Droits de l’homme

Arabie saoudite : bourreaux à tout prix

L'Arabie saoudite a déjà exécuté 114 personnes en 2015. © AFP

Après avoir dénoncé la censure contre le cinéaste marocain Nabil Ayouch, j'aurais voulu enchaîner avec le sort du malheureux blogueur saoudien Raif Badawi, condamné à dix ans de prison, quelque 237 000 euros d'amende et 1 000 coups de fouet.

Mais je ne veux pas vous lasser avec mes jérémiades ni passer pour la fouetteuse des consciences arabes. N’empêche, le verdict prononcé contre le blogueur m’a fait repenser à l’offre d’emploi publiée il y a quelques semaines sur un site public saoudien qui recherche des bourreaux. On recrute non pas des manieurs de fouet, mais des spécialistes du sabre, entendez des experts dans l’égorgement, l’amputation, la bonne découpe. Quoique, le fouet aussi peut tuer… Aucune compétence particulière n’est requise. Il suffit de faire fi de sa conscience, de se délester de son cœur et d’être apte à décapiter son prochain comme on égorge le mouton de l’Aïd. Mais cela reste difficile quand même… Qui peut garantir l’oubli du sang sur les mains et du dernier regard du condamné ? Ça va bien au-delà de la pénibilité au travail. Et dire que les recruteurs proposent un salaire de fonctionnaire religieux. Franchement, c’est se moquer du monde !

Cette petite annonce s’explique par la rareté des candidats dans un secteur pourtant localement en pleine croissance. Selon un décompte de l’Agence France Presse, pas moins de 85 exécutions ont eu lieu dans le royaume depuis le 1er janvier de cette année. À en croire Amnesty International, en 2014, il y en avait eu 90. L’ONG déplore un « bilan épouvantable ». Mais, on le sait, les organisations de défense des droits de l’homme peuvent aboyer contre les émirs, ces derniers s’en fichent, ils veulent leurs bourreaux à tout prix.

Il n’y a pas besoin de chercher loin pour trouver des candidats. Des bourreaux, il y en a par milliers en Arabie saoudite et ailleurs, sauf qu’ils sont clandestins. Ils se cachent derrière les lois scélérates, les violations de la citoyenneté, les viols d’enfants et la réduction des femmes en esclavage. Mais s’il y a nécessité de trouver des candidats réguliers, avec papiers et références (liste des exploits), il suffit au « pôle emploi » royal de faire un saut sur le chantier syrien : il est plein d’égorgeurs patentés.

À ce propos, lors d’une conférence de presse à Riyad, où il était en visite le mois dernier, tandis que paraissait l’annonce dont je viens de vous parler, François Hollande a rappelé que la France milite pour l’abolition de la peine de mort. Est-ce que c’était le moment de proférer pareille insulte à l’adresse de ses hôtes ? Le président français aurait mieux fait d’user de la même blague glissée à l’oreille de Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, en 2013, alors qu’on lui tendait un sabre au cours d’une autre visite officielle à Riyad : « J’en aurai bien besoin. » Il aurait dû sauter sur l’occasion, cette fois en demandant aux Saoudiens d’élargir l’offre d’emploi à ses jeunes compatriotes partis rejoindre Daesh – ou qui en reviennent après s’être fait la main. Non seulement ces embauches ôteraient un poids aux autorités judiciaires françaises qui se demandent que faire des jihadistes de retour dans l’Hexagone, mais elles infléchiraient aussi quelque peu la courbe du chômage et permettraient au gouvernement Valls de ne pas vivre jusqu’en 2017… sur le fil du rasoir.

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