Bourse

Pierre Goudiaby Atepa : « La BRVM peut figurer parmi les trois premières bourses africaines »

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Architecte, le Sénégalais Pierre Goudiaby Atepa est aussi un investisseur à titre privé. © BRVM

L’architecte sénégalais est le nouveau patron de la place financière ouest-africaine. Il confie sa passion pour les marchés financiers et annonce la création de nouveaux segments pour les PME et les mines. nouveau patron de la place financière ouest-africaine. Il confie sa passion pour les marchés financiers et annonce la création de nouveaux segments pour les PME et les mines.

Le 25 juin, Pierre Goudiaby Atepa a été élu président du conseil d’administration de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), la place financière de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) située à Abidjan, remplaçant Gabriel Fal, qui occupait le poste depuis janvier 2013. Un changement intervenu plus tôt qu’attendu sans être pour autant un coup d’État. Explication : deux sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) sénégalaises occupent un poste d’administrateur à la BRVM de manière tournante. Et il était temps pour CGF Bourse, représentée par Gabriel Fal, son fondateur, de laisser sa place à Impaxis, l’autre SGI du pays. Fal n’étant plus membre du conseil d’administration, il ne pouvait donc plus en être président. Son successeur est un architecte sénégalais reconnu et le dirigeant d’un groupe qui s’est largement diversifié dans l’immobilier, les mines, l’agrobusiness et même le lancement de satellites (encore au stade de projet). S’il n’est pas un professionnel du secteur, il connaît bien la BRVM, dont il est l’un des plus gros investisseurs individuels.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir souhaité devenir président du conseil d’administration de la BRVM, alors que vous n’êtes pas un professionnel du métier ?

Pierre Goudiaby Atepa : Ce souhait n’était pas seulement le mien, mais aussi celui de plusieurs membres du conseil d’administration. J’accompagne la BRVM depuis sa création, je n’arrive donc pas de nulle part. Les fondations de la maison étant en place, ils ont pensé qu’il serait judicieux de confier l’élévation des murs et la charpente à un architecte. Après le médecin Jim Yong Kim à la Banque mondiale et l’agronome nigérian Akinwumi Adesina à la Banque africaine de développement, voici donc un architecte à la Bourse !

Ce ne sera donc pas un handicap ?

Je m’évertuerai à transformer en atout ce qui pourrait apparaître comme un handicap : un œil neuf. Je compte également apporter un schéma innovant en m’entourant, compte tenu de la sensibilité du secteur, de toutes les précautions nécessaires. Comme je l’ai écrit dans mon livre Oser, douze propositions pour un Sénégal émergent, il faut oser la Bourse autrement.

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Bio express de Pierre Goudiaby Atepa © DR

Quels objectifs stratégiques vous fixez-vous ?

La BRVM a beaucoup innové au cours des deux ou trois dernières années, notamment sur le plan structurel. Il s’agit de traduire ces avancées dans la vie quotidienne de l’institution. Stabilité politique, croissance économique régulière dans la fourchette des 5 % à 7 %… La zone UEMOA est en ébullition, et il nous faut le faire savoir. Je mettrai l’accent sur la promotion du marché, le rôle des États membres, le secteur privé, les citoyens et les investisseurs étrangers. Et je me concentrerai sur la promotion de la culture et du marché boursiers. On doit pouvoir faire en sorte que la centaine de millions de citoyens de la zone s’y intéresse. J’ai déjà émis l’idée que le citoyen lambda puisse acheter des titres par le biais des organismes de placement collectif en valeurs mobilières en utilisant son téléphone portable. Je m’attellerai par ailleurs à faire en sorte que tous les États membres et leurs entreprises soient présents sur le marché, par exemple via des privatisations. Au niveau du secteur privé, des initiatives seront prises : un troisième compartiment va être créé pour les PME et PMI. Mais un problème subsiste : il existe un réservoir d’entreprises qui remplissent parfaitement les conditions d’accès à la cotation, mais que l’on ne voit pas.

Lesquelles ?

Il n’est pas compréhensible que les ports de Dakar, de Lomé ou de Cotonou, ou les Industries chimiques du Sénégal, ne soient pas cotés à la Bourse. Nous allons faire du porte-à-porte si nécessaire, mais il est inconcevable que des entreprises qui fonctionnent bien et veulent se développer davantage ne profitent pas des moyens et des conditions qu’offre une place financière créée pour elles.

Et les investisseurs étrangers ?

J’y accorde beaucoup d’attention. Il faut diversifier notre offre, nous envisageons donc l’introduction de produits dérivés et la création d’un quatrième compartiment consacré aux matières premières. Cela offrirait aussi la possibilité à nos citoyens d’être actionnaires de sociétés minières, ce qui serait un acte de démocratie économique et un gage de protection des intérêts des générations futures. Le potentiel existe et, s’il est davantage exploité, nous pouvons espérer nous classer parmi les trois premières Bourses du continent avant la fin de la décennie. En tout cas, c’est mon ambition.

Quel temps pourrez-vous réellement y consacrer ?

Certes, j’ai développé autour de mon métier d’architecte une constellation d’activités qui se déploient sur trois continents et occupent le plus clair de mon temps, mais ma passion pour la Bourse, qui m’a poussé à me porter candidat, me conduira à assumer pleinement mes fonctions. Je serai bientôt à New York [où se tiendra un roadshow de la BRVM] et partout ailleurs où il faudra promouvoir la Bourse. J’ai la chance de travailler avec un directeur général, Félix Edoh Kossi Amenounvé, dont j’apprécie le sens des responsabilités et le dévouement. Sur les différents enjeux, nos vues convergent.

Comment évaluez-vous le bilan de votre prédécesseur ?

D’abord, Gabriel Fal est un ami. L’heureux hasard a voulu qu’à la fois nos domiciles et nos bureaux soient voisins. Et pour la petite histoire, c’est moi qui l’ai intéressé à la BRVM lors de sa création. Aujourd’hui, je prends la présidence d’une institution qui se porte bien. Gabriel Fal est un travailleur acharné, et il a toujours montré son goût affirmé pour l’excellence.

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Passation de charge entre Gabriel Fal et Pierre Atepa Goudiaby le 10 juillet 2015 à Abidjan. © BRVM

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