Politique

Bénin, Congo, Éthiopie, Tchad… En 2021, des élections en série

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Le président béninois Patrice Talon, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président tchadien Idriss Déby Itno et le président congolais Denis Sassou-Nguesso.

Le président béninois Patrice Talon, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président tchadien Idriss Déby Itno et le président congolais Denis Sassou-Nguesso. © Vincent Fournier; AP/SIPA (Montage JA)

Dix pays du continent vont connaître des scrutins décisifs cette année. Reste à savoir lesquels déboucheront sur une alternance.

• Bénin : opposants aux abonnés absents

C’est presque un secret de Polichinelle : Patrice Talon sera candidat à un second mandat à la présidentielle du 11 avril 2021. Engagé dans une tournée marathon de « reddition des comptes », à la fin de 2020, il a promis de lever le voile au début de janvier 2021. L’Union progressiste et le Bloc républicain, les deux partis de la mouvance présidentielle qui se partagent l’intégralité des sièges à l’Assemblée, ont déjà fait savoir qu’ils le soutiendraient.

Seule inconnue : le ou les candidats qui lui feront face. Les poids lourds de l’opposition – aux premiers rangs desquels Sébastien Ajavon et Lionel Zinsou, condamnés au Bénin pour des faits qu’ils nient, sont actuellement en exil à l’étranger.

Les nouvelles règles du jeu électoral instaurées en 2019 obligent en outre les candidats à obtenir le parrainage de députés et d’élus locaux. Mais ni les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) ni le tout jeune parti Les Démocrates ne disposent d’élus à l’Assemblée, et seulement d’une poignée dans les conseils communaux pour les FCBE.

• Cap-Vert : double échéance

Des législatives pour commencer l’année au Cap-Vert. Elles devraient se tenir d’ici au mois de mars 2021 et aboutir à la désignation d’un Premier ministre. Face à l’actuel titulaire du poste, Ulisses Correia e Silva, le chef du Mouvement pour la démocratie (MpD), une femme, Janira Hopffer Almada, jeune députée à la tête du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV) qui rêve de lui ravir les rênes du gouvernement.

Au Cap-Vert, c’est le Premier ministre qui détient l’essentiel du pouvoir, mais une présidentielle devrait ensuite être organisée, et, comme le prévoit la Constitution, Jorge Carlos Fonseca laissera sa place après deux mandats.

• Djibouti : la fin du faux suspense

Il a mis fin au (faux) suspense en officialisant, le 20 décembre, sa candidature. À 73 ans, Ismaïl Omar Guelleh briguera sa propre succession à la présidentielle prévue en avril 2021. Au pouvoir depuis 1999, il n’a toujours pas préparé de successeur et n’a pas l’intention de lâcher la barre au moment où Djibouti fait face à des périls inédits, entre la crise qui déchire l’Éthiopie voisine et celle, économique, qui secoue la planète.

Force est aussi de constater que l’opposition, divisée et dépourvue de véritable leader, n’est pas en mesure de contrecarrer ses plans. Guelleh le sait et compte bien faire de sa bonne gestion de la pandémie de Covid-19 un argument de campagne. Si le redémarrage économique post-coronavirus se confirme et permet de créer des emplois, alors le président sortant a toutes les chances d’être réélu dans quelques mois.

• Éthiopie : voter malgré la guerre ?

Le Premier ministre, Abiy Ahmed, a reporté les scrutins initialement prévus en août 2020 à mai ou juin 2021 en raison de l’épidémie de coronavirus. Mais la guerre lancée contre la région du Tigré, qui ne reconnaît plus l’autorité d’Addis-Abeba, menace de s’enliser et de bouleverser le calendrier électoral. Ces échéances sont pourtant cruciales pour la légitimité d’Abiy Ahmed, dont le projet unitariste s’oppose à un fort courant régionaliste, voire autonomiste (et pas uniquement au Tigré), et alimente de fortes tensions intercommunautaires.

• Gambie : parole, parole, parole…

La politique gambienne n’a pas été un long fleuve tranquille depuis la chute de Yahya Jammeh, en 2016. Adama Barrow, qui l’a défait dans les urnes, avait promis de ne rester au pouvoir que trois ans, le temps de remettre le pays sur les rails. Mais il ira finalement au bout de son mandat, au grand dam de la société civile et de l’opposition, et en briguera même un deuxième, en décembre 2021, sous la bannière du Parti national du peuple, formation qu’il a créée en 2019. D’ici là, les tractations avec ses anciens alliés devenus ses ennemis, à commencer par Ousainou Darboe, du Parti démocrate unifié (UDP), iront bon train.

• Congo : un peu d’air

Le Congo connaît la date de sa prochaine élection présidentielle : le 16 mars 2021. Nul doute qu’il a également une bonne idée de ceux qui vont s’y présenter, même si aucune candidature n’a encore été officiellement annoncée. À commencer par le président Denis Sassou Nguesso, désigné candidat depuis 2019 par le Parti congolais du travail (PCT) et grand favori à sa propre succession.

À 77 ans, il brigue un quatrième mandat et, contrairement à 2016, il peut compter sur le soutien d’un parti uni derrière son chef. Face à lui, l’opposition part une nouvelle fois en ordre dispersé derrière le chef de l’opposition parlementaire, Pascal Tsaty Mabiala, Parfait Kolélas et Mathias Dzon – Jean-Marie Michel Mokoko, candidat en 2016, est toujours emprisonné. S’il y a donc peu de surprises à attendre du scrutin lui-même, le plus dur commencera ensuite pour l’heureux élu, qui aura la lourde charge de relancer une économie en récession, tout en apportant un peu d’air à une classe politique en mal de renouvellement.

• Somalie : le changement, c’est pas maintenant

« Un citoyen, une voix », avait promis le président Mohamed Abdullahi Mohamed, en fonction depuis 2017. Mais faute d’une situation sécuritaire satisfaisante, les Somaliens ne pourront finalement pas voter au scrutin universel direct à la présidentielle qui doit se tenir d’ici au mois de février. Candidat à sa propre succession, le président sortant promet de continuer à lutter contre les Shebab et de renforcer les capacités de l’État. Parmi ses rivaux, Abshir Aden Ferro, un homme d’affaires franco-somalien, virulent détracteur du système électoral actuel qui permet, selon lui, les achats de voix.

• Tchad : et de six ?

S’il n’est pas encore officiellement candidat pour la présidentielle dont le premier tour est prévu le 11 avril, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis décembre 1990, semble décidé à briguer un nouveau mandat, qui serait alors son sixième. Son parti, le Mouvement patriotique pour le salut (MPS), est entré en pré-campagne et pourrait l’investir dès janvier.

Face à lui, l’opposition peine à se faire entendre – d’autant que les autorités ont interdit les rassemblements, officiellement pour raisons sanitaires, en cette période de pandémie. Saleh Kebzabo, président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), Mahamat Ahmad Alhabo, leader du Parti pour les libertés et le développement (PLD), voire Succès Masra, patron du mouvement des Transformateurs, comptent bien contrecarrer les plans du chef de l’État. Les élections législatives auront quant à elles lieu le 24 octobre, et les locales se tiendront à la fin de 2021.

• Ouganda : ad vitam æternam

Il ne fait pas de doute que Yoweri Museveni maîtrise tous les leviers du pouvoir et qu’il n’organiserait pas une élection qu’il peut perdre. Au pouvoir depuis 1986 et désormais âgé de 76 ans, il briguera un sixième mandat, à la présidentielle du 14 janvier, mais ne fera que mine de remettre sa couronne en jeu.
D’ici là, une ferme répression aura continué de s’abattre sur l’opposition et sur son principal rival, le rappeur et député Robert Kyagulanyi, dit Bobi Wine. Celui-ci bénéficie d’un large soutien populaire et de l’appui du rival historique de Museveni, le docteur Kizza Besigye. Mais sa force de frappe est circonscrite aux centres urbains, tandis que le président sortant peut compter sur le solide ancrage du parti au pouvoir. Le combat s’annonce très inégal.

• Zambie : le moment de vérité

Les graves difficultés économiques que traverse la Zambie pourraient-elles empêcher Edgar Lungu d’être réélu ? Ce n’est pas à exclure, tant le pays est endetté et empêtré dans un éprouvant bras de fer avec les compagnies minières. Accusé d’autoritarisme, Lungu a été élu une première fois en janvier 2015 pour achever le mandat du président Michael Sata, décédé quelques mois plus tôt.

De nouveau élu – mais pour un mandat complet cette fois – en août 2016, il a été autorisé par la Cour constitutionnelle à se représenter en août 2021. Il devrait une nouvelle fois affronter dans les urnes Hakainde Hichilema, le chef de l’opposition zambienne à la tête du Parti uni pour le développement national (UPND). Ce dernier met en avant ses qualités d’homme d’affaires pour relancer le pays, mais pas sûr que cela suffise pour lui permettre de convaincre les électeurs, d’autant qu’il a déjà été battu cinq fois d’affilée.

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