Politique économique

Nigeria : la tentation protectionniste de Muhammadu Buhari marque déjà 2021

Réservé aux abonnés ouvert exceptionnellement | | Par
Muhammadu Buhari durant la célébration de la fête de l’Indépendance, le 2 octobre 2020 à Abuja.

Muhammadu Buhari durant la célébration de la fête de l'Indépendance, le 2 octobre 2020 à Abuja. © David Oma/XINHUA-REA

Débats sur l’eco, mise en œuvre de la Zlecaf, frontière avec le Bénin… Le Nigeria semble déterminé à continuer de s’opposer à l’accélération de l’intégration régionale et continentale.

À Abuja, les yeux sont déjà tournés vers la présidentielle de 2023. Atiku Abubakar, par exemple, ancien vice-président et candidat malheureux du Parti démocratique populaire (PDP, opposition) en 2019, a la richesse et la notoriété nécessaires pour se présenter à nouveau.

Au niveau économique, le gouvernement fédéral a fixé d’ambitieux objectifs aux secteurs de la santé et de l’éducation, dont le budget 2021 affiche une hausse de 56,3 % par rapport à celui de 2020. Cependant, la situation dans le domaine du pétrole – principale source de revenus du pays – devrait continuer de se détériorer, et l’inflation demeurer importante en 2021.

Pour répondre à la crise liée au Covid-19, l’État mise sur la construction de logements à bas prix et sur l’extension des prêts aux agriculteurs. Le FMI prévoit une reprise de la croissance cette année, mais avec une stagnation au maigre taux de 1,7 %.

Le Nigeria va devenir un important exportateur d’or noir dans la région et au-delà

Certains projets devraient contribuer à réduire les principaux goulets d’étranglement structurels. Ainsi, la Presidential Power Initiative va faire construire une nouvelle infrastructure de production et de distribution d’électricité par l’allemand Siemens – dont la première étape devrait être achevée en 2021.

 

Le gouvernement fédéral et certains États réalisent quant à eux d’importants investissements dans les infrastructures et les futures liaisons ferroviaires Lagos-Kano et Lagos-Ibadan. Par ailleurs, des fonds privés sont investis dans les projets urbains de la péninsule de Lekki et d’Eko Atlantic, à Lagos.

Complexes de raffinage

Côté or noir, le complexe de raffinage et de fertilisation du milliardaire Aliko Dangote, d’une capacité de 650 000 barils par jour (bpj), devrait entrer en service cette année. Il permettra d’économiser les devises étrangères auparavant dépensées en produits pétroliers. À la fin de 2020, le rival de Dangote, Abdul Samad Rabiu, projetait, lui, la mise en place d’une raffinerie de 200 000 bpj.

 

De quoi faire du Nigeria un important exportateur dans la région et au-delà. Le gouvernement en profite pour tenter de réformer le secteur. En juin 2020, il avait annoncé la suppression des subventions aux carburants. Le projet de loi sur les hydrocarbures, longtemps retardé, doit être adopté au début de l’année. Il servira à remanier la gestion du secteur et à commercialiser la Nigerian National Petroleum Corporation.

Résolument protectionniste

De manière générale, l’économie se diversifie, les secteurs des technologies de pointe, des médias et de la culture étant en pleine croissance. À la fin de 2020, la société américaine Stripe a accepté de racheter la start-up nigériane Paystack pour 200 millions de dollars environ.

L’accord de libre-échange continental africain, qui doit prendre son envol en ce début d’année, pose un problème politique à Abuja, qui l’a signé avec réticence. Le président, Muhammadu Buhari, et certains barons de l’industrie locale préfèrent en effet privilégier une stratégie de nationalisme économique et de protectionnisme.

Si le Nigeria a annoncé, le 16 décembre 2020, la réouverture de ses frontières terrestres, qu’Abuja avait fermées unilatéralement en août 2019, les autorités maintiennent cependant l’interdiction d’importer une série de produits, en particulier le riz asiatique et les volailles. Des mesures qui seront mises en œuvre par des patrouilles frontalières communes avec le Bénin et le Niger.

Les débats sur l’eco, monnaie régionale ouest-africaine, se poursuivront, mais sans perspective de résolution en 2021. Le Nigeria semble déterminé à continuer de s’opposer à l’accélération que préconisent ses voisins francophones.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

3098_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte