Politique

[Édito] Après la diplomatie du masque, la diplomatie du vaccin

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 11 janvier 2021 à 10:01
François Soudan

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Un volontaire reçoit une injection à l’hôpital Chris Hani Baragwanath de Soweto, à Johannesburg, dans le cadre de la première participation africaine à un essai de vaccin contre le Covid-19, en juin 2020, développé à l’université d’Oxford en Grande-Bretagne, en collaboration avec la société pharmaceutique AstraZeneca. © Siphiwe Sibeko/AP/SIPA

Distribution de vaccins anti-Covid « made in China », forum sur la coopération sino-africaine à Dakar, investissements… En 2021, la Chine continuera d’étendre son influence sur l’Afrique, au détriment de l’Occident.

Sur cette planète fragmentée que le nivellement de la mondialisation n’a pas aplatie, les calendriers enfouis continuent d’induire une approche différente de la durée. Pour les Chinois, 2021 c’est l’an 4719, celui du buffle de métal succédant à celui du rat. Une année faste.

Quelque part entre janvier et avril, Xi Jinping a prévu de proclamer l’éradication totale de la grande pauvreté et l’avènement d’une « société modérément prospère ». Le 1er juillet, le Parti communiste chinois et ses 90 millions d’adhérents célébreront le centième anniversaire de la plus grande formation politique au monde.

Diplomatie du vaccin

Fin septembre ou début octobre, Xi Jinping sera à Dakar pour y coprésider avec Macky Sall le 8e Focac, ce Forum sur la coopération sino-africaine dont le niveau de participation relègue le sommet Afrique-France au rang de comice préfectoral.

Entre-temps, Pékin aura fait définitivement oublier son rôle dans l’apparition et la propagation de la pandémie de Covid-19 en déployant sur le continent une diplomatie du vaccin (après celle du masque), le numéro un chinois ayant annoncé que les pays africains bénéficieraient de conditions avantageuses pour la distribution massive de doses made in China.

Les dirigeants africains l’ont compris : autant se ranger derrière celui qui a su conquérir en y mettant les formes

Plus que jamais en 2021, le plus lourd créditeur bilatéral de l’Afrique, celui qui détient les clés des renégociations de la dette, continuera d’investir dans les infrastructures et les télécoms. Pour le plus grand bénéfice de ses quelque 10 000 entreprises de toutes tailles implantées de Tanger au Cap et à la grande satisfaction de la plupart des dirigeants africains, qui estiment que le temps des remontrances et des injonctions, émanant d’un Occident oublieux de la façon avec laquelle il a imposé ses propres valeurs au long des siècles, est révolu.

Jeu de go

Certes, la dette chinoise tient à la gorge les débiteurs africains. Certes, des eaux sénégalaises aux mines congolaises, les chalutiers et les creuseurs chinois ne sont pas les derniers – et souvent les premiers – à racler les fonds marins et à polluer sols et rivières. Mais qui osera le leur dire ? Quel pays du continent oserait à l’ONU protester contre la politique que mène la Chine à Hong Kong ou au Xinjiang ? Aucun.

Les dirigeants africains l’ont bien compris : dans ce monde multipolaire où l’Occident a perdu le monopole de la narration du bien et du mal, autant se ranger derrière celui qui, comme au jeu de go, a su les conquérir en y mettant les formes.