caire, c’est davantage l’expectative qu’une confiance aveugle qui s’exprime. Un sentiment déjà beaucoup plus rassurant et porteur d’espoir que l’océan d’incertitudes sur lequel a navigué l’Égypte de 2011 jusqu’à l’an dernier. Et qui semble donner à tous l’envie d’avancer. « On ne sait pas où on va, mais au moins on y va ! » se plaisent à dire les Cairotes.

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