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Cet article est issu du dossier «Ben Bella - Boumédiène : un jour, deux destins»

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Politique

Ahmed Taleb Ibrahimi : Boumédiène et le « colon algérien »

Houari Boumédiène, en Kabylie, en 1972.

Houari Boumédiène, en Kabylie, en 1972. © Archives J.A.

L’ancien ministre Ahmed Taleb Ibrahimi, en fonction de 1965 à 1978, partage ses souvenirs avec l’ancien président qu’il a côtoyé pendant plusieurs années.

«Que reste-t-il de celui qui déposa Ahmed Ben Bella il y a cinquante ans ? Tout a été « déboumédiénisé », sauf l’esprit de Houari Boumédiène. Auprès de ses compatriotes, son nom trouve beaucoup plus de résonances que celui de n’importe quel autre président. Houari Boumédiène était un homme d’État qui voyait loin. À son modeste domicile ou au siège de la présidence de la République, ses portes étaient ouvertes à ceux qui souhaitaient le voir ou s’entretenir avec lui. Il avait une connaissance approfondie des dossiers, travaillait tard la nuit et n’a pris qu’une seule fois des congés au cours de son mandat. C’était en juillet 1978, pour se rendre dans une station balnéaire de Yougoslavie, sur invitation du chef de l’État, Josip Broz Tito.

Avant chaque Conseil des ministres, le président se faisait préparer des notes et des fiches détaillées. Courtois, charismatique, pas aussi autoritaire qu’on le dépeint, il n’admettait pas les joutes entre les membres du gouvernement. Il déléguait beaucoup, répétait que les ministres étaient responsables de leurs départements, et quand l’un d’eux arrivait à le convaincre, il s’inclinait et lui donnait raison.

Si le colon algérien remplace le colon français, nous aurons alors fait la guerre pour rien.

Celui qu’on qualifie de chef du clan d’Oujda était un fervent adepte de la décentralisation. De nombreux Conseils des ministres ont été tenus en dehors d’Alger, pour être au plus près des préoccupations des populations, prendre connaissance des réalités locales et entendre les doléances des citoyens. Très attaché à la justice sociale, Houari Boumédiène répétait souvent : « Si le colon algérien remplace le colon français, nous aurons alors fait la guerre pour rien. »

En voyage à l’étranger, le chef de l’État était plutôt un homme détendu. Quand ses ministres jouaient à la belote, il lui arrivait souvent de les taquiner ou de commenter le jeu. Il était en revanche très dur avec les membres de sa famille, qu’il tenait à l’écart du pouvoir. Je me souviens par exemple que, un jour d’octobre 1978, il reçut la visite de son jeune frère Saïd alors qu’il était hospitalisé à Moscou. N’ayant pas apprécié que la présidence ait pris cette initiative, il décida de prendre en charge le prix de son voyage.

Célibataire à son arrivée au pouvoir, il s’est marié en 1974 avec Anissa al-Mansali, une jeune avocate. Lui qui aimait les longues veillées avec ses amis Abdelaziz Bouteflika, Cherif Belkacem ou Ahmed Medeghri, a alors mis un terme à sa vie nocturne. Téléspectateur assidu des programmes de la RTA, l’unique chaîne du pays, il lui arrivait fréquemment d’appeler son ministre de l’Information pour commenter une émission ou se plaindre d’un reportage. »

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