Dossier

Cet article est issu du dossier «Espagne-Afrique : la reconquête»

Voir tout le sommaire
Politique économique

Espagne – Afrique : « Le Maroc est notre premier partenaire commercial sur le continent »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 11 décembre 2020 à 11h03
À Barcelone, 
le 15 octobre.

À Barcelone, le 15 octobre. © JOAN CORTADELLAS/MINCOTUR

Pour la ministre espagnole de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Reyes Maroto, la stratégie « Horizonte África » doit renforcer le rôle du Maroc de hub espagnol sur le continent africain.

La ministre espagnole de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme est à l’initiative de la stratégie « Horizonte África », destinée à soutenir la présence des entreprises espagnoles sur le continent. Et plaide pour une plus grande intégration économique entre l’Afrique et l’Europe. Entretien.

Jeune Afrique : Votre ministère a présenté en juillet sa nouvelle stratégie, « Horizonte África ». De quoi s’agit-il ?

Reyes Maroto : C’est une stratégie commerciale et financière destinée à aider nos entreprises à se développer sur le marché africain. Elle vise également à y renforcer la présence de l’Espagne en général. Notre pays porte un intérêt très particulier à l’Afrique, pour des motifs politiques, migratoires ou sécuritaires, et bien nous positionner sur le continent est un de nos objectifs en matière de politique commerciale.

En quoi est-elle différente des approches précédentes de l’Espagne ?

 

 

 

Horizonte África s’articule autour de deux axes. Le premier, financier, propose des mesures liées au Fonds pour l’internationalisation des entreprises [Fiem] telles que le renforcement du financement concessionnel dans les secteurs présentant un intérêt particulier.

 

Nous avons également introduit des changements dans la politique de la Compagnie espagnole d’assurance-crédit à l’exportation [CESCE]. Enfin, la Société espagnole de financement du développement [Cofides] souhaite renforcer ses relations avec d’autres entreprises bilatérales européennes et ouvrir une délégation à Casablanca, d’où elle couvrira ses opérations en Afrique subsaharienne.

Le second axe est institutionnel, et son but est d’augmenter la présence de nos conseillers de l’administration économique et commerciale espagnole sur le continent en organisant des missions régulières et en renforçant nos capacités sur place.

Nous allons rationaliser le réseau des bureaux économiques et commerciaux de l’Espagne à l’étranger (Ofecomes) et en ouvrir un nouveau, sous peu, à Addis-Abeba. Notre stratégie est ambitieuse, mais nous ne devons pas oublier que nos ressources restent modestes, notamment en matière de personnel. Nous nous concentrons donc sur les pays et les secteurs clés.

Nous visons l’énergie en Côte d’ivoire, la gestion des déchets au Sénégal ; l’agro-industrie en Algérie…

Comment identifiez-vous les pays et les secteurs qui sont intéressants pour l’Espagne ?

Pour sélectionner les pays, nous avons consulté certaines entreprises espagnoles, ainsi que les bureaux Ofecomes en Afrique, afin de prendre en compte les perspectives des différents marchés, leur solidité économique et leur sécurité juridique, la présence et l’intérêt porté par les entreprises espagnoles ainsi que les possibilités qui s’offrent à elles.

Nous avons dans le même temps identifié une série de secteurs propres à chaque pays, comme les infrastructures liées à l’énergie, à l’eau et à l’assainissement en Côte d’Ivoire ; la gestion des déchets au Sénégal ; l’agro-industrie en Algérie, le transport ferroviaire ou la production et la distribution d’électricité au Kenya, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda.

Au Maroc, nous concentrons notre attention sur les énergies renouvelables et le secteur de l’eau.

Comment évolue justement la place du Maroc dans la stratégie de l’Espagne, mais également dans celle des entreprises espagnoles ?

Le Maroc est bien sûr un marché de grande importance de par sa position géographique. Il est notre premier partenaire commercial en Afrique, notre huitième client dans le monde, et 45,6 % de toutes les exportations espagnoles sur le continent africain en 2019 lui étaient destinées.

Le royaume est également le onzième fournisseur de l’Espagne au niveau mondial, mais aussi la première destination pour les investissements espagnols en Afrique. Pour toutes ces raisons, sa présence au cœur de la stratégie Horizonte África est bien entendu évidente. Elle renforcera davantage son rôle de hub espagnol sur le continent africain ces prochaines années.

Est-ce que le Covid-19 a changé les priorités espagnoles en matière d’échanges avec l’Afrique ?

La pandémie a eu un effet négatif indiscutable sur l’économie mondiale, et les pays africains n’y ont pas échappé. Mais le FMI a annoncé en octobre qu’aucun des pays d’Afrique subsaharienne sélectionnés dans notre stratégie ne connaîtra de croissance négative de son PIB en 2020. Nous restons donc convaincus que les perspectives des pays africains à moyen terme seront excellentes. Nos priorités sur le continent ne vont pas changer.

Nous sommes en pleines négociations avec le Kenya et la Côte d’Ivoire au sujet de la protection des investissements privés

Beaucoup de pays s’intéressent aujourd’hui au continent africain. Qu’est-ce que l’Espagne peut lui apporter par rapport à ses concurrents européens mais aussi asiatiques ?

L’Espagne a une position privilégiée avec le continent africain, qui représente un marché naturel pour nos entreprises. Elles sont à l’origine de projets d’envergure comme la station d’épuration de Gabel el-Asfar en Égypte, la plus grande d’Afrique. Les produits espagnols sont devenus des références dans certains pays d’Afrique où nous pouvons apporter une valeur ajoutée et un savoir-faire.

Comment les investisseurs espagnols perçoivent-ils l’Afrique aujourd’hui et comment les soutenez-vous sur place ?

Ils voient l’Afrique comme un continent riche de possibilités. Nous avons deux types d’outils pour les appuyer institutionnellement. D’une part, les Accords pour la promotion et la protection réciproque des investissements (Appri), qui sont des traités bilatéraux contenant des mesures et des clauses destinées à protéger les investissements privés.

Nous sommes en pleines négociations avec le Kenya et la Côte d’Ivoire. D’autre part, nous avons des outils financiers comme la Fiem et la Cofides. Dans le cadre de la stratégie Horizonte África, il est d’ailleurs prévu que cette dernière joue un rôle actif en investissant avec des entreprises espagnoles dans des opérations menées sur le continent.

Tous les États membres de l’UE sont tenus d’améliorer leurs relations commerciales avec le continent africain.

Que pensez-vous de la mise en place de la Zone de libre-échange continentale en Afrique (Zlecaf) et quelles peuvent en être les retombées commerciales pour l’Espagne ?

Nous sommes convaincus que cette initiative aura des effets très positifs sur la prospérité des pays africains et qu’elle contribuera à leur dynamisme. C’est donc une excellente nouvelle pour l’Espagne.

Mais il ne faut pas oublier que l’élimination effective des obstacles au commerce est toujours une tâche ardue et complexe, d’autant plus si le nombre de pays est élevé. Pour cette raison, nous voulons réaffirmer notre soutien et notre confiance aux autorités compétentes en la matière.

Des échanges commerciaux au beau fixe...

Des échanges commerciaux au beau fixe… © JA

Vous représentez le gouvernement espagnol auprès de la Commission européenne pour renforcer les relations commerciales avec l’Afrique. Comment cela se traduit-il ?

Tous les États membres de l’UE sont tenus d’améliorer leurs relations commerciales avec le continent africain. Récemment, nous avons entamé des pourparlers pour la mise en place de Zones de libre-échange approfondies et complètes (DCFTA) avec le Maroc et la Tunisie.

Concernant l’Afrique subsaharienne, avec l’expiration de l’accord de Cotonou, en 2020, des négociations sont en cours pour un nouveau partenariat entre l’UE et le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).


Icex, réseau export

L’Institut espagnol pour le commerce extérieur (Icex), organe du ministère de l’Économie, encourage l’internationalisation des entreprises ibériques et promeut les investissements entre l’Espagne et le reste du monde.

Il fournit des informations économiques et sectorielles sur les pays concernés, précise les climats d’affaires, indique les meilleurs moyens d’accéder à de nouveaux marchés. Ses conseillers offrent également des services personnalisés aux entreprises.

L’Icex se focalise davantage sur l’Afrique depuis le lancement de la stratégie Horizonte África. Il dispose de seize bureaux économiques et commerciaux à travers le continent, qui travaillent avec les différentes institutions multilatérales africaines sur le financement de projets, les déclarations d’appel d’offres, mais aussi à l’organisation de rencontres avec le secteur privé, telles que le Partenariat multilatéral pour le développement au Sénégal, en mars 2019.

L’institut a organisé début novembre deux séminaires en ligne sur les conséquences du Covid-19 sur les marchés kényan, égyptien, éthiopien, sénégalais, ivoirien et nigérian.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer