Politique

[Édito] Gabon : quand Ali Bongo Ondimba fait place nette

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Par  Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

(@marwaneBY)

Le chef de l’État Ali Bongo Ondimba

Le chef de l'État Ali Bongo Ondimba © Présidence du gabon

Déçu par leur manque d’efficacité ou de loyauté, le président gabonais a évincé la plupart de ses proches au Palais et au sein du gouvernement. Un changement d’ère qui profite à son fils aîné, Noureddin Bongo Valentin.

Libreville, mi-mars. Hôtels fermés, restaurants au ralenti, couvre-feu toujours en vigueur et masques de rigueur. La pandémie de Covid-19 est prise très au sérieux. Dès l’arrivée à l’aéroport, prise de température et vérification des tests PCR effectués avant l’arrivée sur le sol gabonais. Puis un autre, obligatoire, réalisé dès les formalités de police accomplies. En ville, le port du masque s’est généralisé. Comme les embouteillages qui paralysent le bord de mer aux heures de pointe.

Sur le plan politique, en revanche, c’est le calme plat. Les tensions nées de la réélection contestée d’Ali Bongo Ondimba (ABO) en août 2016 puis de son AVC, survenu fin octobre 2018, sont un lointain souvenir. Jean Ping, le leader de l’opposition, a disparu des écrans radar ; Zacharie Myboto prend sa retraite et Guy Nzouba-Ndama se fait discret. Reste Alexandre Barro-Chambrier, le plus jeune d’entre eux, dont on imagine qu’il prépare la présidentielle de 2023.

Dilapidation et luttes de clans

Du côté d’ABO, le changement a été radical. La plupart des membres de son entourage, ceux qui l’accompagnaient depuis son élection en 2009, ont été évincés. Exit les figures emblématiques de la garde rapprochée, jadis jugées indéboulonnables, qu’étaient Maixent Accrombessi, Liban Soleman, « Monsieur Park », Frédéric Bongo, Étienne Massard, Jean-Luc Ndong Amvame, Steed Rey… Éloignés les « parents », Alex Bongo, Patrick Hervé Opiangah ou Serge Thierry Mickoto.

Seuls trois proches, à ses côtés depuis plus de vingt ans, sont toujours là : Jean-Yves Teale, désormais secrétaire général de la présidence, Michael Moussa, à la tête du ministère de la Défense et Lee White (Forêts, Mer et Environnement).

Nouveau gardien du temple, Noureddin Bongo Valentin n’a d’autre choix que de réussir

Un coup de balai inouï, qui s’explique par plusieurs paramètres. D’abord, la déception. ABO leur avait confié de larges prérogatives et accordé sa confiance. La stratégie et le cap étant fixés par ses soins, la mise en œuvre leur en incombait. Absence de résultats, atermoiements, dilapidation des moyens alloués, luttes de clans et querelles intestines… Le couperet a failli s’abattre en 2016 sur le chef de l’État qui, seul, assume la responsabilité des échecs ou de son bilan devant ses concitoyens. Il fallait donc changer d’équipe, insuffler du sang neuf.

Trahisons

Ensuite, les trahisons. Tous n’ont pas eu le comportement que l’on attend de ses plus fidèles collaborateurs lorsque ABO a été frappé d’un AVC. Dans la panique, alors que certains pensaient que leur patron n’était déjà plus de ce monde ou ne reviendrait pas, ce fut « courage, fuyons ». Le tout-puissant directeur de cabinet de l’époque, Brice Laccruche Alihanga, en a profité pour achever le grand ménage et placer ses hommes un peu partout. Il est aujourd’hui en prison, accusé de massifs détournements de fonds…

Changement d’ère, donc, au Palais comme au gouvernement, dirigé par Rose Christiane Ossouka Raponda. à la présidence, c’est désormais le fils aîné, Noureddin Bongo Valentin, 29 ans, nommé coordinateur des affaires ­présidentielles, qui supervise ­l’ensemble, donne le tempo, s’assure que la machine ne s’enraye plus et que tout le monde file droit. C’est le dernier recours d’ABO, l’ultime atout dans son jeu. Un nouveau gardien du temple qui n’a d’autre choix que de réussir et de répondre aux attentes des Gabonais. Or 2023, c’est déjà demain.

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