BTP & Infrastructures

Selim Bora (Summa) : « Du Sénégal au Rwanda, nous allons partout où l’on nous invite »

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Mis à jour le 16 novembre 2020 à 09h33
Lors d’un forum économique à Toronto (Canada), en septembre 2019.

Lors d’un forum économique à Toronto (Canada), en septembre 2019. © Cole Burston/Bloomberg via Getty Images

Déjà très présent dans les infrastructures africaines, de l’AIBD au Kigali Convention Centre, le groupe turc s’est depuis peu lancé dans l’exploration aurifère au Niger. Entretien avec son président.

En Afrique, qu’il sillonne inlassablement, tout le monde connaît Selim Bora, le patron du groupe Summa. À commencer par les chefs d’État, qui sollicitent son expertise. Diplômé des prestigieuses universités Alfred (États-Unis) et ODTÜ (Ankara), il est autant connaisseur des marchés russe ou balkanique que de ceux du continent.

Crâne rasé, sourire charmeur et volonté de fer, cet homme de 51 ans s’exprime rarement dans la presse : attaché au secret des affaires, il estime sans doute aussi que les réalisations du joyau que son père lui a légué et qu’il dirige avec ses deux frères parlent pour lui.

Actif dans le secteur de la construction, de l’énergie, des mines, de l’hôtellerie, de l’immobilier et de la santé, Summa emploie 3 500 personnes. Présent dans 14 pays, dont 8 en Afrique, le groupe s’est taillé une solide réputation en construisant des complexes sportifs, hôteliers ou ministériels, ainsi que des centres de conférences haut de gamme et les aéroports de Niamey et de Dakar.

Alors qu’il se concentre sur le marché africain, Selim Bora évoque pour JA sa vision et la stratégie de Summa.

Jeune Afrique : Quel a été le point de départ de l’aventure de Summa en Afrique ?

Selim Bora : Dès sa création, en 1989, notre groupe a signé des contrats à l’étranger : avec les ex-républiques soviétiques et les pays d’Europe centrale, puis en Libye, et de là en Afrique subsaharienne et au Venezuela. Nous allons partout où nous sommes invités.

Comment les présidents africains vous ont-ils contacté ?

Voyant les ouvrages que nous avions réalisés en Libye, de nombreux chefs d’État en ont parlé à leurs pairs. Puis, le protocole de la présidence équato-­guinéenne nous a contactés. C’est ainsi que tout a commencé. Depuis 2010, nous avons réalisé dix-huit projets en Afrique, notamment en Guinée équatoriale, au Sénégal, au Niger, au Congo, au Rwanda et au Bénin.

De tous vos ouvrages, duquel êtes-vous le plus fier ?

Tous ont une importance égale à mes yeux. Le premier a été le Centre de conférences de Sipopo, que nous avons conçu et construit en Guinée équatoriale en l’espace de six mois. Je peux aussi citer le Centre de conférences Abdou-Diouf, à Dakar, le Centre international de conférence de Kintélé et le complexe hôtelier, au Congo-Brazzaville, le Kigali Convention Centre et son hôtel, au Rwanda, ou l’aéroport du Niger, que nous avons tous achevés dans des délais compris entre onze et quatorze mois.

Vous vous êtes lancé dans l’exploration aurifère au Niger. Allez-vous développer cette activité ?

Nous en sommes à nos débuts. C’est pourquoi nous sommes ouverts à des partenariats, y compris internationaux. Et cela vaut pour tous les secteurs où nous sommes présents : production d’électricité, transports, infrastructures… L’addition des compétences est une force.

Quels sont vos atouts face à vos concurrents ?

Notre dévouement. Nous nous concentrons sur chacun de nos projets, et leur consacrons tout notre temps et toute notre énergie – raison pour laquelle nous veillons à ne pas en mener trop à la fois.

Autre atout : nous externalisons, essentiellement de Turquie, tous nos produits, services, équipements. Le secteur du BTP turc est très efficace, je le sais d’autant mieux que je suis vice-président de l’association des professionnels de ce secteur.

L’aéroport Blaise-Diagne de Dakar était rentable avant la crise du Covid-19

Ressentez-vous l’impact de la crise du Covid en Afrique ?

Les gouvernements africains seront confrontés à un problème : choisir « le bon projet » parmi tous ceux qui se présentent à eux. Ils en écarteront ou en différeront quelques-uns, et changeront leurs priorités, en privilégiant par exemple la construction d’hôpitaux ou les industries liées au secteur de la santé. Summa peut s’adapter à cette situation.

Vos activités en Libye ont été gelées en raison de la guerre. Allez-vous participer à la reconstruction de ce pays ?

Les travaux que nous avions suspendus peuvent être repris sans problème, comme le complexe Burj Al Baher : dès que le gouvernement libyen aura donné son feu vert, il sera très vite terminé.

Vous avez construit et vous gérez depuis trois ans l’aéroport Blaise-Diagne de Dakar, au sein du consortium LAS, qui comprend l’État sénégalais (34 % des parts) et le groupe turc Limak (33 % des parts, tout comme Summa). Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Elle avait commencé avec le groupe saoudien BinLadin, qui a mis huit ans à réaliser 60 % du projet. Summa, qui lui a succédé avec Limak, n’a mis que huit mois pour tout terminer. Aujourd’hui, les Sénégalais sont très satisfaits de leur aéroport, d’autant qu’il était rentable avant la crise due au Covid-19.

Le Sénégal n’échappe pas à la crise mondiale du secteur de l’aviation. Pourtant, l’activité de Blaise-Diagne se redresse rapidement, grâce aux mesures que nous avons prises : tests, recensement des cas de Covid, mises en quarantaine… En outre, nous avons reçu en 2020 une certification ACA de niveau 2, qui récompense nos efforts en matière de réduction des émissions de carbone.

Comment allez-vous faire face à la baisse de vos revenus, compte tenu de la diminution du trafic passager ?

En Afrique, le retour à la normale est plus rapide qu’ailleurs. Delta Air Lines, Emirates, Turkish Airlines, Air France, etc. ont repris leurs vols à Blaise-Diagne. Certes, avec des fréquences moindres, mais ils sont présents, c’est l’essentiel.

Où en est la Cité gouvernementale, à Brazzaville ?

De nombreux ministères sont éparpillés autour de la ville, dans des bâtiments qui ne sont pas adaptés. Notre projet consiste à les regrouper sur un seul site, afin que tout le monde puisse travailler dans de meilleures conditions. Cette cité administrative doit également inclure un centre de conférences, un hôtel, une zone commerçante. Le projet avancera dès que le gouvernement, qui doit revoir son financement, nous donnera son aval.

Nous investissons seuls les nouveaux marchés, en pionniers

Il a été question, en 2019, que Summa construise un aéroport à Djermaya, au Tchad. Où en est ce projet ?

Nous parlons avec les autorités tchadiennes, comme avec d’autres autorités africaines. L’aéroport de Niamey est en effet devenu un exemple pour tous les voisins du Niger. Tous ceux qui ont besoin d’un terminal ou d’un aéroport viennent nous voir, car nous avons réussi celui-ci en onze mois.

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, voyage régulièrement en Afrique et amène de nombreux businessmen avec lui. Faites-vous partie de ces hommes d’affaires, ou préférez-vous y aller seul ?

Nous avons toujours été seuls, car nous sommes pionniers sur ces nouveaux marchés. D’ailleurs, grâce à la réussite de nos projets, toutes les entreprises qui nous emboîtent le pas débutent avec un a priori favorable, ce qui est important.

Autre particularité de Summa : chaque fois que nous travaillons dans un pays, nous y restons en investissant, comme au Niger, à hauteur de 200 millions d’euros.

Vous insistez sur votre efficacité en termes de délais…

Le timing est crucial, car, sur le continent africain, il y a une fâcheuse habitude : celle de concevoir des projets qui prennent trois ou quatre ans. Nous avons fait changer cette habitude, et voulons continuer à le faire… parce que le temps, c’est de l’argent ! Cela ne signifie pas que nous oublions la qualité. La nôtre est de classe mondiale et répond aux normes internationales.

Qu’appréciez-vous le plus, en Afrique ?

Son potentiel humain. Les Africains sont ouverts à toutes les innovations, et font toujours de leur mieux pour s’améliorer. Nous utilisons au maximum les ressources et les compétences locales : au minimum 50 %, mais en général jusqu’à 70 % ou 80 %. Nos sites sont comme des écoles, et je suis heureux de voir tous ces employés devenir de véritables professionnels après avoir travaillé avec nous.

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