Politique

Bénin – José Tonato : « Cotonou doit être une étape incontournable sur le corridor Abidjan-Lagos »

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Mis à jour le 08 novembre 2020 à 23h17
José Tonato, ministre du Cadre de vie et du Développement durable au Bénin, en 2020.

José Tonato, ministre du Cadre de vie et du Développement durable au Bénin, en 2020. © E. AHOUNOU/AID pour JA

Quelle place pour Cotonou en Afrique de l’Ouest ? Pour José Didier Tonato, la capitale économique du Bénin a une carte à jouer. Le ministre béninois du Cadre de vie assure que la rénovation urbaine en cours a déjà amélioré son attractivité.

Homme de dossiers et de chiffres, rigoureux dès qu’il s’agit d’exposer les montages financiers complexes des différents projets qu’il conduit, José Didier Tonato est à la tête du ministère du Cadre de vie et du Développement durable depuis 2016. Il n’hésite pas, non plus, à mettre les pieds dans la boue des chantiers qui ont fleuri depuis deux ans aux quatre coins du pays, tout particulièrement dans la capitale économique. Et c’est un mètre à la main qu’il arpente Cotonou, un jour à inspecter les fondations des futurs marchés urbains, un autre à tancer les entrepreneurs qui ont pris du retard dans les travaux d’asphaltage de la voirie.

L’urbaniste devenu ministre, qui, dans une même phrase, peut évoquer « l’âme de Cotonou » et le retour sur investissement d’un kilomètre linéaire de bitume, nourrit d’immenses ambitions pour le Grand Nokoué, l’agglomération qui comprend Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Kpodji, Ouidah et Porto-Novo. Pour José Didier Tonato, la métropole béninoise peut, et doit, se faire une place privilégiée dans la compétition à laquelle se livrent les grandes villes du littoral nord du golfe de Guinée. À condition de mener à bien les travaux engagés pour la moderniser et la projeter dans le futur.

Jeune Afrique : Cotonou s’inscrit dans un chapelet de métropoles côtières qui s’égrène d’Abidjan à Lagos. Quelle est sa place dans cet espace ?

José Tonato : En Afrique, aujourd’hui, on compte trois mégapoles, « Jo’burg », Le Caire et, dans une moindre mesure, Lagos. Cotonou, par sa taille, par le niveau de développement du Bénin, n’est pas en concurrence avec Lagos, ni même avec Abidjan. Elle se positionne par rapport à Lomé et par rapport à Accra.

Dans ce cadre, Cotonou a besoin d’infrastructures et d’un certain nombre de prérequis qui feront d’elle une étape incontournable sur le corridor Abidjan-Lagos, la voie autoroutière rapide qui va relier ces deux métropoles. Cotonou peut se faire une place, à son échelle et avec son identité, sans se fondre dans une ville globale.

Les infrastructures que nous avons mises en place, la rénovation de l’aéroport, la lutte contre l’érosion côtière, tout cela a permis d’améliorer la qualité de vie des Cotonois, mais a aussi amélioré l’attractivité de la ville. D’ailleurs, malgré la fermeture de la frontière terrestre, on observe déjà que cela suscite un intérêt important des Nigérians pour Cotonou et son agglomération.

À Cotonou, nous avions d’énormes problèmes de circulation et d’assainissement. »

Cotonou concentrait une large part des projets inscrits dans le Programme d’actions du gouvernement (PAG) 2016-2021, qui arrive bientôt à terme. Toutes les promesses ont-elles été tenues ?

Il est toujours très difficile de s’évaluer soi-même. Et ça l’est d’autant plus que le PAG n’a pas été un programme figé mais dynamique. Certains des projets qui y étaient inscrits n’ont finalement pas été réalisés, et d’autres qui n’y figuraient pas initialement ont été ajoutés compte tenu des besoins.

C’est le cas de l’emblématique projet Asphaltage, car la nécessité de relever le niveau des infrastructures routières s’est imposée à nous. Aujourd’hui, c’est l’un des projets qui a le plus de visibilité, au point qu’il éclipse un peu ce que l’on a pu faire sur d’autres fronts, tout aussi importants, comme la gestion des déchets, l’assainissement ou encore la protection côtière.

Pourquoi la ville concentre-t-elle autant l’attention ?

À Cotonou, nous avions d’énormes problèmes de circulation et d’assainissement ; il y avait une vraie urgence. Sur les vingt dernières années, on avait pris beaucoup de retard en matière d’infrastructures. Il fallait donc parer au plus pressé.

Nous avons en outre fait le choix de ne pas nous concentrer uniquement sur le relèvement du niveau d’infrastructures des quartiers centraux. Nous avons aussi traité les voies permettant de désenclaver des zones qui, jusqu’alors, étaient confrontées à d’énormes difficultés, comme les quartiers d’Agla ou d’Akpakpa. Quand un projet vient répondre à un réel besoin des populations, il a, forcément, du succès.

Dans sa première phase, le projet a provoqué la colère des habitants que l’on avait délogés pour faire place aux nouvelles voiries et l’impatience des Cotonois, qui ont dû attendre entre l’annonce des travaux et leur démarrage…

C’est très difficile de satisfaire la population de Cotonou. Hier, c’était la frustration par rapport à ce que les gens ici nomment « déguerpissements », mais que nous nommons « libération du domaine public ». Et puis cette frustration s’est transformée en impatience de voir les résultats.

Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de cette attente. Les études ont duré un peu plus de deux ans, ce qui a pu paraître long à certains, mais nous avons voulu que les choses soient bien calées et ne pas courir le risque que les projets n’aboutissent pas, ou qu’ils aboutissent mal.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons définitivement réglé la question de l’érosion côtière. »

Que répondez-vous à ceux qui ont critiqué le montant des travaux, estimant que le coût au kilomètre linéaire était largement supérieur à ce qui est pratiqué dans la sous-région ?

Il faut comparer ce qui est comparable. D’abord, la qualité des infrastructures nouvelles n’a rien à voir avec ce qui se faisait auparavant. Nous avons imposé des standards permettant de quadrupler la durée de vie de ces nouvelles voiries – qui est de vingt-cinq ans, au lieu de cinq à dix ans par le passé.

Ensuite, nous, nous faisons de l’aménagement « de façade à façade ». Ce qui signifie que nous réalisons la voirie, mais aussi l’assainissement, les trottoirs, l’installation de l’éclairage public – solaire –, du mobilier urbain et des équipements de sécurité, la plantation d’arbres, etc.

Plantations de jeunes palmiers en bord de mer pour lutter contre l'érosion du littoral, à Cotonou, en septembre 2020.

Plantations de jeunes palmiers en bord de mer pour lutter contre l'érosion du littoral, à Cotonou, en septembre 2020. © Brice Dansou

Des investissements lourds de 900 milliards de F CFA (près de 1,4 milliard d’euros) ont été consentis par l’État pour ce projet Asphaltage, et il était prévu d’instaurer une taxe une fois les équipements réalisés. Quand entrera-t-elle en vigueur ?

Avant de commencer à prélever des taxes, il faut que le service soit devenu réel. Le dispositif législatif est déjà en place : une redevance d’aménagement urbain a été instaurée lors de la modification du code foncier et domanial. Le décret qui l’introduit dans la loi de finances sera activé dès que nous aurons terminé la première phase du projet et que les populations auront constaté que leur cadre de vie s’est nettement amélioré. À ce moment-là seulement, on activera la redevance.

Cotonou est en première ligne en matière d’érosion côtière. Par le passé, les habitants de quartiers entiers ont dû abandonner leur maison. Où en est la ville sur ce front ?

Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons définitivement réglé la question de l’érosion côtière. C’était une énorme difficulté dans la partie est de Cotonou lorsque nous sommes arrivés, en 2016. Mais, dès 2018, ce problème a été définitivement réglé grâce aux travaux menés sur le littoral, et nous faisons réaliser des mesures régulières pour nous assurer que les choses sont définitivement stabilisées. En outre, ce projet est couplé avec le programme de port en eau profonde de Sèmè-Kpodji. Nous sommes en train de stabiliser toute cette côte.

La problématique du transport urbain de masse n’a jusqu’à présent pas été bien traitée. »

Les inondations récurrentes restent un énorme problème pour les Cotonois. Comment y remédier ?

Cotonou est confronté à deux types d’inondations. Les inondations pluviales, d’une part, et les inondations fluviales, de l’autre, lorsque les eaux descendent du nord vers le sud. Pour ce dernier cas, un tiers de l’agglomération – dans sa partie septentrionale – est particulièrement exposé.

Nous avons lancé le Programme d’assainissement pluvial de Cotonou [PAPC], un plan de 250 milliards de F CFA, avec six partenaires techniques et financiers, dont le chef de file est la Banque mondiale. Ce PAPC va nous permettre de régler sérieusement ce problème de vulnérabilité des terres du Nord.

Nous allons compléter ce programme par le chantier de l’axe routier du grand contournement nord, destiné à décongestionner Cotonou, qui sera doublé d’une solution de remblais face au lac Nokoué. D’ici à six ans, ce projet, couplé au programme d’aménagement des berges du lac, va nous permettre de mieux résister aux inondations.

On tient à préserver l’identité de Cotonou : une ville d’eau, à taille humaine. »

Quels sont les prochains chantiers prioritaires à Cotonou ?

Une ville, c’est dynamique. La première phase du PAG va désormais faire l’objet d’une évaluation, qui permettra d’identifier des axes de développement. Il faut aussi consolider les projets qui ont été des succès, car ils concourent à une rénovation urbaine en profondeur, à l’échelle de Cotonou certes, et, au-delà, à l’échelle du Grand Nokoué.

Enfin, maintenant que la rénovation du réseau routier est avancée, il faut que nous nous attelions à la question cruciale de la mobilité urbaine. Notre ville a l’un des réseaux les plus faibles de la région en matière de taxis [au profit des motos-taxis], et la problématique du transport urbain de masse n’a jusqu’à présent pas été bien traitée.

Comment imaginez-vous Cotonou dans dix ou vingt ans ?

Cotonou est malheureusement l’une des rares métropoles qui n’a pas encore son rêve pour l’avenir. Vous avez « Conakry 2040 », « Ouaga 2030 » ou encore la fameuse vidéo de « Kigali 2040 », qui montre la vision à long terme sur le développement de la ville… À Cotonou, rien de tel. Nous avons donc prévu de recruter un cabinet pour nous aider à repenser la ville et son avenir. Nous avons besoin d’un véritable master plan, d’une planification sur l’avenir du Grand Nokoué et de Cotonou, à un horizon de vingt-cinq ou trente ans.

Mais on tient à préserver l’identité de Cotonou : une ville d’eau, à taille humaine. On veut de la verdure, une ville qui soit agréable à vivre et attrayante. On ne veut pas de gratte-ciel, ni de la reproduction de modèles venus d’ailleurs qui n’ont rien à voir avec notre façon de voir la ville.

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