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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : 2011-2015, le vrai bilan»

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Économie

Nicolas Djibo, maire de Bouaké : « La visite de Ouattara a marqué un nouveau départ »

Nicolas Djibo © Ananias Leki Dago/J.A.

Pour relancer l'économie locale, le maire de Bouaké mise sur les secteurs du textile, de l'agriculture et du tourisme.

Élu en 2013 (soit trente-trois ans après son père, maire de Bouaké de 1960 à 1980), Nicolas Djibo, 66 ans, est membre du Rassemblement des républicains (RDR, au pouvoir). Il est aussi président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire.

Jeune Afrique : En 2013, vous avez été élu maire de Bouaké. Dans quel état avez-vous trouvé la ville ?

Nicolas Djibo : La situation était catastrophique. Au niveau de la mairie, les problèmes de gouvernance étaient nombreux, et la ville endettée. Les services publics sont insuffisants tant en termes de quantité que d’efficacité. Sur le plan économique, la crise a duré dix ans, mais Bouaké a reculé de plus de vingt ans. En 2002, la commune tenait la deuxième place des villes de l’UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine] en termes de création de richesse, juste devant Dakar. Aujourd’hui, une ville comme Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, est probablement devant Bouaké.

Si en Côte d’ivoire le taux de pauvreté est de 51%, à Bouaké il est d’au moins 60% »

La population de Bouaké est-elle plus pauvre aujourd’hui qu’en 2002 ?

C’est très net. Pour deux raisons : premièrement, la fermeture des entreprises. L’usine textile de Gonfreville employait plus de 800 salariés, contre 200 actuellement. La plupart des entreprises sont dans le même cas. L’autre cause de cet appauvrissement est politique. Pendant la crise, Bouaké était la capitale de la rébellion. Le gouvernement n’y avait fait aucun investissement. Laurent Gbagbo l’avait bannie. Si en Côte d’Ivoire, le taux de pauvreté est de 51 %, à Bouaké il est d’au moins 60 %. La forte immigration en provenance du Mali, du Burkina Faso et de Guinée n’a rien arrangé.

Votre ville profite-t-elle de la croissance ivoirienne ?

La visite d’Alassane Ouattara, en novembre 2013, a marqué un nouveau départ. Dans le cadre du plan présidentiel d’urgence, toute une série de travaux a été lancée au niveau des routes, des hôpitaux, des écoles, de l’approvisionnement en eau, de l’accès à l’électricité. Ce qui a été annoncé a été en grande partie réalisé, à l’exception de deux rues qui doivent encore être bitumées.

La construction d’une nouvelle zone industrielle à Bouaké est évoquée…

Oui, car celle qui existe est minée par les constructions anarchiques. Le plus facile est d’en créer une nouvelle à l’ouest de la ville, à un endroit où convergent la route et le rail, non loin de l’aéroport. Mais ce projet de plus de 100 milliards de F CFA [plus de 150 millions d’euros] est trop coûteux pour la municipalité, dont le budget n’est que de 3 milliards de F CFA. Notre espoir est que cela deviendra un chantier gouvernemental.

Quels sont les secteurs qui peuvent créer de l’activité dans les années à venir ?

En quelques années, Bouaké est devenu la capitale de l’anacarde [noix de cajou], notamment grâce au groupe Olam, qui y a installé la plus grande usine du pays, avec une capacité de traitement de 10 000 tonnes par an. Puis le groupe de l’Aga Khan et d’autres investisseurs ont suivi. Le textile peut encore jouer un rôle à Bouaké. Par le passé, c’était la seule ville où toutes les activités, de l’égrenage à la confection en passant par la filature, le tissage et la teinture, étaient concentrées. Le secteur touristique mérite aussi d’être dynamisé. En 2015, Bouaké a organisé son premier carnaval depuis vingt ans. Cet événement peut avoir une dimension nationale à condition d’améliorer l’offre hôtelière.

Quel bilan faites-vous du processus de réconciliation dans votre commune ?

Bouaké n’a pas connu de graves tensions. Sans doute parce que les autorités religieuses, avant même que le gouvernement ne prenne l’initiative, se sont emparées de ce dossier pour limiter les conflits entre les communautés.

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