Politique

Nkurunziza mania au Burundi : Willy Nyamitwe, dévoué corps et âme à la cause

Ils sont nombreux à se désolidariser du chef de l’État burundais depuis l’annonce de sa candidature pour un troisième mandat. Mais pas ce fidèle parmi les fidèles. Portrait.

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 15 juillet 2015 à 20:45

Acclamé par les partisans du président, le 15 mai, après l’échec du coup d’État. © JENNIFER HUXTA/AFP

S’il ne devait en rester qu’un auprès de Pierre Nkurunziza, ce serait lui. Spin-doctor autodidacte, dévoué corps et âme à la cause du chef de l’État burundais, Willy Nyamitwe, 43 ans, fait office de sapeur-pompier en chef face à l’embrasement diplomatique et médiatique qui a suivi l’annonce de sa troisième candidature à l‘élection présidentielle initialement prévue ce 15 juillet puis reportée au 21. « On n’entend plus que lui, remarque un ancien haut cadre du CNDD-FDD (au pouvoir). Il dame le pion aux ministres. » Ce porte-parole officieux répète inlassablement son credo jusqu’au-boutiste face à un mouvement de contestation qu’il qualifie d’« insurrection ».

Conseiller en communication de la présidence

Né à Kamenge, un quartier de Bujumbura qui fut le bastion de la rébellion du CNDD-FDD, Willy Nyamitwe est un orphelin de 1972, dont le père est une victime des massacres ciblés contre les élites hutues. Vingt ans plus tard, il rejoint la rébellion qui a pris le maquis après l’assassinat, en 1993, du président hutu Melchior Ndadaye. Il y noue des liens avec des officiers influents qu’il retrouvera plus tard au sommet de l’état-major et des services de renseignements.

En février 2006, il intègre la présidence comme conseiller en communication. Mais la même année, on l’accuse d’avoir filmé les aveux – obtenus sous la torture – de l’ex-vice-président Alphonse-Marie Kadege, autour d’un projet de putsch imaginaire. « Ce qui se raconte sur moi n’est, en quasi-totalité, qu’un ramassis de mensonges », affirme l’intéressé à Jeune Afrique. De 2007 à 2011, il contrôle Rema FM, appendice radiophonique du parti, et le journal Intumwa – souvent comparé aux médias de la haine du Rwanda d’avant 1994 – ainsi que divers sites internet pro-domo.

Le « Charles Blé Goudé de Nkurunziza »

Durant le deuxième mandat de son mentor, il prend du galon. « Nyamitwe fait partie de la demi-douzaine de personnes, civils et généraux, qui sont les plus influentes auprès de Nkurunziza », analyse un bon connaisseur du marigot burundais. Revenu à la présidence en 2011, il est promu trois ans plus tard conseiller principal chargé de la communication dans la perspective d’une campagne présidentielle à haut risque. « Il m’a approché, comme d’autres journalistes, pour tenter de nous retourner en faveur du régime », témoigne Bob Rugurika, le directeur – en exil – de la Radio publique africaine (RPA).

Pour Pacifique Nininahazwe, figure de la société civile opposée au troisième mandat présidentiel, il est le « Charles Blé Goudé de Nkurunziza ». S’il sait se montrer cordial avec les journalistes, « il manipule l’information sans honte ni états d’âme », souligne notre ex-cadre du CNDD-FDD. « Il est rusé et il est parvenu à convaincre le président qu’il pourrait redorer son image », explique Bob Rugurika.

Au lendemain du putsch avorté du 13 mai, il a été rejoint dans le premier cercle présidentiel par son frère Alain Aimé Nyamitwe, nommé ministre des Relations extérieures. Le nouveau chef de la diplomatie, qui a reçu la mission délicate de contenir les pressions de la communauté internationale face à l’entêtement présidentiel, est tout aussi loyaliste que son aîné. Alors que nombre de cadres influents du CNDD-FDD ont opté pour l’exil, leur départ n’a pas l’air d’émouvoir Willy Nyamitwe. Il a réagi à celui du -deuxième vice-président, Gervais Rufyikiri, par un tweet peu protocolaire : « Goodbye et bon débarras ! »