Agroalimentaire

Mali : faux engrais, vrai scandale ?

Des agronomes inspectent un champ de sorgho, au Mali, en 2013.

Des agronomes inspectent un champ de sorgho, au Mali, en 2013. © DFATD-MAECD/Flickr

Des tonnes d’intrants importées pour les récoltes de coton et de céréales ne sont pas conformes aux normes de qualité. L’affaire prend un tour politique.

Après la polémique concernant la surfacturation de matériel militaire puis l’avion présidentiel, l’opposition n’hésite plus à parler d’un nouveau scandale d’État. Depuis quelques semaines, le feuilleton des « engrais frelatés » agite la classe politique et le monde rural. En cause : l’introduction dans les champs maliens de milliers de tonnes d’engrais non pas « frelatés », mais sous-dosés en nutriments.

Les faits remontent au début de l’année. En janvier, Mamadou Sangafowa Coulibaly, le ministre ivoirien de l’Agriculture, envoie une lettre à Bokary Tréta, son homologue malien, dans laquelle il le prévient que des « engrais non conformes aux normes de qualité » de la Cedeao sont importés en Côte d’Ivoire et au Mali. Les autorités maliennes diligentent alors des analyses.

Début avril, la direction nationale de l’agriculture révèle que 37 % des 9 000 tonnes déjà importées sont déficitaires en nutriments. Sachant qu’un total de 247 000 tonnes est prévu pour la campagne agricole 2015-2016, la quantité d’engrais sous-dosés pourrait donc être bien plus importante. Les conséquences sur la production de céréales, et surtout de coton, secteur vital pour l’économie nationale, pourraient être désastreuses. S’y ajoutent des interrogations sur les conditions d’attribution des marchés d’importation à des sociétés privées, qui perçoivent une soixantaine de milliards de francs CFA, dont 35 milliards directement de l’État.

Une réaction trop lente ?

Après avoir mis du temps à reconnaître le scandale, le gouvernement et Bokary Tréta sont désormais sous le feu des critiques. Mi-juin et début juillet, le ministre du Développement rural est venu s’expliquer devant les députés. Et n’a visiblement pas convaincu l’opposition. « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réaction plus rapide ? Est-ce une négligence ? Une défaillance ? Quoi qu’il en soit, nous demandons la démission du ministre », tonne l’opposant Tiébilé Dramé, dont la formation, le Parti pour la renaissance nationale (Parena), a récemment publié un document détaillé sur cet imbroglio.

Évoquant une « situation très grave » et une « nouvelle affaire » mettant en cause la gouvernance du président, Ibrahim Boubacar Keïta, Soumaïla Cissé, le leader de l’opposition et président de l’Union pour la République et la démocratie (URD), se dit particulièrement inquiet pour les récoltes de coton et pour les paysans, tenus de rembourser les dettes contractées pour l’achat d’engrais à la fin de la campagne.

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