Société

Tunisie : Néji Jelloul, un ministre à contre-emploi ?

Néji Jelloul, le ministre tunisien de l'Éducation a rejoint Nidaa Tounes en février 2014. © Hichem

Historien et archéologue, diplômé de l'École du Louvre et de la Sorbonne, à Paris, Néji Jelloul, 58 ans, a enseigné à l'université de La Manouba.

Il est l’auteur de nombreux travaux sur les fortifications arabes et ottomanes du littoral tunisien. Longtemps proche du Watad, la formation dirigée par le regretté Chokri Belaïd (extrême gauche), il a milité au Parti démocrate progressiste (PDP, d’Ahmed Néjib Chebbi) jusqu’en septembre 2013. Il a rejoint Nidaa Tounes en février 2014. Régulièrement invité dans les médias, cette « grande gueule » passe pour un adversaire virulent des islamistes d’Ennahdha.

Recalé lors de la formation initiale du gouvernement de Habib Essid, il est repêché in extremis à la fin de janvier 2015. Le Premier ministre songe d’abord à lui confier le ministère de la Culture (un poste en adéquation avec sa formation), avant de lui attribuer finalement le portefeuille de l’Éducation. Un cadeau empoisonné dont Yassine Brahim, le leader d’Afek Tounes, n’avait pas voulu ; les syndicats de l’enseignement de base (primaire) et du secondaire ont la réputation d’être déchaînés.

Échange d’invectives

Dès son entrée en fonction, Néji Jelloul est confronté à son premier conflit social : une grève dure des enseignants du secondaire, qui réclament de substantielles augmentations de salaire. Le mouvement provoque l’annulation des examens du deuxième trimestre (« la semaine bloquée ») et déclenche la fureur des parents d’élèves, qui s’estiment pris en otages. Entre le nouveau ministre et Lassaad Yacoubi, l’arrogant secrétaire général du syndicat du secondaire, le dialogue tourne rapidement à l’échange d’invectives. Jelloul veut tenir bon, mais il est abandonné en première ligne ; ni son chef ni aucun de ses collègues ne viennent à son secours. Il est obligé de céder. Enhardis par l’exemple de leurs homologues du secondaire, les enseignants du primaire ont à leur tour décidé d’entrer en grève administrative, le 1er juin…

Pour beaucoup de ses amis de Nidaa, Néji Jelloul s’égare en relançant le débat sur l’arabisation, qui, jusqu’à présent, faisait plutôt office de totem des islamo-conservateurs. « Cela ne lui ressemble pas », juge un de ses proches, qui suppose que cette initiative peut s’assimiler à un contre-feu. « Il s’est lancé dans une rude bataille pour interdire les cours supplémentaires dispensés par les enseignants à leurs propres élèves, qui représentent une véritable saignée pour les parents et leur coûterait près de 700 millions de dinars (322 millions d’euros) par an. L’arabisation est un moyen de faire passer la pilule, car l’opinion n’y est pas hostile. Cela plaît aux syndicats du primaire et du secondaire, et cela peut lever les préventions d’Ennahdha… »

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