Économie

Algérie : le grand écart d’Ali Haddad

Ali Haddad, président du FCE, le principal syndicat patronal algérien.

Ali Haddad, président du FCE, le principal syndicat patronal algérien. © Anis / New press

Le patron des patrons entend promouvoir le secteur privé tout en soutenant le pouvoir. Vous avez dit antinomique ?

Ali Haddad, le patron des patrons algériens, est un timide. Et comme tous les timides, ce Berbère de 50 ans communique parfois de manière surprenante. Ce qui en fait un homme à la fois bruyant et mystérieux.

Fervent supporter de Bouteflika, dont il a soutenu les campagnes électorales, il est critiqué pour sa proximité avec le frère du président, Saïd, et avec le Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Il a fait de son entreprise de travaux publics, ETRHB Haddad, la première société privée du BTP algérien… avec le concours des fonds et des services de l’État. Il se diversifie prudemment : tombent dans son escarcelle concessionnaires automobiles, pharmacies et peut-être, demain, un partenariat avec Peugeot.

Avec son club de foot, l’USM Alger, ses deux journaux et sa chaîne de télévision, on pourrait le voir comme un Berlusconi algérien. Mais sa mise simple et son physique de coureur de fond s’accordent mal avec le bling-bling ou le « bounga-bounga » chers à l’ancien président du Conseil italien…

Ali Haddad a succédé, le 27 novembre 2014, à Réda Hamiani à la tête du Forum des chefs d’entreprise (FCE), la principale formation patronale algérienne, dont il a réussi, affirme son entourage, à doubler les effectifs en six mois. Il applaudit l’exécutif, « qui fait du bon travail », car, dit-il, « l’entreprise privée est bien considérée, le gouvernement élabore des lois pour favoriser le climat des affaires et facilite les acquisitions de terrains et le déblocage des crédits ».

Pas question pour autant de lancer la machine patronale dans l’arène politique, même si elle a soutenu la dernière candidature du président. « Le FCE est une plateforme de dialogue et de propositions qui vise à contribuer à l’émergence d’une économie de marché où les entreprises algériennes réaliseront leur rêve d’entrer sur le marché mondial, déclare Ali Haddad. Il demeurera à l’écart de toutes les espérances politiques. » De l’économie, rien que de l’économie.

L’Algérie doit exporter. « Oui, mais pour cela il faut avoir des produits de qualité en quantité, un maillage de communications air-terre-mer, des réseaux bancaire et de télécoms, et l’Algérie affiche des carences dans plusieurs de ces domaines », observe-til. Pour créer les centaines d’entreprises et les milliers d’emplois dont a besoin le pays, le FCE propose de « consacrer le principe de l’entreprise et de l’investissement privés », ce qui veut dire « un accompagnement des banques, un assouplissement des procédures, une adaptation des normes fiscales et la création de zones industrielles modernes ».

Ali Haddad défend le fameux principe du 51-49 qui fait peur aux investisseurs étrangers, car il leur interdit de détenir la majorité du capital d’une entreprise algérienne. « Cela n’a pas dissuadé une entreprise américaine de s’associer avec moi », plaide-til. Il pense que l’Algérie doit rattraper le temps perdu avant l’ère Bouteflika. « J’encourage tous les chefs d’entreprise à aller de l’avant, conclut-il. Des jours meilleurs arriveront. » Intrigant M. Haddad, qui s’efforce de mener de front soutien au pouvoir et défense d’une entreprise privée que, jusqu’à présent, celui-ci n’estimait guère !

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