Santé

Corée du Sud : le virus de la gabegie

Désinfection d'un café internet, à Séoul, le 16 juin.

Désinfection d'un café internet, à Séoul, le 16 juin. © KIM HONG-JI/REUTERS

Gestion calamiteuse du naufrage d’un ferry, l’an dernier ; affaires de corruption ; incapacité à enrayer la progression d’une nouvelle épidémie… Park Geun-hye fait l’unanimité. Contre elle.

«Je n’ose plus traverser la gare ni prendre le bus pour aller à la fac, explique Hyonmi, en rajustant le masque chirurgical qui lui couvre la moitié du visage. On ne sait d’où vient ce virus ni pourquoi il se développe si vite. De toute façon, le gouvernement est bien incapable de faire face à la situation ! » Même angoisse teintée de colère chez Dae-chol, chauffeur de bus à Séoul : « On n’a pas de chameaux ici, c’est incompréhensible. Il paraît que les gènes des Asiatiques sont plus sensibles au virus, mais les Philippins qui travaillent au Moyen-Orient, pourquoi ne sont-ils pas touchés ? »

Dans tout le pays, les centres commerciaux sont déserts, les cinémas annulent des séances faute de spectateurs, et des centaines d’écoles sont fermées. Vingt-quatre morts et 166 contaminations confirmées depuis le premier diagnostic établi sur un homme revenant d’Arabie saoudite, le 20 mai… Plusieurs milliers de personnes placées en quarantaine… La Corée du Sud est aujourd’hui le deuxième plus grand foyer du coronavirus MERS, baptisé MERS-CoV, un virus presque aussi dévastateur que celui du sras.

On ne connaît à ce jour ni vaccin ni traitement pour ce syndrome respiratoire qui, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), présente un taux de mortalité avoisinant 35 %. On suppose que le chameau pourrait être le réservoir du virus, mais sa transmission à l’homme n’est pas confirmée. Comment dès lors expliquer l’ampleur de l’épidémie qui frappe le pays ? La plupart des victimes, constate l’OMS, ont été contaminées dans des structures de santé : sur les 133 malades dont les déplacements ont pu être reconstitués, 72 l’ont été au Centre médical Samsung, l’un des plus grands de Séoul. Sans doute le système hospitalier sud-coréen est-il directement en cause : les visites ne sont pas, ou peu, réglementées, et, la plupart du temps, ce sont les familles qui prennent en charge la vie quotidienne des patients (aide à la toilette, alimentation, etc.).

Bref, l’inquiétude grandit, mais la colère aussi : la communication hésitante des autorités au cours des premiers jours de l’épidémie a ravivé rancœurs et frustrations. « On nous ment, comme on nous a menti lors du naufrage du Sewol, s’irrite Dae-chol. Ce sont tous des pourris qui se croient au-dessus des lois. J’avais voté pour Park Geun-hye, mais je suis déçu. »

La lenteur des premières mesures – il a fallu trois semaines pour qu’un plan d’urgence contre le MERS-CoV soit mis en place ! – et le manque de transparence des autorités rappellent en effet les errements qui ont suivi la catastrophe du Sewol, en avril 2014. Personne n’a oublié ni les cafouillages des secours ni le silence assourdissant de la présidente aussitôt après le naufrage du ferry. Un an après, le navire n’a d’ailleurs toujours pas été renfloué, et les familles des 304 victimes, essentiellement des lycéens, accusent le gouvernement d’indifférence et d’incompétence.

La multiplication récente des scandales de corruption et de trafic d’influence dans l’entourage présidentiel ne contribue certes pas à arranger les choses. Ainsi, fin 2014, du Memogate, une sombre affaire dans laquelle le propre frère de Park Geun-hye se trouve impliqué, ou encore du suicide, au mois d’avril, d’un ancien député dans la poche duquel on aurait trouvé une liste de personnalités ayant reçu des pots-de-vin lors de la dernière campagne présidentielle. Et n’oublions pas la retentissante affaire de la fille du PDG de Korean Air, qui, en décembre 2014, fit faire demi-tour à son avion pour un caprice d’enfant gâtée.

On imagine que la presse s’en donne à cœur joie. Même le très conservateur Chosun Ilbo titrait récemment : « Où est le leadership dans la crise du MERS ? » Quant au Hankyoreh, plutôt à gauche, il accusait le gouvernement d’« incompétence crasse ». La présidente peut-elle encore se sortir de ce mauvais pas ? « Non, c’est trop tard, tranche un éditorialiste de ce même Hankyoreh. À la fin de son mandat, dans un peu plus de deux ans, on ne se souviendra que de sa gestion calamiteuse du naufrage du Sewol et de l’épidémie de MERS. Elle a tout raté. »

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