Bourse

Pourquoi les sociétés de la BRVM esquivent encore les agences de notation

L'agence Wara vient d'attribuer 
un BBB+ 
sur le long terme 
à Servair Abidjan.

L'agence Wara vient d'attribuer un BBB+ sur le long terme à Servair Abidjan. © NABIL ZORKOT POUR J.A.

Elles y sont tenues depuis plus de deux ans, pourtant les deux tiers des entreprises cotées sur la place ouest-africaine refusent de se faire évaluer par des agences de notation. Surtout lorsqu’elles ne sont pas en quête de financement.

Depuis janvier 2013, les sociétés cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Afrique de l’Ouest sont tenues de se faire noter par deux agences agréées, West African Rating Agency (Wara) et Bloomfield Investment Corporation. Mais deux ans et demi plus tard, à peine le tiers d’entre elles respectent cette règle, instaurée par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), le régulateur. Début juin, la notation de Servair Abidjan, la filiale ivoirienne du spécialiste français du catering, est venue porter le nombre de sociétés en règle à treize sur les quarante valeurs cotées sur cette place commune aux huit pays de l’UEMOA.

Culture

« En Afrique francophone, la culture qui consiste à vouloir cacher ce qu’on fait, la réticence à donner des informations sur son entreprise, même quand on est coté en Bourse, est encore très présente », explique Stanislas Zeze, le PDG de Bloomfield, qui affirme que les entreprises cotées représentent 20 % de son portefeuille. D’après cet Ivoirien, ce sont surtout les filiales des grands groupes internationaux tels que Société générale, Bolloré, Total ou encore BNP Paribas qui ne jouent pas le jeu. Même la Sonatel, filiale sénégalaise de France Télécom et plus grande capitalisation (environ 50 %) de BRVM, ne s’est pas encore fait noter.

Guère surpris par ce bilan décevant, un analyste financier installé à Abidjan affirme : « Le comportement de ces sociétés s’explique par le fait que la plupart d’entre elles se sont retrouvées à la cote par la force des choses. Elles y ont été introduites via la cession des parts [minoritaires] que détenaient certains États dans leur capital. » D’après notre analyste, ces entreprises n’utilisent pas le marché pour se financer et, par conséquent, ne voient pas trop l’intérêt de dépenser de 30 à 50 millions de F CFA (de 45 000 à 76 000 euros) par an pour obtenir une note d’investissement. « Par exemple, une entreprise comme la Solibra (filiale du groupe Castel), le leader de la bière en Côte d’Ivoire, n’envisage pas de se faire noter pour aller lever des fonds puisqu’elle peut emprunter auprès de ses banques partenaires à des taux compétitifs, c’est-à-dire autour de 5 % », explique-t-il.

Incitative

Mais, pour Stanislas Zeze, si ces entreprises, dont les maisons mères sont pourtant évaluées sur les marchés occidentaux, ne se plient pas toujours aux mesures en vigueur à la BRVM, c’est aussi parce que la régulation ne prévoit pas de « mesures coercitives ». En effet, la démarche du régulateur, qui cherche à développer ce marché et à y attirer un plus grand nombre d’entreprises, se veut davantage incitative que contraignante. « Le marché lui-même poussera les entreprises à se faire noter systématiquement. Plus le nombre des entreprises notées sera grand, plus les réfractaires seront contraints de suivre la tendance », avance, optimiste, Edoh Kossi Amenounve, le directeur général de la BRVM.

La décision du CREPMF de rendre la notation financière des sociétés obligatoires à la BRVM était partie d’une bonne intention et avait pour objectif de dynamiser la dette privée sur ce marché. « En adoptant cette mesure, le régulateur a voulu résoudre le problème du coût du financement des entreprises dans la zone UEMOA. Pour émettre une obligation, une entreprise devait jusque-là payer, en plus du taux de sortie, une garantie de 2 % à 3 % du montant levé. L’obtention d’une note d’investissement auprès d’une des agences agréées lui permet d’être dispensée du paiement de la garantie », indique Edoh Kossi Amenounve.

Tableau de bord

Pour l’instant, seul trois ou quatre groupes ont utilisé la notation pour émettre des emprunts obligataires. Parmi eux, l’agro-industriel ivoirien Sifca, qui, grâce à la note que lui a attribuée Wara, a pu lever environ 36 milliards de F CFA en 2013 à un taux de 6,9 % sur la période 2013-2021, sans avoir eu à fournir de garantie. Dans une dynamique de renforcement des fonds propres de ses filiales, le groupe Bank of Africa, qui a fait noter six de ses filiales ouest-africaines, ne tardera sans doute pas à solliciter le marché.

Mais les avantages d’une notation financière vont bien au-delà de la simple suppression de cette garantie. « L’évaluation permet d’abord à une société cotée d’obtenir un tableau de bord identifiant ses forces et ses faiblesses, de connaître sa courbe des taux. Et ensuite de donner une vraie visibilité à ses investisseurs sur ses perspectives. Plus celles-ci sont bonnes, plus le titre sera demandé à la cote et prendra ainsi de la valeur », explique Stanislas Zeze de Bloomfield. Son concurrent Seydina Tandian, le patron de Wara, cite l’exemple de Filtisac, une entreprise du groupe Aga Khan que son agence a notée en 2013. À cette époque, le prix de l’action était de 7 500 F CFA, mais, depuis, il a fortement progressé pour tourner autour de 30 000 F CFA.

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