Économie

Au Togo, la SNB veut bousculer le monopole de Castel

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Mis à jour le 5 janvier 2021 à 13:44

La SNB a lancé sa première bière locale, la Djama Pilsner, en mai 2020. © SNB

Portée par la Caisse nationale de sécurité sociale et la Loterie nationale, la Société nouvelle de boissons entend rebattre les cartes du secteur brassicole, jusqu’à présent dominé par le roi français de la bière.

La Société nouvelle de boissons (SNB) a commencé à commercialiser son tout premier produit, une bière blonde baptisée « Djama Pilsner », en mai 2020. Sept mois plus tard, a-t-elle pris ses marques sur le marché local, en particulier face à la Brasserie du Bénin Lomé (BB Lomé), du groupe Brasseries et glacières internationales (BGI), filiale du français Castel ?

« Pour l’instant, il est un peu tôt pour le dire, mais, en tant que nouvelle venue, l’entreprise peut bénéficier de l’effet de la nouveauté et bien entendu rebattre les cartes », explique un cadre de l’Association des grandes entreprises du Togo (Aget), qui compte une soixantaine de membres.

Pour la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) togolaise, qui est l’un des principaux actionnaires de la nouvelle brasserie aux côtés de la Loterie nationale du Togo (Lonato), « l’objectif est de pérenniser les pensions de retraite en plaçant les fonds dans un secteur concurrentiel et productif, là où ceux-ci peuvent générer des retours sur investissement », explique Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme administrative.

Conquérir le marché régional

Constituée sous forme de société anonyme, dotée d’un capital social de plus de 8,9 milliards de F CFA (près de 13,6 millions d’euros), la SNB a installé son usine à Adétikopé, dans la banlieue de Lomé, où elle brasse la Djama Pilsner.

L’entreprise vient de lancer la fabrication de soda et devrait très prochainement lancer la production d’autres boissons gazeuses et de cocktails de fruits.

La SNB mise par ailleurs sur son réseau de distributeurs agréés au Togo, mais aussi au Mali, au Niger et en Côte d’Ivoire, pour conquérir le marché régional.

Fin d’une domination vieille de 50 ans

Pour la BB Lomé, implantée au Togo depuis le milieu des années 1960 et jusqu’à présent unique brasseur du pays, c’est la fin d’un quasi-monopole. Forte d’un bilan de 120 milliards de F CFA, premier contributeur privé du pays en matière d’impôt, la brasserie dirigée par Thierry Féraud produit 2 millions d’hectolitres par an.

L’arrivée de la SNB crée de l’émulation

Sa production est commercialisée sous les marques Pils, 33 Export, Flag et Chill. BB Lomé est aussi embouteilleur pour Coca-Cola. Face à ce nouveau concurrent, elle met en avant son expérience et sa longévité dans le pays afin de garder la main sur un marché local dont la croissance moyenne n’est que de 2 % à 4 % par an.

« L’arrivée de la SNB crée de l’émulation et cela devrait permettre à des produits et à des offres diversifiées de se développer, souligne Laurent Tamegnon, le président du patronat togolais. Auparavant, le groupe Castel bénéficiait d’un monopole et va devoir innover davantage. »

Continuer à innover

Pour l’heure, la filiale du brasseur français compte maintenir son volume d’investissements annuels, compris entre 12 milliards et 15 milliards de F CFA, afin de poursuivre la mise à niveau de ses outils de production, d’accroître ses capacités et de continuer à innover.

Ainsi, alors que la SNB a misé sur le malt et le houblon, la BB Lomé a choisi d’utiliser du riz produit au Togo dans la fabrication de sa bière.

En 2017, elle a d’ailleurs signé un accord avec l’Entreprise de services et organisation de producteurs (Esop) Notsé, qui garantit à douze groupements de riziculteurs de vendre au moins 40 % de leur production pour la fabrication de la bière Pils.