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Enseignement supérieur : la recette du succès de Maurice

Réservé aux abonnés | | Par - À Port-Louis
Campus Pierrefonds de l’université Uniciti, à Maurice.© Uniciti

Campus Pierrefonds de l'université Uniciti, à Maurice.© Uniciti ©  Uniciti

Infrastructures modernes, climat politique apaisé, qualité de vie… Avec sa stratégie de hub éducatif, l’île séduit les grands établissements internationaux comme les étudiants africains.

C’est par l’intermédiaire de sa sœur, étudiante en bachelor de gestion hôtelière à l’école Vatel de Maurice, que le Malgache Fidélino Safara a découvert et choisi l’île pour y poursuivre ses études en master de droit privé de l’université Paris-2. « Le diplôme est français, même si vous étudiez à Maurice », fait-il valoir.

La Zimbabwéenne Désirée Phiri a quant à elle découvert, en consultant les offres de formation à la fin de son lycée, qu’elle pouvait obtenir à l’île Maurice le même bachelor en tourisme et management de l’université de Curtin, sans avoir à voyager jusqu’à Perth, en Australie-Occidentale. Le coût et l’accessibilité de l’île Maurice depuis son pays d’origine l’ont décidée, ainsi que la possibilité d’y découvrir une autre forme de tourisme.

Développée au tournant des années 2010, la stratégie de hub éducatif mauricien a un double objectif. D’une part, permettre aux jeunes locaux d’obtenir une formation de qualité, sans devoir se rendre à l’étranger. D’autre part, favoriser l’essor d’un nouveau pilier économique, en y attirant des professeurs et des étudiants internationaux.

De Panthéon-Assas à l’African Leadership College

Depuis 2009, plusieurs universités et écoles étrangères ont installé des antennes à Maurice. L’université du Middlesex, implantée au nord de Londres, a été la pionnière de ces établissements, avec sa consœur indienne Amity University, dont le campus principal est situé à côté de New Delhi. Ont suivi l’African Leadership College (ALC), qui se présente comme le Harvard de l’Afrique, Curtin University, qui se revendique comme la meilleure université d’Australie occidentale, mais aussi, côté francophone, la faculté de droit de Panthéon-Assas (Paris-2), l’École d’ingénieurs nationale des sciences appliquées (Ensa) de Nantes, ainsi que l’école hôtelière Vatel, toutes trois installées dans la smart city Uniciti.

 Quand on étudie à Maurice, on le fait dans les conditions optimales

En dix ans, le nombre d’étudiants étrangers est passé de moins de 600 à près de 4 000. Et ce n’est pas fini. Les établissements basés à Uniciti tablent sur une augmentation de leurs effectifs d’étrangers de 25  % à 50  %. D’autres, à l’instar d’ALC ou Amity, espèrent doubler voire tripler l’admission d’étudiants originaires du continent africain.

Pour attirer les grandes écoles, Maurice met en avant plusieurs atouts. « La stabilité politique et la sécurité », fait valoir Jeremy Charoux, directeur du Charles Telfair Campus, où est installée Curtin University. « Étudier dans une île où se mélangent les influences asiatiques, africaines et européennes dans un climat tropical est unique », ajoute Karim Haidar Amade, directeur marketing d’ALC.

Des formations qui s’appuient sur le bilinguisme

« Maurice dispose d’infrastructures favorisant les études », explique quant à lui Kiran Bhujun, vice-chancelier d’Amity University Mauritius, qui se désole des difficultés de certains de ses étudiants bloqués au Nigeria à cause du Covid-19 et qui ne peuvent participer aux cours ni aux examens en ligne, les délestages intempestifs empêchant tout accès stable à internet. « Quand on étudie à Maurice, on le fait dans les conditions optimales », affirme cet ancien directeur de la division enseignement supérieur du ministère de l’Éducation du pays.

Les formations proposées par les établissements d’origine francophone s’appuient sur le bilinguisme de l’île. Steena Kistnen, la directrice générale d’Uniciti, indique que les enseignements de Panthéon-Assas et de l’Ensa Nantes sont dispensés en anglais. Ce qui aide à attirer des étudiants francophones, comme les Malgaches, souhaitant évoluer dans un contexte anglophone tout en décrochant un diplôme français.

Depuis le tournant des années 2010, l’essor des smart cities permet aux institutions étrangères de s’installer, tout en offrant aux étudiants un cadre de vie où ils peuvent aussi bien étudier, se loger, travailler et profiter de loisirs. Uniciti se trouve ainsi à une dizaine de minutes de la plus importante station balnéaire de l’ouest de l’île. Les étudiants peuvent travailler dans les centres commerciaux, établissements hôteliers et entreprises de la région et se loger dans l’une des 140 chambres d’étudiants d’Uniciti, qui en offrira 50 de plus au début de 2021.

Dans le nord de l’île, à proximité de la côte, Beau Plan Smart City offre le même cadre et le même type de résidences à ceux fréquentant l’ALC. Tandis que, dans le Centre, Moka Smart City permet aux étudiants de Curtin Mauritius d’être en contact avec la Cybercité d’Ébène, centre névralgique de la finance et de la technologie. Le campus mauricien de l’université australienne termine d’ailleurs la construction de nouvelles résidences d’étudiants. Amity finalise, elle, l’achat d’un terrain où seront construites son université ainsi que des résidences d’étudiants.

Des exonérations d’impôts très incitatives

L’État propose une multitude d’incitations fiscales aux institutions étrangères. Celles classées au Top 500 mondial du classement de Shanghai (Academic Ranking of World Universities – Arwa) bénéficient d’une exonération d’impôts pendant les huit premières années d’activité dans l’île. Elles sont aussi dispensées de payer la TVA sur la construction d’un campus ou l’achat d’équipements informatiques. D’autres exemptions sur l’achat de terres et de bâtiments s’appliquent également aux écoles et lycées étrangers ouvrant des antennes locales.

Tous les établissements implantés disent veiller à la qualité de l’enseignement, notamment en s’assurant que celui-ci soit dispensé par un certain nombre de professeurs étrangers venus de l’école d’origine. La Commission pour l’enseignement supérieur de Maurice affirme, de son côté, avoir renforcé depuis le début de 2020 sa mission de contrôle-qualité des universités et des écoles internationales, y compris en ce qui concerne le bien-être des étudiants mauriciens et étrangers.

Pour passer un nouveau palier, le hub éducatif doit toutefois relever un défi de taille : la diversification de l’offre de formation. Des quelque 34 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, les 11  % d’étrangers suivent principalement des formations classiques, allant du management aux technologies de l’information et de la communication en passant par le droit, le tourisme et la médecine. Or Steena Kistnen, d’Uniciti, regrette que les cursus dans des secteurs émergents, comme l’économie océanique, la robotique, l’intelligence artificielle ou la biotechnologie, ne décollent toujours pas. Alors que le pays table sur ces créneaux pour assurer la nouvelle phase de son développement économique.

Pour changer la donne, les responsables universitaires mauriciens cherchent à identifier des tandems associant des formations pointues et des entreprises spécialisées pour les attirer sur l’île. Ce qui permettra alors au hub éducatif mauricien de se démarquer d’autres destinations d’études en Afrique ou en Asie.

11  % d’étudiants étrangers

Le nombre d’étudiants étrangers à Maurice est passé de 596 en 2010 à 3 740 à la fin de 2019, ce qui représente quelque 11  % des effectifs. Près de 9 étudiants étrangers sur 10 sont formés dans les établissements d’enseignement supérieur privé à Maurice. S’ils viennent de 73 pays différents, 80  % des étudiants étrangers sont originaires, dans l’ordre, d’Inde, de Madagascar, du Nigeria, d’Afrique du Sud, de Tanzanie, du Kenya, de France et du Zimbabwe. Les établissements d’enseignement supérieur publics et privés de l’île accueillent au total environ 34 000 étudiants par an depuis ces deux dernières années.

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