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Cet article est issu du dossier «France, terre d'esclavage»

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Cinéma

Esclavage : le dernier tabou du 7e art français

12 Years a Slave, un film sur l'esclavage sorti en France en janvier.

12 Years a Slave, un film sur l'esclavage sorti en France en janvier. © Mars Films

Qui est capable de citer un grand film français consacré à l’esclavage ? A fortiori, un film consacré au passé esclavagiste de la France ? Personne, pour la simple raison qu’un tel film n’existe pas.

Difficile en effet de considérer la comédie loufoque Case départ, de Fabrice Éboué et Thomas N’Gijol sortie avec succès en 2011 (1,8 million de spectateurs), seule grosse production française ayant jamais évoqué la question, comme démentant cet état de fait. Et de toute façon il s’agirait au mieux de l’exception qui confirme la règle.

Il y a toutes les raisons de considérer qu’il s’agit là du dernier tabou du 7e art en France. Car si les sujets historiques sensibles concernant la France ne manquent pas, du régime de Vichy à tous ceux évoquant son passé colonial, aucun autre n’a subi un tel traitement sur le grand écran. Pas même la guerre d’Algérie, thème pourtant particulièrement corrosif et douloureux, qui amène à parler non seulement de réalités pour le moins peu glorieuses comme la torture mais aussi en fin de compte d’un conflit qui a divisé le pays et qui s’est soldé par une défaite face aux indépendantistes. Il existe plus d’une dizaine de films français pour le grand public qui l’ont évoqué, du Petit Soldat de Jean-Luc Godard tourné en 1960 et sorti après levée de la censure en 1963 à Muriel d’Alain Resnais sorti aussi en 1963 ou R.A.S. d’Yves Boisset en 1973 jusqu’à Hors-la-loi de Rachid Bouchareb en 2010 et bien d’autres.

Les Américains ont fini par regarder en face leur passé esclavagiste sur le grand écran avec des films d’envergure, comme Amistad de Spielberg en 1997, Django Unchained de Tarantino en 2012 ou 12 Years a Slave de Steve McQueen en 2013, pour ne citer que les trois plus connus, qui démontrent au passage que le sujet ne rebute certes pas le public. Rien de tel en France. Seul le cinéma antillais, à travers les œuvres relativement peu distribuées de Christian Lara (Vivre libre ou mourir en 1980, Sucre amer en 1998, 1802, l’épopée guadeloupéenne en 2006) a tenté courageusement de briser l’omerta. Une omerta si totale que respectent les producteurs comme tous les organismes de financement des films qu’on ne peut que penser, assure Osange Silou-Kieffer, spécialiste des cultures du Sud et directrice de la rédaction de l’agence de presse Invariance noire, qu’elle témoigne d’un déni de son passé esclavagiste de la part de la France. Une sorte de révisionnisme qui ne dit pas son nom. Qui durera jusqu’à quand ?

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