Entreprises & marchés

Natty Ngoy, Inaden et le 100% made in Africa

"Je sais qu'il faut être sur le terrain", déclare la jeune entrepreneuse, qui se rend souvent en Éthiopie

"Je sais qu'il faut être sur le terrain", déclare la jeune entrepreneuse, qui se rend souvent en Éthiopie © Sandra Rocha/J.A.

Cette jeune Franco-Congolaise rencontre le succès avec sa ligne de maroquinerie conçue et assemblée en Éthiopie, sous la marque Inaden.

Dans cette vague de mode « afropéenne », « afropolitaine », « afrofusionnelle » ou encore « afromuppienne » qui déferle sur les podiums, dans les magazines et sur les réseaux sociaux, il y a ceux qui se contentent de découper un bout de tissu wax pour s’ériger en créateurs et puis il y a les autres… Natty Ngoy, franco-congolaise, fait partie de ces derniers. À 31 ans, elle est à la tête d’Inaden, sa propre marque de maroquinerie, 100 % made – ou plutôt crafted ( « conçue » ) – in Africa, comme indiqué sur ses produits. Et la nuance a de l’importance pour cette jeune femme qui insiste sur le processus artisanal (choix des matières, teinture, coupe, assemblage, etc.) nécessaire à la transformation du cuir brut en coquets sacs et accessoires. « L’idée, ce n’est pas simplement de faire du made-in-Africa, c’est de faire un made-in-Africa de qualité », explique-t-elle.

Tout commence en 2010. Natty Ngoy, diplômée de l’université Paris-Dauphine et de l’Institut d’administration des entreprises (IAE Paris) en management des organisations, est consultante au sein du célèbre cabinet d’audit Deloitte. Très vite, elle se rend compte que ce n’est pas vraiment « un milieu qui [lui] convient » et démissionne. Recrutée ensuite par une association sportive, elle décide parallèlement de se lancer dans la confection de sacs. « J’avais remarqué que tout ce qui touchait au cuir, en Afrique, avait un gros potentiel de développement, mais que cette filière n’était pas réellement exploitée », dit-elle. Direction le Niger, avec ses propres économies, pour ses débuts d’entrepreneuse. « Là, j’ai été confrontée aux premières difficultés, j’étais jeune, un peu naïve et l’aventure s’est arrêtée très rapidement. » Rencontre avec des commerçants peu scrupuleux, problème de communication, etc. Du pays, elle gardera tout de même le nom de sa marque : Inaden, qui signifie « artisan » en langue tamasheq.

Elle rencontre dans la foulée le Franco-Algérien Mehdi Slimani, créateur de Sawa, la célèbre marque de chaussures 100 % made in Africa – dont elle partage aujourd’hui les locaux parisiens, rue Myrha, à Château-Rouge, en plein quartier africain. « Je lui ai raconté mes mésaventures nigériennes et il m’a tout de suite conseillé de retenter le coup en Éthiopie, où il a lui-même installé son entreprise après un essai infructueux au Cameroun. Un pays qui, par ailleurs, possède le plus grand cheptel d’Afrique », explique-t-elle. La jeune femme n’hésite pas longtemps et change de méthode. « J’ai tiré les leçons de ma première expérience, je sais qu’il faut être sur le terrain, je vais donc très souvent en Éthiopie pour suivre la production. Au début, il m’est arrivé de rester jusqu’à sept semaines sur place afin d’être sûre que le cahier des charges serait respecté, et aujourd’hui tout se passe bien avec les artisans. » Dans un atelier près d’Addis-Abeba, ils sont désormais une douzaine à confectionner à la main la cinquantaine de produits différents qu’elle propose : sacs, portefeuilles, étuis à lunettes, porte-documents…

Style moderne et chic, lignes épurées aux antipodes du bling-bling… La marque, aux prix abordables (entre 20 et 100 euros environ pour les plus grosses pièces) est aujourd’hui distribuée dans une vingtaine de points de vente à Paris (notamment à la boutique du Musée du quai Branly), en province et, bien sûr, sur internet. « L’essentiel, c’est que le produit soit beau et qu’il raconte une histoire, dit-elle. L’histoire de ces artisans minutieux, l’histoire d’un savoir-faire éthiopien, africain, dont il faut être fier et qu’il faut revendiquer. »

Mais, pour cette Parisienne pur jus qui n’a jamais vécu sur le continent, il s’agit aussi d’une certaine forme « d’activisme » pour « participer économiquement, à [son] niveau, au développement d’un pays, d’un continent ». Fille d’un commerçant congolais (aujourd’hui disparu), propriétaire d’un magasin d’alimentation exotique, elle se rappelle encore les conseils de ce père et ses souvenirs d’un continent si peu développé qu’il l’avait quitté pour la France à l’âge de 20 ans à peine. Mais l’Afrique qu’elle a découverte l’impressionne chaque jour par son dynamisme. « Je fais partie de cette génération issue de l’immigration ou d’un métissage qui a envie de se prouver des choses, déclare-t-elle. Et comme en France le contexte est assez difficile, que les opportunités se font rares, l’Afrique avec laquelle nous avons des attaches et des liens de multiples natures devient une évidence. » Prochaine étape pour l’entrepreneuse : faire face à une demande de plus en plus importante et créer une ligne pour hommes.

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