Culture

Racisme : le jeu vidéo prend (enfin) des couleurs

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Mis à jour le 05 janvier 2021 à 19h08
Marvel’s Spider-Man Miles Morales, le dernier volet des aventures de l’homme-arraignée.

Marvel’s Spider-Man Miles Morales, le dernier volet des aventures de l'homme-arraignée. © Marvel

Du dernier volet de « Spider-Man » à « Cyberpunk 2077 », les dernières grosses productions misent sur des personnages noirs au physique plus réaliste et au caractère plus complexe. Il était temps.

Dans un article publié en avril 2015, nous avions abordé la question du racisme dans le jeu vidéo. Comme l’avaient observé des chercheurs américains, le secteur avait un problème avec les personnages noirs. Généralement sous-représentés (7 % des personnages, selon une étude datant de 2011), ils étaient également encore plus caricaturaux que leurs alter ego blancs : plus agressifs, dangereux et athlétiques.

Les dernières « grosses » sorties prouvent que beaucoup de chemin a été parcouru en cinq ans. D’abord, la diversité ne fait plus peur, comme le prouve le dernier volet des aventures de l’homme-araignée, Marvel’s Spider-Man Miles Morales. Parti en vacances en Europe, Peter Parker confie la protection de New York (sous la neige) au jeune Miles. Cet open world un peu répétitif développé par Insomniac Games (comme le précédent volet, Marvel’s Spider-Man, sorti en 2018) a le mérite d’introduire un peu de couleur dans l’univers du super-héros mordu par une araignée radioactive.

Diversité

La bande-son résolument trap, les mouvements de breakdance et les graffs sur les murs de la Grosse Pomme s’inspirent clairement des cultures urbaines. Surtout, le casting met l’accent sur la diversité. Tout l’entourage de Miles Morales est « racisé » : son père (décédé dans l’épisode précédent) et son oncle sont africains-américains, sa mère est portoricaine, son meilleur ami est d’origine asiatique…

Bien sûr, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un métis de 17 ans qui évolue dans Harlem fraye avec des personnages secondaires noirs ou hispaniques. Mais il n’y a presque aucun studio de jeu vidéo (à l’exception d’électrons libres n’hésitant pas à aller à rebours de la mode, comme Rockstar Games et sa série des GTA) qui prenne ce risque pour développer un « triple A », un jeu à très gros budget. Une étude de l’International Game Developers Association dénonçait, encore en 2016, une industrie dominée par des personnages de jeunes hommes blancs hétérosexuels, s’adressant, souvent inconsciemment, à un public leur ressemblant.

Cette personnalisation permet à tous les joueurs d’avoir un héros qui leur ressemble

Ce nouvel opus lié à l’univers de Spider-Man montre que les lignes bougent. Et pas seulement s’agissant de la couleur de peau : on y croise furtivement un couple de lesbiennes, ainsi qu’une artiste sourde et muette. Bref, l’accent est mis sur la diversité new-yorkaise, et un hommage rendu sur un mur au mouvement Black Lives Matter ne laisse pas de doute sur le camp choisi par les développeurs.

Réalisme

Le dernier Spider-Man n’est évidemment pas le seul jeu à faire davantage de place aux Noirs. Les deux protagonistes de l’un des opus les plus attendus de 2021, Deathloop (de l’éditeur Bethesda Softworks), sont africains-américains. La progression de l’industrie vidéoludique sur le continent africain contribue à cette percée. Le studio camerounais Kiro’o Games avait déjà changé la donne avec Aurion, dans un univers fantasy. Avec Le Responsable Mboa, il s’attaque cette année à une république africaine, où les personnages noirs sont évidemment très majoritaires.

Enfin, les produits vidéoludiques permettent surtout de créer un avatar réaliste, à la peau sombre et aux cheveux crépus. Si elle n’a généralement pas de conséquence sur le scénario, cette personnalisation permet à tous les joueurs d’avoir un héros qui leur ressemble. Monster Hunter World ou Guild Wars 2, parmi d’autres, proposent ainsi un choix plus varié que les éternelles afros et tresses plaquées sur un visage couleur charbon.

Le jeu ne verse ni dans la surenchère artificielle de mélanine, ni dans la sous­-représentation des ­personnages à peau foncée

Et lorsque le choix n’est pas assez large, les communautés de joueurs s’organisent elles-mêmes pour corriger le problème, à la manière des Black Simmers, des fans du jeu Les Sims, qui créent des coupes et des textures de cheveux adaptées aux personnages noirs.

Vers un mode plus coloré

L’effort le plus stupéfiant vient de Cyberpunk 2077, la dernière création du studio CD Projekt. Si le jeu, truffé de bugs, a déçu bien des gamers, la personnalisation de l’avatar, elle, semble avoir convaincu à peu près tout le monde en offrant une impressionnante liberté de création.

Le jeu, qui va jusqu’à proposer la modélisation de personnages transsexuels, s’appuie sur une grande variété de coiffures pour cheveux « texturés ». Un gros travail a été réalisé pour rendre les cheveux crépus plus vrais que nature. Des personnages de premier plan sont noirs : certains, sans que la couleur de leur peau soit signifiante, comme le truand Dexter DeShawn (sosie du rappeur Rick Ross au bras robotique), d’autres, pour qui la couleur fait sens, comme pour les leaders du gang haïtien des Voodoo Boys, Placide et Maman Brigitte. Bref, le jeu ne verse ni dans la surenchère artificielle de mélanine, ni dans la sous­-représentation des ­personnages à peau foncée.

Ce n’est peut-être pas une révolution, mais en quelques années le jeu vidéo, comme le cinéma, a largement évolué. Il contribue lui aussi à dessiner sur les écrans un monde plus coloré, moins uniformément déterminé par des Blancs, bref, plus crédible.

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