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Culture

Mufwankolo : icône transgénérationnelle de la culture katangaise

En bembe, son nom de scène signifie 
« celui qui porte toujours une cravate ».

En bembe, son nom de scène signifie « celui qui porte toujours une cravate ». © GWENN DUBOURTHOUMIEU POUR J.A.

À bientôt 80 ans, le dramaturge et comédien continue d’écrire et de jouer. Rencontre.

Si sa frêle silhouette et son élégante démarche sont quelque peu déstabilisées par le poids des ans, Odilon Kyembe Kaswili, alias Mufwankolo, n’a pas perdu son inébranlable réputation de « monument de la culture katangaise ». Le comédien, qui s’apprête à célébrer ses 80 printemps et 59 ans de carrière, « reste  » la » référence du théâtre populaire katangais, y compris pour les plus jeunes », confirme Robert Aaron Tshibang, coordinateur provincial de la Fédération nationale du théâtre. « C’est une véritable star,  qui a traversé bien des époques », ajoute Gulda El Magambo, photographe et vidéaste lushois qui suit le travail de l’artiste depuis plusieurs années.

Tout le monde veut sa photo avec « le vieux »

Ce soir-là, Mufwankolo est convié à l’hôtel de ville de Lubumbashi pour assister aux festivités de la Journée mondiale du théâtre. Comme à son habitude, il est tiré à quatre épingles. Alors qu’il fait son entrée dans la mairie à (très) petits pas, tout le monde se bouscule pour le saluer. Confrères comédiens, artistes, personnalités locales, fans de tous âges… La star n’en a que plus de peine à gravir, l’une après l’autre, les marches de l’escalier qui mène à la salle de réception. Et, une fois au sommet, c’est la désormais incontournable séance de selfies qui l’attend. Tout le monde veut sa photo avec « le vieux ».

Pour Julie Kyungu, une étudiante en communication, « cet engouement tient au charisme de Mufwankolo, mais aussi à la qualité de son œuvre ». Enfant, comme bien d’autres, elle a « été bercée par ses pièces et sketches diffusés sur les radios locales ». Aujourd’hui encore, avec les comédiens du Groupe Mufwanko, il dit ses pièces en swahili sur Radio Mwangaza deux fois par semaine et joue régulièrement pour la télévision lushoise.

Aîné d’une fratrie de six garçons « plus une fille », Odilon Kyembe a commencé ses farces dès son plus jeune âge. « Ma mère n’est jamais parvenue à me gifler, se souvient-il. Chaque fois qu’elle essayait, j’esquivais et tout le monde se mettait à rire, elle la première. » Né en 1935 à Kaluwa, un village des environs de Likasi, ce fils d’un agent de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) est envoyé tout jeune auprès de son oncle, à Lubumbashi, pour ses études. Après le primaire, il choisit d’apprendre la menuiserie à l’école des Salésiens de Don Bosco.

Les religieux lui conseillent d’abandonner la menuiserie pour se concentrer sur le théâtre

Mais le naturel revient au galop. Souvent, pendant les heures de cours, l’esprit de l’apprenti vagabonde. « Au lieu de suivre les explications techniques, je griffonnais des scènes de théâtre sur mon carnet de notes, raconte Mufwankolo. Je m’évertuais à créer des personnages, à leur attribuer des rôles, des paroles… » Il finit par être convoqué auprès du père supérieur. À la lecture de ses textes, ce dernier, surpris et séduit, lui remet des documents sur la biographie de Don Bosco en lui demandant d’en faire une pièce. Kyembe s’exécute, recrute des acteurs parmi ses camarades, distribue les rôles et met en scène la vie du prêtre italien. Un succès. Les religieux lui conseillent d’abandonner la menuiserie pour se concentrer sur le théâtre. « C’est votre voie et elle vous mènera très loin », lui dira le père supérieur.

À la mort de son oncle, Odilon Kyembe est recruté par la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga. Mais un accident de travail le renvoie rapidement vers ses premières amours : l’écriture, le jeu… et le théâtre ! S’inspirant du quotidien de ses concitoyens, il écrit des spectacles et les met en scène chez lui, avec ses amis. En 1958, il s’envole pour la première fois vers l’Europe, invité avec sa troupe à Anvers par un groupe d’architectes belges. L’année suivante, c’est à Bruxelles, devant le roi Baudouin, que jouera le Groupe Mufwankolo. « C’était magique de voir toutes ces personnalités belges applaudir notre prestation », se souvient-il.

Le patriarche (il a quatorze enfants et « une quarantaine » de petits-enfants) est toujours aussi passionné en racontant les temps forts de sa vie d’artiste : les répétitions avec le groupe, les succès sur scène ou à la radio… En témoignent les nombreux honneurs et récompenses exposés dans sa maison de Lubumbashi, dont les titres de propriété lui ont été offerts en octobre 2014 par le gouvernorat lors d’une cérémonie donnée pour ses cinquante-huit ans de carrière.

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