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Cet article est issu du dossier «Télécoms & Internet : les opérateurs prêts à surfer»

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Télécoms

Michel Paulin imprime sa marque chez Méditel

Sous sa direction, le résultat d'exploitation a augmenté de 88 %. © MÉDITEL

À la tête du deuxième opérateur mobile marocain depuis 2013, l'ex-directeur général de Neuf Cegetel compte déjà ses premiers succès. Et ne cache pas une ambition « démesurée » pour les années à venir.

Yaurait-il un avant- et un après-Michel Paulin ? Une chose est sûre, Méditel, le numéro deux du marché marocain des télécommunications (derrière Maroc Télécom), détenu à 40 % par Orange, renoue enfin avec la croissance. En 2014, son chiffre d’affaires a progressé de 6,9 % pour atteindre l’équivalent de 510 millions d’euros. Avec 16,2 millions de clients, le groupe détenait à la fin de mars, selon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, 31,1 % du parc des abonnés au téléphone mobile. Mieux, ses indicateurs financiers s’améliorent et sont marqués par une croissance du résultat d’exploitation de 88 %.

Le résultat net de Méditel reste cependant négatif, à − 5,5 millions d’euros, « en raison de la clôture d’une procédure de vérification fiscale et surtout de l’amortissement du programme d’investissements de 371 millions d’euros lancé en 2013 », tient à préciser son directeur général.

Michel Paulin a installé son bureau au dernier étage de l’immeuble de Méditel, à l’entrée sud de Casablanca, dans le quartier de Sidi-Maârouf. La vue dégagée lui permet d’admirer le ciel bleu. « On n’est pas bien ici ? » lâche-t-il dans un large sourire. Venu de Suisse où il dirigeait Louis Dreyfus Commodities (LDC), filiale du groupe Louis Dreyfus spécialisée dans le négoce des matières premières agricoles, ce quinquagénaire français aux cheveux poivre et sel et à l’allure sportive a pris les commandes de l’opérateur marocain en mai 2013.

Rodé

Avant de faire le tour du monde une fois par mois pour le compte de LDC, Michel Paulin avait passé l’essentiel de sa carrière dans le secteur des télécommunications. Directeur général de Neuf en 2005, au moment de la fusion avec Cegetel, l’homme est rodé aux plans d’action et aux consolidations d’entreprises. À la tête de Neuf Cegetel, il pilote quatorze acquisitions en sept ans et fait de la société, cotée en Bourse en 2006, le deuxième opérateur fixe en France, juste avant son rachat par SFR, en 2009.

De quoi convaincre les actionnaires de Méditel des mérites de son plan de bataille. Premier axe de développement : le travail autour de la marque. « Lorsque Méditel s’est lancé sur le marché, en 1999, le téléphone était extrêmement rare et cher, expose Michel Paulin. Puis la concurrence s’est installée et notre entreprise a démocratisé l’accès à la téléphonie mobile. Elle doit continuer de cultiver ses valeurs de proximité, de simplicité et de générosité auprès des clients. »

Cette conviction se traduit depuis un an par le lancement d’offres plus agressives et plus simples. Installé dans le même quartier, à seulement quelques dizaines de mètres, Inwi, le troisième opérateur marocain, qui depuis 2010 a réussi à grignoter des parts de marché en proposant notamment la facturation à la seconde, est un adversaire tout désigné.

Très haut débit

Deuxième axe majeur : la modernisation des technologies et du réseau. En 2014, un programme d’investissements de 660 millions d’euros sur cinq ans a été lancé. Il porte sur le déploiement de technologies d’avenir, comme le projet RAN Renewal, qui va préparer l’opérateur à l’arrivée de la 4G (très haut débit), mais aussi sur la simplification du réseau, qui d’ici à quelques mois sera « tout IP » (protocole de communication utilisé sur le réseau internet). « À la clé, plus de couverture, plus de débit et une meilleure expérience client », promet Michel Paulin. Alors que les finances de l’entreprise n’étaient pas florissantes, le choix de l’investissement a été privilégié. « Les investissements d’aujourd’hui feront la croissance de demain ! » insiste le directeur général.

4G, « tout IP »… Il a fait de la modernisation des technologies et du réseau son cheval de bataille.

Enfin, troisième volet de sa feuille de route : les méthodes de gestion. Pour Michel Paulin, pas question de transformer une entreprise sans la faire changer de l’intérieur. Dès son arrivée, il a mis en place une série de plans d’action portant chacun sur un objectif précis : le gain de part de marché, la redynamisation commerciale, la réduction des coûts… Les programmes sont pilotés par une cellule de consultants constituée en interne et régulièrement ajustée. Des méthodes de management déjà éprouvées, mais dont la mise en place « a nécessité beaucoup de détermination et d’empathie », reconnaît le dirigeant.

Depuis deux ans, les effectifs de l’entreprise sont restés stables (1 130 salariés), mais les organisations des différentes directions ont été revues. Résultat, Méditel a réduit ses coûts de fonctionnement de 12 % en deux ans, et a pu réinvestir en 2014 plus de 23 % de son chiffre d’affaires – un pourcentage qui s’élève plutôt à 15 % pour la plupart des opérateurs européens.

Nom

« Il est important de prendre les devants. Le Maroc constitue une opportunité majeure pour le développement du fixe, de la fibre optique et des données à très haut débit, s’enthousiasme Michel Paulin, qui entend bien conforter la place de numéro deux de son entreprise. J’ai une ambition démesurée pour Méditel. Avec l’explosion de l’utilisation d’internet, le secteur se transforme complètement. »

Au cours de cette année, il est prévu qu’Orange acquière 9 % supplémentaires du capital de l’entreprise, soit 4,5 % auprès de chacun des deux autres actionnaires marocains principaux, le holding Finance Com et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), qui détiennent tous deux 30 % de Méditel. Cette évolution de l’actionnariat entraînera-t-elle un changement de nom pour l’opérateur ? « Il s’agit de deux sujets distincts », répond Michel Paulin. Cependant, le nom Orange, marque internationale très présente en Afrique, pourrait avoir du sens au Maroc, pays dont les entreprises se tournent de plus en plus vers le sud du Sahara. Alors que les spéculations vont bon train, le directeur général s’en tient à sa feuille de route. Avec succès pour l’instant.

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