Agroalimentaire

Cameroun : la filière bananière retrouve des couleurs

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Mis à jour le 23 octobre 2020 à 17h28
Les producteurs espèrent retrouver le lustre des années 2012-2016. Ici, une plantation à Tiko, province du Sud-Ouest.

Les producteurs espèrent retrouver le lustre des années 2012-2016. Ici, une plantation à Tiko, province du Sud-Ouest. © Renaud Vandermeeren

La reprise des exportations de la CDC, le soutien renouvelé de l’Union européenne et la livraison prochaine du terminal fruitier de Douala sont autant de bonnes nouvelles pour le secteur.

L’horizon s’éclaircit sous le ciel de la filière camerounaise de la banane. Tout d’abord, la Cameroon Development Corporation (CDC), deuxième producteur du pays, a repris ses exportations en juin, après une interruption de près de deux ans due à la crise sécuritaire dans les régions anglophones, où se situent ses plantations.

Ensuite, l’Union européenne (UE) a accédé à la demande de Yaoundé de proroger jusqu’en 2022 les mesures d’accompagnement banane (MAB), son programme de soutien à la compétitivité de la filière, pour la période 2013-2022, de 48 millions d’euros, dont moins de la moitié a été utilisée.

Remise en plantation et nouveaux aménagements

« La plupart de nos financements à la CDC avaient été suspendus à sa demande, quelque 80 % des montants lui revenant au titre du programme restent à décaisser », indique l’ambassadeur de l’UE au Cameroun, Hans-Peter Schadek.

La décision de l’UE permettra d’achever la remise en plantation de 414 hectares de l’entreprise publique, dont les fruits sont attendus courant novembre, mais aussi l’aménagement de 554 ha par les Plantations du Haut-Penja (PHP, groupe Compagnie fruitière, à Marseille), le premier producteur du pays.

Elle offrira aussi l’occasion de boucler, le mois prochain, la modernisation du terminal fruitier du port de Douala pour peu que la crise sanitaire ayant affecté les ouvriers et retardé l’acheminement du matériel ne fasse pas des siennes.

Retrouver les sommets de 2012-2016

Avec ce retour d’un acteur de poids et les résultats des investissements consentis, la filière espère retrouver le lustre qu’elle avait acquis entre 2012 et 2016, période pendant laquelle elle avait connu une croissance de 6 % de son chiffre d’affaires annuel.

En 2015, le Cameroun avait momentanément ravi à la Côte d’Ivoire la première place des producteurs africains grâce à une production culminant à 278 450 tonnes. Deux années plus tard, ses exportations avaient atteint un pic de 387 000 t.

Mais, depuis 2017, la crise sécuritaire qui affecte tous les membres de l’Association bananière du Cameroun (l’Assobacam comprenant, outre la CDC et PHP, Boh Plantations Ltd, de l’entrepreneur camerounais Njong Eric Njong), couplée à des conditions climatiques et à des prix peu favorables, a sonné le glas de cette belle dynamique.

En deux ans, les exportations dans l’UE ont chuté de plus de 60 %, pour être ramenées à 188 566 t en 2019.

Des allègements fiscaux impératifs

Pour atteindre l’objectif ambitieux de 500 000 t en 2025 que s’est fixé le gouvernement, la filière espère un plan de relance qui tarde à prendre corps.

Comparé au Ghana et à la Côte d’Ivoire, l’environnement fiscal de la filière n’est pas favorable

« Il est impératif de mettre en place un dispositif d’allègements fiscaux au niveau national pour cette filière, sensible à des risques climatiques, sécuritaires et économiques auxquels échappent les concurrents latino-américains », soutient le directeur général de PHP, Pascal Ferrier.

« En comparaison avec d’autres pays producteurs africains, comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, l’environnement fiscal de la filière au Cameroun n’est pas le plus favorable », confirme Hans-Peter Schadek.

L’allègement sollicité par les membres d’Assobacam passe par un raccourcissement des crédits de TVA et un réexamen de la taxe mensuelle sur le chiffre d’affaires, passée en 2015 de 1,1 % à 2,2 %.

Des menaces sur le marché européen

Mais des menaces extérieures pèsent aussi beaucoup sur l’avenir, émanant du marché européen, qui absorbe la quasi-totalité de la production camerounaise. L’UE n’a pas abandonné l’idée de faire descendre le prix plancher payé aux producteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), actuellement de 75 euros la tonne.

Nous ne ­survivrions pas à un abaissement du prix plancher

« Nous travaillons depuis plusieurs exercices à marge nulle, voire négative. La baisse de cette protection engendrerait mécaniquement une chute de notre chiffre d’affaires à proportion. Avec 180 000 t exportées par an, l’impact pour PHP serait une perte immédiate de 13 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 115 millions d’euros. Il est peu probable que nous puissions y ­survivre », prévient Pascal Ferrier, qui compte sur le plaidoyer mené à Bruxelles par l’Association des producteurs africains de bananes.

Le maintien par l’UE des droits de douane sur la banane dollar d’Amérique latine – que ne supportent pas les producteurs ACP – semble acquis pour l’instant, mais ne le sera sans doute pas éternellement. D’ici à leur suppression, il faudra que la filière bananière camerounaise se soit trouvé un second souffle.

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