Environnement

Gabon : le parc de la Lopé, un joyau à valoriser

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Le fleuve Ogooué traverse le parc, classé en 2007 au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le fleuve Ogooué traverse le parc, classé en 2007 au patrimoine mondial de l’Unesco. © MICHAEL RUNKEL/ROBERT HARDING PREMIUM/ROBERTHARDING VIA AFP

À 400 km de Libreville, cet espace naturel protégé est l’un des plus riches du Gabon. Au milieu d’un paysage vallonné de forêts et de savanes, le site combine safari, archéologie et recherche scientifique.

Des collines verdoyantes se dessinent au milieu d’un patchwork de forêts et de savanes. Le ciel se reflète dans les cours d’eau qui sillonnent le paysage. Au milieu de la savane, se détache le mont Brazza, perché à 500 mètres de haut. Les herbes sont hautes, la terre est rouge et les animaux guettent.

Bienvenue au parc national Lopé-Okanda, qui s’étend sur 5 000 km2. C’est l’un des treize parcs nationaux que compte le Gabon, dont les 268 000 km2 sont recouverts à plus de 80 % de forêts. Situé à 400 km à l’ouest de Libreville, le site est accessible par le train ou par une route accidentée, qui, à l’horizon 2023, devrait être remplacée par la Transgabonaise, une voie longue de 780 km reliant Libreville à Franceville. Le tracé de ce nouveau corridor vient d’être modifié pour préserver ce joyau naturel.

Mystère

Devenu parc national en 2002 à l’initiative d’Omar Bongo Ondimba, la Lopé a été classé en 2007 au patrimoine mondial de l’Unesco. « Dès l’arrivée à la Lopé, on se sent complètement immergé dans l’environnement, dans la forêt, les animaux », témoigne Marc, un Franco-Gabonais amoureux du site. Plus encore que des pays très touristiques comme l’Afrique du Sud ou le Kenya, le Gabon garde une part de mystère, dont il enveloppe chaque visiteur. La Lopé ne fait pas exception, et les animaux qui s’y trouvent restent pour la plupart craintifs, préférant éviter les interactions avec les humains.

On y trouve les plus anciennes traces de vie humaine d’Afrique centrale connues à ce jour.

Buffles, éléphants de forêt, antilopes, potamochères (une espèce de phacochères) peuvent y être observés, mais aussi « entre 315 et 330 espèces d’oiseaux, neuf espèces de singes, deux espèces de pangolins géants, cinq espèces d’écureuils, une dizaine d’espèces de petits rongeurs », énumère Nazaire Madamba, conservateur du parc. La Lopé abrite le plus grand regroupement de mandrills sphinx, un primate endémique d’Afrique centrale, précise-t-il. Pour lutter contre le braconnage, trente écogardes parcourent le parc. Ces salariés de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) n’échappent pas aux difficultés actuelles. Mécontents de leurs conditions de travail et surtout des arriérés de salaire que l’État refuse de leur verser, ils sont entrés en grève en novembre dernier.

La particularité du parc Lopé-Okanda tient notamment à la présence de sites archéologiques vieux de 620 000 à 850 000 ans. Ce sont les plus anciennes traces de vie humaine d’Afrique centrale connues à ce jour. À la fin des années 1980, le chercheur Richard Oslisly et ses équipes avaient identifié plus de 1 500 gravures rupestres appelées pétroglyphes. Il s’agit maintenant pour l’administration du parc de valoriser ce patrimoine. « Un des prochains développements de La Lopé sera la formation d’écoguides culturels », confirme Nazaire Madamba.

Barrières contre les éléphants

Depuis 1984, le parc possède également une station d’étude des gorilles et chimpanzés (SEGC) qui a permis de documenter le comportement social des grands singes. Cette structure collecte aussi des données sur les variations climatiques. « Cela fait trois décennies que 1 400 arbres sont observés tous les mois. Cette étude sans précédent a permis de démontrer l’effet catastrophique du réchauffement climatique sur la santé de la forêt tropicale et de ses habitants. Les arbres ne sont plus synchrones dans la production des fleurs et des fruits et se reproduisent beaucoup plus lentement ces cinq dernières années », explique le conservateur du parc.

Plus récemment, « la station d’étude a mis en évidence les interactions entre le pangolin géant à ventre blanc et une espèce de chauve-souris porteuse d’une souche de Sars-Covid, démontrant que le transfert des virus et leurs mutations sont possibles entre ces deux espèces », ajoute Nazaire Madamba.

Si la visite du site se fait généralement en 4×4, le parc peut aussi se parcourir à pied ou encore à vélo sur un réseau de pistes aménagées. En 2019, il n’a accueilli que 1 020 visiteurs selon l’ANPN. Une fréquentation peu importante qui a encore baissé cette année à cause de la pandémie. Si les infrastructures touristiques sont limitées, on peut néanmoins trouver des « cases de passage » dans le village de Lopé, louées 7 000 F CFA (10 euros) la nuit et des bungalows au Lopé Hôtel alignés le long du fleuve Ogooué, affichés à 120 000 F CFA (183 euros).

L’un des enjeux pour poursuivre le développement du parc est d’intégrer les populations dans le projet, en les protégeant notamment des éléphants qui peuvent représenter un danger et commettre d’importants dégâts dans les plantations. Pour les empêcher d’accéder aux périmètres cultivés, l’ANPN a mis en place depuis 2016 des barrières électriques. Si cette solution est la plus efficace, elle est relativement coûteuse et nécessite un entretien quotidien. En moyenne, une barrière coûte 40 millions de F CFA (61 093 euros), explique Nazaire Madamba, et l’an dernier les autorités annonçaient leur intention d’en construire une cinquantaine par an.

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