Immigration

Giscard a-t-il tenté de renvoyer les Algériens en Algérie ?

L'ex président Valéry Giscard d'Estaing, en septembre 2013. © Louisa Gouliamaki/AFP

Dans les années 1970, le président Giscard d'Estaing a-t-il tenté de renvoyer en Algérie 35 000 immigrés présents sur le sol français ? C'est ce qu'affirme l'historien Patrick Weil dans son dernier ouvrage.

Un an et demi avant de quitter le pouvoir, le président français Valéry Giscard d’Estaing (VGE) tenta-t-il de forcer au départ des milliers d’immigrés algériens ? Dans son dernier essai, Le Sens de la République (éd. Grasset), l’historien Patrick Weil apporte plusieurs éléments attestant que l’ancien chef de l’État envisageait de restreindre drastiquement les conditions d’entrée et de séjour des Algériens qui, dans les années 1970, formaient la plus importante communauté étrangère de l’Hexagone.

À peine élu, en mai 1974, VGE suspend l’immigration. Moins de trois ans plus tard, il institue une prime d’« aide au retour » de 10 000 francs aux étrangers désirant regagner définitivement leur pays d’origine. Après le choc pétrolier, confronté à la hausse du chômage, il veut négocier avec son homologue Houari Boumédiène le départ volontaire ou forcé de 500 000 Algériens sur cinq ans. Alger s’y oppose, estimant qu’il s’agirait d’une dénonciation unilatérale de la clause de libre circulation des accords d’Évian qui, en mars 1962, avaient mis un terme à sept ans et demi de guerre. Giscard était même prêt à dénoncer ces accords, affirme Patrick Weil.

Pour contourner cet écueil, le président fait élaborer un avant-projet de loi visant le non-renouvellement des titres de séjour et de travail. Sa mesure phare : l’instauration de quotas par département. « Ces derniers ont été étudiés pour que les départements hébergeant le plus de Maghrébins aient le taux de renouvellement le plus bas », précise Weil. Tollé à droite comme à gauche. Le Conseil d’État recale le texte, mais Giscard s’obstine. Lors d’un conseil restreint à l’Élysée, le 18 décembre 1979, il demande à Jean François-Poncet, son ministre des Affaires étrangères, de négocier avec Alger le retour de 35 000 adultes par an. Dans la marge de ce compte rendu de trois feuillets – dont le service des archives du Quai d’Orsay a confirmé l’existence à J.A. – il ajoute cette mention manuscrite : « Éviter de parler de quotas d’enfants ».

Séparer des parents de leurs enfants ayant acquis la nationalité française en vertu du droit du sol aurait à coup sûr engendré des drames humains, mais aussi des imbroglios administratifs et une crise diplomatique. Battu par François Mitterrand en 1981, VGE dut dire au revoir à son projet.

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