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Karpowership, Çalik, Tosyali : les pionniers du business turc en Afrique

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Mis à jour le 30 octobre 2020 à 21h57
Les barges flottantes de Karpowership.

Les barges flottantes de Karpowership. © Karpowership

Les grands groupes turcs se sont fait une place de choix en Afrique, ouvrant la voie à des PME. Portrait de trois de ces géants.

  • Karpowership, le navire amiral

C’est l’une compagnies turques à l’activité la plus originale : Karpowership, principale filiale du holding Karadeniz, fournit de l’électricité à 11 pays dans le monde, dont 8 en Afrique, depuis des navires-centrales ou des plateformes flottantes, alimentés au fuel lourd ou au gaz. Installées le long des côtes, ces installations sont ensuite connectées aux réseaux électriques terrestres des pays.

Pour Karpowership, l’aventure africaine a commencé quand plusieurs sociétés minières turques installées sur le continent lui ont demandé de construire des centrales thermiques pour mener à bien leur activité. L’entreprise a eu l’idée, ingénieuse, d’utiliser des navires et des barges pour gagner en rapidité et en efficacité.

Elle l’a d’abord mise en application en 2010 dans la ville méridionale côtière de Bassora, à la demande du gouvernement irakien. Le Ghana a suivi, quatre ans plus tard. Aujourd’hui, la compagnie turque fournit 26 % de l’électricité de ce pays, mais aussi 10 % de celle du Mozambique, de la Guinée et du Soudan, 15 % de celle du Sénégal, 60 % de celle de la Gambie, 80 % de celle de la Sierra Leone et 100 % de celle de la Guinée-Bissau. La flotte (25 navires) est en pleine expansion : 20 unités sont en cours de construction à Yalova (Turquie), au bord de la mer de Marmara.

Sans rival

Petite-fille du fondateur du holding Karadeniz et membre (avec ses trois oncles) de son conseil d’administration, Zeynep Harezi, 32 ans, est chargée du développement et des ventes de Karpowership. Pour cette jeune femme très déterminée, aucun doute : l’unique concurrent de sa compagnie est l’électricité produite depuis le continent par les centrales classiques. D’autres rivaux sur les flots ? « Si l’on considère la différence en termes de technologie, d’efficacité et de coût, nous n’en avons pas », estime cette diplômée de la London School of Economics.

Pour l’entreprise et ses 10 000 employés (sous-traitants inclus), aucun pays, même enclavé, n’est inatteignable. « Nous pouvons utiliser les fleuves navigables ou bien passer par des pays tiers. Pour la Zambie, de 2016 à 2018, nous avions positionné un navire-centrale au Mozambique et acheminé l’électricité via le Zimbabwe », explique Zeynep Harezi.

  • Çalik, de Dakar à Kolwezi

Créé en 1981, devenu holding en 1997, Çalik est présent dans les secteurs de l’énergie, des mines, du textile, du BTP, de la banque, des télécoms, du numérique, etc. Active en Afrique, sa filiale Çalik Enerji construit un barrage hydraulique au Malawi. Seule entreprise à être restée en Libye malgré la guerre, elle y a achevé en 2017 la construction de la centrale à gaz d’Al-Khoms (puissance : 550 MW).

Au Sénégal, elle a signé le 3 octobre avec West African Energy, l’Américain General Electric et la Senelec un accord portant sur la construction, au Cap-des-biches, près de Dakar, de l’une des plus grosses centrales électriques de la sous-région, d’une puissance de 300 MW. Le projet, d’un montant de 350 millions d’euros, sera financé par des investisseurs privés sénégalais.

Les autres filiales ne sont pas en reste. Aktif Bank a un accord de correspondance avec 280 banques africaines. GAP Insaat a bâti l’immeuble des télécoms de Khartoum : un bâtiment « intelligent » de 27 000 m2. Et Lidya Madencilik, en quête de cuivre, a obtenu trois licences d’exploration en RDC, dans la région de Kolwezi. Elle a également signé un protocole d’accord avec le ministère guinéen des Mines, qui l’autorise à prospecter dans une zone de 20 000 km2, située non loin de la frontière avec le Liberia.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Mines : Lidya Madecilik (Ahmet Çalık) s’intéresse au sous-sol congolais


  • Tosyali, Algeria first

Tout a commencé en 1952 à Iskenderun, dans le sud de la Turquie, dans un atelier de 9 m2 où Serif Tosyali fabriquait artisanalement des poêles et des tuyaux de chaudière. En misant sur de nouveaux procédés, ses trois fils ont, au fil des ans, bâti Tosyali Holding : 13 filiales, 7 000 produits (acier plat, ronds à béton, tubes en acier pour pipelines…), 10 000 employés, 25 complexes sidérurgiques sur trois continents.

Mais en Afrique, c’est en Algérie que Tosyali s’est fait un nom. La personnalité de son patron y est pour beaucoup. Figure de proue des hommes d’affaires turcs dans ce pays, Fuat Tosyali est un proche du président Erdogan. Du site de Bethioua, près d’Oran, qui emploie 4 000 personnes, sortent 3 millions de tonnes de produits sidérurgiques, destinés aux marchés du BTP, de l’électroménager ou de l’automobile.

Surtout, depuis trois ans, Tosyali Algérie se classe parmi les premiers exportateurs (hors hydrocarbures) du pays. Des ports d’Oran et de Mostaganem, ses ronds à béton et tubes en acier sont acheminés aux États-Unis, au Canada, en Belgique, en Grande-Bretagne, au Sénégal et en Angola – pays où il envisage d’exploiter 10 millions de tonnes de fer par an.

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